Astérix — Tome 39
Astérix et le Griffon
Éditeur : Les Éditions Albert René
Sortie originale : 21 octobre 2021
Publié en 2021, Astérix et le Griffon conduit les Gaulois dans les territoires enneigés des Sarmates, où les Romains recherchent une créature légendaire. Jean-Yves Ferri et Didier Conrad offrent à la série un cadre visuel original et interrogent avec humour les rapports entre croyance et vérité. L’aventure reste cependant trop dispersée pour exploiter pleinement son potentiel.
Un décor vraiment renouvelé
Après l’Écosse et l’Italie, Astérix et Obélix découvrent cette fois les vastes étendues enneigées de l’Est européen. Ce changement de territoire donne immédiatement une identité particulière à l’album.
Les forêts glacées, les villages isolés et les tempêtes offrent une atmosphère rarement rencontrée dans la série. Didier Conrad exploite efficacement le froid, notamment dans les mouvements difficiles des personnages et les nombreuses chutes provoquées par la neige.
Ce décor apporte un dépaysement réel, mais il reste parfois insuffisamment utilisé par le scénario. Les héros traversent un territoire impressionnant sans que celui-ci devienne toujours un véritable obstacle à leur progression.
Un griffon surtout présent par son absence
Le titre promet une créature mystérieuse, mais le griffon demeure principalement une légende racontée par les personnages. Ce choix permet de préserver l’ambiguïté entre croyance populaire et réalité.
L’idée est intéressante, car elle détourne les attentes du lecteur. L’album ne cherche pas véritablement à raconter une chasse au monstre, mais à observer la manière dont chacun utilise ou interprète une légende.
Cette absence finit toutefois par créer une légère frustration. Le griffon occupe le centre des discussions sans devenir un élément narratif suffisamment concret. Il ressemble davantage à un prétexte destiné à faire venir les Romains qu’au cœur véritable de l’aventure.
Une satire des croyances et des fausses certitudes
Les Romains veulent capturer le griffon pour satisfaire César et démontrer leur maîtrise du monde connu. Leur expédition repose sur des informations fragiles, des témoignages imprécis et une confiance aveugle dans leurs propres théories.
Ferri oppose ainsi plusieurs formes de croyance. Les Sarmates considèrent la créature comme une partie de leur culture, tandis que les Romains prétendent adopter une démarche rationnelle tout en poursuivant un animal dont ils ignorent jusqu’à l’existence.
L’album se moque avec justesse des spécialistes convaincus de tout savoir sur un territoire qu’ils découvrent à peine. Le propos reste néanmoins moins incisif que la satire de la communication développée dans Le Papyrus de César.
Des Sarmates construits autour du renversement
La société sarmate repose sur une inversion des rôles traditionnels : les femmes combattent et protègent le village pendant que les hommes accomplissent les tâches domestiques.
Cette organisation fournit plusieurs gags et permet d’observer les réactions d’Astérix et Obélix face à des habitudes différentes des leurs. Elle prolonge aussi les préoccupations de Ferri autour de la place des femmes, déjà présentes dans La Fille de Vercingétorix.
Le procédé manque cependant de profondeur. Une fois le principe posé, les situations deviennent assez prévisibles et les personnages secondaires restent définis par leur fonction dans ce renversement. La satire des rapports entre les sexes ne dépasse que rarement le simple échange des rôles.
La potion magique perd de son efficacité
Les conditions climatiques compliquent l’utilisation de la potion magique, donnant aux héros un avantage moins automatique qu’à l’ordinaire. Cette contrainte aurait pu renforcer le danger et obliger Astérix à multiplier les ruses.
Dans les faits, elle influence assez peu le déroulement de l’histoire. Les Gaulois trouvent toujours un moyen de surmonter les obstacles, tandis que les Romains ne représentent jamais une menace réellement inquiétante.
Obélix conserve naturellement sa force et devient particulièrement utile dans cet environnement. Sa résistance au froid, ses réactions instinctives et son enthousiasme apportent une grande partie de l’énergie comique de l’album.
Une expédition qui manque d’objectif
Le récit alterne entre le voyage des Gaulois, les recherches romaines et la défense du territoire sarmate. Ces différentes directions donnent une certaine ampleur à l’aventure, mais rendent sa progression parfois confuse.
Les Romains passent beaucoup de temps à chercher une créature insaisissable, tandis qu’Astérix et Obélix semblent attendre que la confrontation devienne inévitable. L’intrigue avance donc par petites péripéties plutôt que par véritable montée en puissance.
La conclusion respecte le mystère construit autour du griffon, mais paraît presque trop discrète. Elle termine logiquement le récit sans produire la révélation ou le retournement capable de donner une force supplémentaire à l’ensemble.
Didier Conrad porte l’aventure
Le dessin constitue une nouvelle fois le principal atout de la reprise. Didier Conrad restitue efficacement l’immensité des paysages, la violence du climat et la lourdeur des déplacements dans la neige.
Les expressions restent précises et les scènes réunissant de nombreux personnages demeurent parfaitement lisibles. Les animaux, les costumes et les architectures contribuent également à différencier les Sarmates des peuples déjà rencontrés dans la série.
Cette réussite graphique compense en partie le manque de densité du scénario. L’album se montre souvent plus intéressant à regarder qu’à suivre.
En résumé
Astérix et le Griffon offre un cadre hivernal dépaysant et quelques réflexions intéressantes sur les légendes, les croyances et les certitudes scientifiques. Didier Conrad livre un dessin solide, tandis qu’Obélix apporte une énergie bienvenue. Le griffon demeure toutefois trop abstrait, les Sarmates manquent de profondeur et l’expédition romaine se révèle peu menaçante. Une aventure agréable et visuellement réussie, mais dont le scénario donne souvent l’impression de tourner autour de son sujet sans vraiment le saisir.
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