Bichon — Tome 1
Magie d’amour…
Éditeur : Glénat
Sortie originale : 6 novembre 2013
Publié en 2013, Magie d’amour… présente Sacha, surnommé Bichon, un garçon de huit ans qui aime les princesses, les poneys, la danse et le beau Jean-Marc. David Gilson signe une comédie tendre sur les normes de genre et les premiers sentiments. Un album lumineux et important, même si son univers protecteur atténue parfois la violence des préjugés qu’il dénonce.
Un héros différent sans devenir un problème
La grande réussite de Bichon tient à son personnage principal. Bichon ne cherche pas à expliquer pourquoi il préfère les princesses aux jeux traditionnellement réservés aux garçons. Il aime simplement ce qui le rend heureux.
David Gilson refuse ainsi le récit classique dans lequel un enfant différent devrait apprendre à s’accepter. Bichon possède déjà cette assurance, malgré quelques moments de honte ou de doute provoqués par le regard des autres.
Cette simplicité rend le personnage particulièrement attachant. Sa sensibilité n’est jamais présentée comme une faiblesse à corriger, mais comme une manière généreuse et imaginative d’entrer en relation avec le monde.
Les stéréotypes de genre intelligemment détournés
L’album montre combien certaines activités, couleurs ou attitudes restent arbitrairement associées aux filles. Une poupée ou un déguisement deviennent soudain problématiques dès qu’un garçon exprime le désir de les posséder.
Bichon transgresse ces règles sans véritablement chercher à les combattre. C’est précisément cette absence de provocation qui révèle leur absurdité : il ne comprend pas pourquoi ses goûts devraient déranger qui que ce soit.
Les personnages hostiles incarnent parfois les préjugés de manière un peu trop démonstrative. Leur fonction est claire, mais leur manque de nuance facilite la confrontation entre la tolérance du héros et la bêtise extérieure.
Jean-Marc et les premiers sentiments
L’admiration de Bichon pour Jean-Marc est traitée avec la même innocence que n’importe quel premier béguin. Le personnage rougit, rêve et cherche à attirer son attention sans que l’album ressente le besoin de définir immédiatement son orientation.
Ce choix est essentiel. David Gilson laisse à Bichon le droit d’être un enfant et de découvrir progressivement ses sentiments, sans lui imposer une identité adulte trop précise.
Jean-Marc risque parfois de devenir un protecteur idéalisé, toujours prêt à intervenir au bon moment. Cette relation conserve néanmoins une grande douceur et permet de représenter l’attirance d’un petit garçon pour un autre avec une rare simplicité.
Une famille presque trop accueillante
La mère de Bichon joue un rôle essentiel. Elle aime son fils tel qu’il est et se montre prête à défendre ses goûts face aux remarques des autres adultes. Sa bienveillance offre au personnage un espace de sécurité indispensable.
La petite sœur, l’oncle et la tante renforcent la dimension comique de la famille. Chacun possède une personnalité très marquée, parfois caricaturale, mais contribue à construire un entourage chaleureux.
Cette protection rend l’album réconfortant, tout en limitant légèrement sa tension. Les conflits sont rapidement désamorcés et Bichon semble rarement confronté durablement aux conséquences du rejet. Ce choix convient au jeune public, mais rend certaines situations un peu idéales.
Une succession de scènes plus que de véritables gags
Magie d’amour… est composé de courtes histoires d’une ou deux pages. Elles observent le quotidien de Bichon à l’école, en famille ou dans ses jeux.
Toutes ne reposent pas sur une chute comique nette. David Gilson privilégie souvent une émotion, une réaction attendrissante ou une petite victoire du personnage. Cette douceur donne une identité particulière à la série, plus proche de la chronique que du gag traditionnel.
Le rythme peut paraître moins percutant que celui de Titeuf. Il permet cependant d’éviter que Bichon devienne uniquement la victime ou le sujet d’une plaisanterie et laisse davantage de place à sa personnalité.
Un dessin doux parfaitement accordé au personnage
Le graphisme constitue l’une des grandes forces de l’album. Les formes arrondies, les grands yeux expressifs et les couleurs acidulées traduisent immédiatement l’imaginaire de Bichon.
Les influences de l’animation, du manga et de l’univers Disney sont visibles, sans empêcher David Gilson de construire un style personnel. Les expressions sont très lisibles et les décors contiennent de nombreux détails qui prolongent le caractère des personnages.
Cette esthétique peut sembler excessivement sucrée, mais elle correspond totalement au projet. Plutôt que de créer un contraste sombre, le dessin revendique les goûts de Bichon et transforme son univers intérieur en force visuelle.
En résumé
Magie d’amour… réussit à parler des normes de genre et des premiers sentiments sans réduire son héros à un message. Bichon est drôle, généreux et immédiatement attachant, tandis que le dessin de David Gilson donne à son univers une identité lumineuse. Certains personnages hostiles manquent de nuance et l’entourage très protecteur limite parfois les conflits. Ces réserves n’empêchent pas ce premier tome d’être une œuvre importante, tendre et profondément positive sur le droit d’un enfant à rester lui-même.
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