Astérix — Tome 36
Le Papyrus de César
Éditeur : Les Éditions Albert René
Sortie originale : 22 octobre 2015
Publié en 2015, Le Papyrus de César confronte les Gaulois à une forme très moderne de manipulation politique. Pour leur deuxième album, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad prennent davantage de libertés avec l’héritage de la série. Cette satire de la communication et du contrôle de l’information se révèle pertinente, même si son intrigue s’essouffle légèrement dans sa dernière partie.
César cherche à réécrire l’Histoire
Le point de départ repose sur la publication des Commentaires sur la Guerre des Gaules. Conseillé par Bonus Promoplus, César accepte de supprimer le passage consacré à ses défaites face au village gaulois afin de préserver son prestige.
Jean-Yves Ferri retrouve ici l’un des grands principes de Goscinny : utiliser l’Antiquité pour commenter le monde contemporain. César ne cherche plus seulement à conquérir la Gaule, mais à maîtriser le récit de ses propres actions.
L’idée fonctionne particulièrement bien parce qu’elle reste cohérente avec le personnage. L’orgueil de César et son obsession pour sa réputation suffisent à rendre crédible cette tentative de réécriture historique.
Une satire très actuelle de la communication
Bonus Promoplus incarne le conseiller en communication capable de transformer un échec en victoire politique. Son discours repose sur le choix des mots, la dissimulation des faits embarrassants et la fabrication d’une version officielle avantageuse.
La satire vise autant les dirigeants que les spécialistes chargés de protéger leur image. Ferri montre comment une information peut être supprimée, reformulée ou discréditée avant même d’atteindre le public.
Le personnage manque parfois de subtilité, mais il donne à l’album une véritable unité. Contrairement à Astérix chez les Pictes, les références contemporaines ne servent plus seulement de prétextes à des jeux de mots : elles alimentent directement le scénario.
Doublepolémix, lanceur d’alerte antique
En récupérant le chapitre censuré, Doublepolémix devient une version gauloise du lanceur d’alerte. Le rapprochement avec WikiLeaks et Julian Assange est évident, sans empêcher le personnage de trouver sa place dans l’univers d’Astérix.
Ferri traite avec humour la circulation de l’information, depuis les nouvelles transmises oralement jusqu’aux messages gravés ou publiés. Les pigeons voyageurs évoquent même les réseaux sociaux et leur capacité à répandre rapidement une nouvelle.
Ces références auraient pu dater rapidement l’album. Elles restent pourtant pertinentes, car la question posée dépasse la technologie : qui contrôle le récit, et comment préserver une vérité que le pouvoir souhaite effacer ?
Un village gaulois gagné par la rumeur
L’arrivée du papyrus perturbe également la vie du village. Les habitants découvrent que leurs propres exploits risquent de disparaître de l’Histoire, tandis que les rumeurs circulent plus vite que les explications.
Ces passages comptent parmi les meilleurs de l’album. Ils permettent de retrouver les personnages secondaires et leurs réactions habituelles sans donner l’impression d’un simple défilé nostalgique.
Les nouveaux moyens de communication suscitent méfiance, curiosité et malentendus. Ferri observe ainsi avec justesse notre rapport contradictoire à l’information : chacun veut connaître la vérité, mais tous participent aussi à sa déformation.
Une aventure moins forte que son sujet
Le concept du papyrus est excellent, mais l’intrigue peine parfois à exploiter toutes ses possibilités. La nécessité de protéger le document entraîne plusieurs déplacements et affrontements qui restent assez conventionnels.
La visite de la forêt des Carnutes permet de développer le rôle de Panoramix et de rappeler l’importance de la transmission orale chez les druides. Elle ralentit toutefois le récit sans conduire à une résolution aussi brillante que le point de départ pouvait le laisser espérer.
La fin se montre cohérente, mais relativement sage. L’album possède donc une satire plus forte que son aventure proprement dite : on se souvient davantage de son idée centrale que des péripéties traversées par Astérix et Obélix.
La nouvelle équipe affirme son style
Didier Conrad paraît plus à l’aise que dans Astérix chez les Pictes. Son dessin reste fidèle à celui d’Uderzo, tout en gagnant en fluidité dans les expressions et les scènes de groupe.
Jean-Yves Ferri maîtrise également mieux les personnages. Astérix retrouve son intelligence critique, Obélix apporte une spontanéité bienvenue et Panoramix joue un rôle essentiel sans se limiter à la fabrication de la potion magique.
La reprise demeure respectueuse des codes historiques, mais elle ne ressemble plus seulement à une imitation appliquée. Les auteurs commencent à proposer leur propre lecture d’Astérix, plus attentive aux médias, au pouvoir et aux mécanismes de l’opinion.
En résumé
Le Papyrus de César marque une nette progression après Astérix chez les Pictes. Jean-Yves Ferri construit une satire intelligente de la censure, de la communication politique et de la réécriture de l’Histoire, parfaitement intégrée à l’univers de la série. Didier Conrad gagne en assurance et restitue efficacement l’énergie des personnages. L’aventure manque parfois de rythme et sa conclusion reste prudente, mais le sujet, l’humour et la pertinence du propos en font l’un des albums les plus convaincants de la reprise.
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