Les Aventures de Lucky Luke d’après Morris — Tome 3
L’Homme de Washington
Éditeur : Lucky Comics
Sortie originale : 5 décembre 2008
Publié en 2008, L’Homme de Washington charge Lucky Luke de protéger Rutherford B. Hayes pendant sa campagne présidentielle. Laurent Gerra et Achdé transforment l’élection américaine de 1876 en road trip électoral à travers l’Ouest. La satire politique offre quelques bonnes observations, mais les références contemporaines et la répétition des attentats rendent l’album moins intemporel que les meilleurs classiques.
Une campagne électorale dans l’Ouest
Rutherford B. Hayes souhaite aller directement à la rencontre des électeurs, malgré les dangers d’un territoire où les débats politiques peuvent rapidement se terminer à coups de revolver.
Cette tournée permet de confronter les discours de Washington aux réalités du pays. Les promesses préparées par les conseillers doivent s’adapter aux attentes des habitants, aux intérêts locaux et aux nombreux incidents du voyage.
Le principe correspond parfaitement à Lucky Luke. Le déplacement d’une ville à l’autre crée une structure claire et offre régulièrement de nouveaux décors, adversaires et situations comiques.
Lucky Luke devient garde du corps
La mission du héros consiste avant tout à empêcher les attaques dirigées contre Hayes. Lucky Luke doit donc anticiper les embuscades, surveiller les rassemblements et protéger un candidat pas toujours conscient des risques.
Ce rôle convient à son efficacité et à son sens de la justice, mais limite légèrement sa liberté. Le cow-boy passe une grande partie de l’album à réagir aux tentatives de sabotage plutôt qu’à conduire lui-même l’enquête.
Sa relation avec Hayes manque également d’évolution. Leur association fonctionne correctement, sans atteindre la complicité ou l’opposition qui rendait certains compagnons historiques de Lucky Luke particulièrement mémorables.
Rutherford Hayes, candidat trop honnête
Hayes est présenté comme un homme intègre, assez éloigné des calculs politiques nécessaires pour remporter une élection. Sa naïveté le rend sympathique, mais également vulnérable aux manipulations.
Laurent Gerra construit une partie de l’humour autour de ce candidat honnête découvrant que les élections ne se gagnent pas uniquement avec de bonnes intentions. Il doit composer avec les discours préparés, les opérations de communication et les intérêts financiers.
Cette caractérisation reste cependant très lisse. Hayes sert surtout de contraste avec ses adversaires corrompus et manque parfois des défauts nécessaires pour devenir un personnage véritablement comique.
Une satire des campagnes modernes
Meetings, slogans, sondages, financement et communication : l’élection de 1876 ressemble volontairement à une campagne politique contemporaine.
Gerra se moque des candidats qui modifient leurs discours selon leur public et des conseillers transformant chaque événement en opération médiatique. La conquête de l’Ouest devient presque secondaire face à celle des électeurs.
Plusieurs observations restent pertinentes, notamment sur l’importance de l’image et de l’argent. D’autres références sont beaucoup plus liées à la politique française des années 2000 et ont perdu une partie de leur efficacité.
L’album fait parfois davantage entendre la voix de l’imitateur Laurent Gerra que celle d’un scénariste entièrement installé dans l’univers de Lucky Luke.
Perry Camby, politicien sans subtilité
Perry Camby représente le candidat prêt à tout pour éliminer son rival et accéder au pouvoir. Corruption, mensonges et violences deviennent pour lui de simples outils électoraux.
Sa présence donne au voyage un adversaire clairement identifié. Le lecteur comprend immédiatement l’origine des attaques et l’importance de la mission confiée à Lucky Luke.
Cette absence de mystère affaiblit toutefois le suspense. Camby est si ouvertement malhonnête qu’il ne constitue jamais un rival politique crédible, mais seulement un bandit utilisant une candidature comme couverture.
Le personnage aurait gagné à paraître plus respectable en public. Une plus grande ambiguïté aurait renforcé la satire des responsables politiques capables de dissimuler leurs méthodes derrière un discours démocratique.
Une succession d’attentats répétitive
Chaque étape de la tournée apporte une nouvelle tentative contre Hayes. Cette mécanique maintient un certain rythme, mais devient rapidement prévisible.
Lucky Luke repère le danger, neutralise les agresseurs et permet au candidat de poursuivre sa campagne. Les lieux changent davantage que la construction des péripéties.
Le scénario ajoute plusieurs personnages historiques et figures connues de la série pour varier les situations. Ces apparitions sont plaisantes, mais donnent parfois l’impression de masquer la simplicité de l’intrigue principale.
Une élection historiquement intéressante
L’élection présidentielle américaine de 1876 constitue un excellent choix. L’opposition entre Rutherford B. Hayes et Samuel Tilden aboutit réellement à l’un des résultats les plus contestés de l’histoire politique des États-Unis.
L’album utilise cette base avec beaucoup de liberté, privilégiant évidemment la comédie à la reconstitution. Il rappelle néanmoins que les campagnes américaines du XIXe siècle étaient déjà traversées par les violences, les pressions et les accords politiques.
Cette dimension historique donne au récit davantage de valeur. Elle aurait cependant mérité une place plus importante, notamment dans une conclusion qui aborde assez rapidement les conséquences de l’élection.
Achdé restitue efficacement la campagne
Le dessin d’Achdé reste très fidèle à l’univers de Morris. Les rassemblements politiques, les tribunes et les déplacements du convoi permettent de varier les scènes tout en conservant une lecture fluide.
Les caricatures de responsables politiques et de personnalités contemporaines sont immédiatement reconnaissables. Cette précision renforce les gags au moment de la publication, mais contribue également à dater visuellement certaines séquences.
Les scènes d’action demeurent dynamiques et parfaitement lisibles. Achdé maîtrise déjà les personnages, même si ses décors semblent parfois moins développés que dans ses albums plus récents.
En résumé
L’Homme de Washington utilise efficacement l’élection présidentielle de 1876 pour caricaturer les campagnes politiques, les slogans et le poids de la communication. La tournée de Rutherford B. Hayes fournit une structure adaptée à l’univers de Lucky Luke, tandis qu’Achdé assure une continuité graphique convaincante. L’intrigue devient toutefois répétitive, le candidat manque de relief et plusieurs références politiques ont vieilli. Une aventure agréable et documentée, mais trop dépendante de son contexte de publication pour devenir un grand classique de la série.
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