Astérix — Tome 34
L’Anniversaire d’Astérix et Obélix
Éditeur : Les Éditions Albert René
Sortie originale : 22 octobre 2009
Publié en 2009 pour les cinquante ans de la série, L’Anniversaire d’Astérix et Obélix – Le Livre d’or rassemble scènes courtes, retrouvailles et hommages graphiques. Albert Uderzo célèbre avec affection l’univers créé avec René Goscinny, mais l’absence de véritable récit transforme rapidement l’album en catalogue commémoratif.
Un anniversaire plutôt qu’une aventure
Contrairement aux albums traditionnels, Le Livre d’or ne développe aucune intrigue continue. Les séquences s’enchaînent autour de l’anniversaire des deux héros, sans enjeu capable de donner une direction à l’ensemble.
Cette construction peut convenir à un hors-série, mais paraît plus discutable pour un tome intégré à la collection principale. Le lecteur assiste davantage à une cérémonie qu’à une aventure, avec une accumulation de clins d’œil qui remplace difficilement la progression narrative.
L’album se lit donc facilement, mais laisse peu de souvenirs précis. Aucun conflit, voyage ou personnage nouveau ne vient réellement structurer cette célébration.
Une ouverture audacieuse, rapidement abandonnée
Les premières pages imaginent Astérix, Obélix et les habitants du village cinquante ans plus tard. Uderzo ose vieillir ses personnages et joue ouvertement avec le temps écoulé depuis leur création.
L’idée est visuellement amusante et aurait pu nourrir une réflexion drôle sur l’âge, la transmission et la longévité d’une série populaire. Elle est malheureusement interrompue presque immédiatement, comme si l’auteur refusait d’explorer les conséquences de sa propre trouvaille.
Cette entrée en matière illustre le principal défaut du livre : plusieurs bonnes idées apparaissent, mais aucune n’est développée assez longtemps pour devenir une histoire.
La nostalgie comme principal moteur
L’album fait revenir de nombreux personnages rencontrés au fil de la série. Chaque apparition cherche à réveiller un souvenir chez le lecteur et à rappeler la richesse de l’univers construit depuis 1959.
Certaines retrouvailles sont plaisantes, notamment lorsqu’elles prolongent discrètement un ancien gag. D’autres ressemblent davantage à une vérification de présence : le personnage revient, prononce quelques mots, puis disparaît sans apporter grand-chose.
Cette nostalgie fonctionne mieux pour un lecteur connaissant parfaitement la série. Pour les autres, l’accumulation de références risque de produire une impression de défilé interminable et quelque peu satisfait de lui-même.
Des hommages visuels plus convaincants
Uderzo conserve un dessin précis, expressif et immédiatement reconnaissable. Les détournements d’œuvres d’art et les variations graphiques autour des personnages témoignent de son plaisir à jouer avec ses créations.
Ces pages constituent probablement la partie la plus réussie du volume. Libéré des contraintes d’une intrigue, le dessinateur peut multiplier les compositions originales et rendre hommage à différentes formes d’art.
La qualité visuelle ne suffit toutefois pas à créer un ensemble cohérent. Plusieurs séquences ressemblent davantage à des illustrations destinées à un ouvrage commémoratif qu’à des planches nécessaires au déroulement d’une bande dessinée.
Un humour trop souvent forcé
Les meilleurs albums d’Astérix reposaient sur des dialogues précis, une satire sociale efficace et une intrigue capable de faire naître naturellement les gags. Ici, l’humour dépend surtout de la répétition de références connues.
Uderzo pratique également l’autodérision en se mettant lui-même en scène et en évoquant les critiques adressées aux albums précédents. Cette démarche pourrait être salutaire, mais elle prend parfois une tournure défensive qui détourne l’attention de l’anniversaire célébré.
Quelques jeux de mots retrouvent l’esprit de la série, sans atteindre la densité comique des scénarios de Goscinny. L’ensemble amuse occasionnellement, mais fait rarement rire avec la même évidence que les grands classiques.
Une conclusion tournée vers le passé
Comme hommage, Le Livre d’or rappelle la popularité exceptionnelle des deux héros et l’étendue de leur galerie de personnages. L’affection d’Uderzo pour cet univers ne fait aucun doute.
Mais cette célébration regarde presque exclusivement vers le passé. Elle ne propose ni nouvelle lecture des personnages ni véritable passage de relais. L’album ressemble ainsi moins à un couronnement qu’à un long supplément anniversaire.
Cette dimension prend une importance particulière puisqu’il s’agit du dernier album entièrement signé par Albert Uderzo. Son départ aurait mérité une aventure plus forte et plus personnelle qu’une succession de souvenirs.
En résumé
L’Anniversaire d’Astérix et Obélix – Le Livre d’or est un objet commémoratif agréable à feuilleter, mais une bande dessinée décevante à lire d’un bout à l’autre. Les hommages graphiques et quelques retrouvailles témoignent d’une affection sincère pour la série, tandis que l’absence d’intrigue, l’abondance de clins d’œil et l’humour inégal empêchent l’album de prendre son envol. Un livre destiné avant tout aux collectionneurs, bien plus qu’aux lecteurs cherchant une véritable aventure.
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