Les Aventures de Lucky Luke d’après Morris — Tome 2
La Corde au cou
Éditeur : Lucky Comics
Sortie originale : 27 octobre 2006
Publié en 2006, La Corde au cou place les Dalton face à une condamnation à mort dont seul un mariage pourrait les sauver. Laurent Gerra et Achdé exploitent le double sens du titre pour construire une comédie conjugale inattendue. L’idée produit plusieurs scènes amusantes, mais l’intrigue dispersée et certaines caricatures assez datées limitent la réussite de l’ensemble.
Une excellente idée de départ
Condamner les Dalton à la pendaison constitue une menace rarement aussi sérieuse dans la série. Leur recherche désespérée d’un moyen d’échapper à la corde donne immédiatement une direction claire au récit.
La découverte d’une loi permettant de commuer leur peine s’ils se marient transforme brutalement le western en comédie matrimoniale. Les quatre criminels doivent trouver des épouses alors que leur réputation, leur apparence et leurs caractères jouent évidemment contre eux.
Cette opposition entre la corde du bourreau et celle du mariage repose sur un jeu de mots simple, mais particulièrement efficace. Le scénario possède ainsi un concept fort que le lecteur comprend immédiatement.
Les Dalton toujours incapables de changer
La menace de la pendaison ne provoque aucune véritable remise en question chez les quatre frères. Joe reste autoritaire et agressif, Averell pense essentiellement à manger, tandis que William et Jack tentent de suivre les événements.
Le mariage apparaît uniquement comme un moyen d’éviter la mort. Aucun Dalton ne semble envisager les responsabilités ou les compromis liés à une vie conjugale, ce qui prépare naturellement les catastrophes suivantes.
Les réactions de Joe comptent parmi les meilleurs moments de l’album. Habitué à diriger ses frères, il découvre qu’il ne possède aucune autorité sur les femmes auxquelles ils sont désormais liés.
Ma Dalton reprend les choses en main
Face à l’incapacité de ses fils à trouver des épouses, Ma Dalton intervient avec son énergie habituelle. Elle considère leur mariage comme un problème pratique à résoudre plutôt que comme une décision sentimentale.
Sa présence renforce la dimension familiale de l’histoire. Les Dalton peuvent terroriser l’Ouest entier, mais redeviennent immédiatement des enfants lorsque leur mère leur donne des ordres.
Le personnage apporte plusieurs scènes efficaces, même si son rôle se réduit progressivement une fois les mariages organisés. Le scénario aurait pu exploiter davantage ses réactions face à ses nouvelles belles-filles.
Des mariages volontairement catastrophiques
Les filles du chef indien acceptent finalement d’épouser les Dalton, donnant naissance à quatre couples formés sans véritable affection ni compatibilité.
Le contraste physique et psychologique entre les époux produit plusieurs gags. Les Dalton espéraient seulement échapper à la pendaison et découvrent une nouvelle forme d’enfermement, parfois plus difficile à supporter que leur cellule.
Cette partie reste néanmoins assez prévisible. Chaque couple repose sur une caractéristique immédiatement identifiable et les conflits conjugaux répètent rapidement le même principe : les Dalton comprennent qu’ils ne contrôlent plus leur existence.
Une représentation des peuples amérindiens vieillissante
L’installation des Dalton dans la tribu permet à Laurent Gerra de détourner les codes traditionnels du western. Les mariages rapprochent temporairement des bandits blancs et une communauté amérindienne, sans effacer leurs différences.
Les personnages amérindiens restent cependant très dépendants de caricatures déjà utilisées dans les anciens albums. Les noms, les coutumes et les comportements sont conçus principalement pour produire des jeux de mots.
Cette représentation correspond à l’univers historique de Lucky Luke, mais elle manque du recul que la reprise aurait pu apporter. L’album reproduit certains stéréotypes davantage qu’il ne les interroge.
Lucky Luke reste à distance
Lucky Luke se retrouve dans une position ambiguë. Les Dalton demeurent des criminels, mais la condamnation à mort et les circonstances de leurs mariages l’empêchent de considérer la situation avec son détachement habituel.
Le cow-boy intervient régulièrement pour surveiller les quatre frères et empêcher leurs nouveaux projets. Il reste néanmoins extérieur au principal conflit, qui oppose surtout les Dalton à leurs épouses et à leur nouvelle communauté.
Cette mise en retrait laisse toute la place aux célèbres bandits, mais réduit l’énergie du héros. Lucky Luke accompagne davantage l’intrigue qu’il ne la conduit véritablement.
Trop de personnages et de références
L’album fait revenir Ma Dalton, Rantanplan, Calamity Jane, Buffalo Bill et plusieurs autres figures familières de la série. Ces apparitions cherchent à donner au récit une dimension événementielle.
Le plaisir de retrouver ces personnages est réel, mais leur présence n’est pas toujours indispensable. Certains semblent intervenir uniquement pour offrir un clin d’œil aux lecteurs historiques avant de disparaître.
Cette accumulation disperse le scénario. L’histoire hésite entre la menace de la pendaison, la recherche des épouses, la vie conjugale et différents détours consacrés aux seconds rôles. Son concept central perd ainsi progressivement de sa force.
Une comédie plus qu’un western
Les scènes d’action occupent une place relativement limitée. L’essentiel de l’humour repose sur les dialogues, les disputes familiales et l’inadaptation des Dalton à leur nouvelle situation.
Ce choix donne à l’album une identité particulière, mais l’éloigne aussi de la grande aventure. Les enjeux semblent diminuer après la spectaculaire condamnation initiale.
Le récit reste agréable et suffisamment rythmé, sans atteindre la précision des meilleures aventures des Dalton. Plusieurs séquences ressemblent davantage à des sketches reliés par le thème du mariage qu’aux étapes d’une intrigue véritablement construite.
Achdé maîtrise les Dalton
Le dessin d’Achdé restitue parfaitement les différences de taille et de tempérament entre les quatre frères. Leurs expressions face au mariage permettent de renouveler des personnages pourtant très codifiés.
Les scènes réunissant les Dalton et leurs épouses sont particulièrement lisibles malgré le nombre de protagonistes. Achdé exploite efficacement les oppositions physiques et les réactions silencieuses.
Son travail reste très fidèle à Morris, parfois au point de manquer encore d’une personnalité propre. Il assure néanmoins une continuité graphique solide et maintient l’énergie nécessaire aux nombreux gags.
En résumé
La Corde au cou repose sur une excellente idée en faisant du mariage l’unique moyen de sauver les Dalton de la pendaison. Joe, Averell et Ma Dalton offrent plusieurs scènes très amusantes, tandis qu’Achdé restitue efficacement la comédie familiale. Le scénario multiplie toutefois les personnages et les détours, Lucky Luke demeure en retrait et la représentation des Amérindiens paraît aujourd’hui assez datée. Un album divertissant et original dans son principe, mais trop dispersé pour exploiter pleinement sa promesse.
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