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Astérix chez les Pictes

Couverture de Astérix chez les Pictes

Astérix — Tome 35

Astérix chez les Pictes

Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

Éditeur : Les Éditions Albert René

Sortie originale : 24 octobre 2013

3/5

Publié en 2013, Astérix chez les Pictes marque la première aventure réalisée sans René Goscinny ni Albert Uderzo. Jean-Yves Ferri et Didier Conrad réussissent à respecter l’identité de la série, mais cette fidélité presque excessive donne parfois l’impression d’un album davantage préoccupé par son héritage que par sa propre personnalité.

Une reprise sous haute surveillance

Reprendre Astérix représentait un défi considérable. Ferri et Conrad devaient convaincre les lecteurs historiques tout en démontrant que la série pouvait continuer sans ses créateurs.

Le résultat se montre immédiatement rassurant. Les personnages restent reconnaissables, le village conserve son atmosphère et l’histoire retrouve la structure classique d’un album de voyage. Tout semble à sa place, peut-être même un peu trop.

Cette volonté de respecter les codes empêche souvent les auteurs de prendre des risques. Astérix chez les Pictes ressemble à un exercice d’imitation très maîtrisé, mais pas encore à une véritable réappropriation de la série.

Une intrigue qui manque de relief

La découverte d’un Picte emprisonné dans la glace fournit un point de départ efficace. Astérix et Obélix partent ensuite pour la Calédonie afin de l’aider à retrouver son clan et celle qu’il aime.

Le récit avance clairement, sans temps mort majeur, mais son intrigue reste très conventionnelle. Le méchant est rapidement identifié, les alliances sont prévisibles et les obstacles rencontrés ne créent jamais de véritable tension.

L’histoire sentimentale manque également de profondeur. Les personnages pictes remplissent correctement leur fonction, mais peinent à exister au-delà de leur rôle dans le scénario.

Une Écosse réduite à ses symboles

Comme dans chaque album de voyage, les auteurs confrontent les Gaulois aux particularités d’un autre peuple. Kilts, cornemuses, whisky, monstres lacustres et noms commençant par « Mac » occupent naturellement une place importante.

Ces références assurent une lecture accessible, mais elles donnent parfois l’impression de parcourir un catalogue de clichés écossais. Goscinny utilisait généralement les stéréotypes pour construire une satire plus large des comportements nationaux. Ici, ils servent surtout de déclencheurs à des jeux de mots.

Quelques trouvailles fonctionnent très bien, notamment autour de la langue et des rivalités entre clans. Dans l’ensemble, la représentation des Pictes reste cependant moins inventive que celles des Bretons, des Corses ou des Helvètes.

Un humour inégal

Jean-Yves Ferri maîtrise le jeu de mots et retrouve par moments le rythme des dialogues classiques. Les échanges entre Astérix et Obélix sont naturels, tandis que les scènes se déroulant au village comptent parmi les plus amusantes.

L’humour paraît néanmoins souvent appliqué. Certains noms de personnages et certaines références contemporaines sont immédiatement compréhensibles, mais manquent de subtilité. Les gags semblent parfois avoir été ajoutés pour rappeler au lecteur qu’il se trouve bien dans un album d’Astérix.

Le scénario gagne en efficacité lorsqu’il repose sur le caractère des héros plutôt que sur les clins d’œil. Obélix, en particulier, conserve sa spontanéité, sa gourmandise et sa jalousie avec une grande justesse.

Didier Conrad convainc davantage

Le dessin constitue le principal point fort de cette reprise. Didier Conrad respecte remarquablement le style d’Uderzo sans donner l’impression de recopier mécaniquement ses planches.

Les personnages sont expressifs, les mouvements restent dynamiques et les paysages écossais offrent une atmosphère différente de celle du village. Les décors brumeux, les lacs et les forteresses donnent à l’album une identité visuelle solide.

Quelques attitudes paraissent encore légèrement figées, mais Conrad démontre déjà qu’il possède les qualités nécessaires pour faire vivre cet univers. Son travail rend la transition beaucoup moins brutale qu’elle aurait pu l’être.

Une réussite surtout symbolique

Astérix chez les Pictes devait avant tout prouver que la série pouvait survivre au départ d’Uderzo. Sur ce point, l’objectif est atteint. L’univers demeure cohérent et les nouveaux auteurs évitent la rupture redoutée par une partie du public.

Cette réussite symbolique ne suffit toutefois pas à faire de l’album un grand Astérix. L’intrigue trop sage, les personnages secondaires peu développés et l’accumulation de références attendues limitent sa portée.

L’album pose des bases solides, mais laisse surtout espérer que ses auteurs gagneront ensuite en liberté et oseront davantage imposer leur propre vision.

En résumé

Astérix chez les Pictes réussit correctement le passage de relais entre les créateurs historiques et la nouvelle équipe. Didier Conrad livre un dessin convaincant et Jean-Yves Ferri retrouve l’essentiel de la mécanique comique de la série. L’ensemble reste cependant trop prudent, avec une intrigue prévisible et une Écosse principalement construite autour de clichés. Une reprise honorable et rassurante, mais encore loin de la richesse des meilleurs voyages d’Astérix.

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