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Arizona

Couverture de Arizona

Lucky Luke — Tome 3

Arizona

Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 janvier 1951

3/5

Publié en 1951, Arizona réunit deux récits de jeunesse de Morris, dont Arizona 1880, la toute première aventure de Lucky Luke. L’album permet d’assister à la naissance du cow-boy, mais son dessin très rond, ses intrigues élémentaires et certaines caricatures datées le placent loin des futurs classiques de la série.

La première aventure de Lucky Luke

Bien qu’il porte le numéro 3, Arizona contient le véritable récit fondateur de la série. Dans Arizona 1880, Lucky Luke poursuit les bandits responsables de l’attaque d’une diligence.

Les principaux éléments du western sont déjà présents : saloon, partie de cartes, poursuite à cheval, chargement d’or et repaire de hors-la-loi. Morris assemble les images emblématiques du genre avec une énergie évidente.

Le scénario reste néanmoins très rudimentaire. Les indices apparaissent au moment opportun, les bandits commettent de nombreuses erreurs et Lucky Luke traverse les péripéties sans véritable progression personnelle. L’histoire ressemble davantage à une succession de scènes de western qu’à un récit réellement construit.

Un héros encore presque anonyme

Lucky Luke possède déjà son costume, son revolver et son goût pour la justice. Sa personnalité, en revanche, reste difficile à définir. Il est courageux et habile, mais ne possède pas encore l’ironie ni le calme légendaire qui feront son identité.

Dans les premières pages, Jolly Jumper semble presque aussi important que son cavalier. Cette hésitation montre que Morris cherche encore le véritable centre de sa série.

Le héros se montre également plus vulnérable que dans les albums suivants. Il peut être battu, capturé ou trompé assez facilement. Cette fragilité apporte un peu de suspense, mais contraste fortement avec l’assurance presque surhumaine du futur « homme qui tire plus vite que son ombre ».

Cigarette Cæsar offre une aventure plus maîtrisée

Le second récit, Lucky Luke contre Cigarette Cæsar, a été réalisé plusieurs années après Arizona 1880. Les progrès de Morris sont immédiatement visibles dans le dessin, le rythme et la mise en scène.

La poursuite d’un bandit réfugié au Mexique offre davantage de situations comiques. Cigarette Cæsar est un adversaire plus identifiable que les criminels génériques de la première histoire, même s’il repose encore sur une caractérisation très simple.

Cette partie reste marquée par des caricatures mexicaines aujourd’hui datées. Les personnages et les situations sont construits à partir de stéréotypes culturels que la série réutilisera plus tard avec davantage de distance et de finesse.

Le western vu à travers le cartoon

Dans Arizona 1880, le dessin de Morris est particulièrement rond. Les personnages n’ont que quatre doigts, leurs corps se déforment et les coups suivent davantage la logique d’un dessin animé que celle d’un western réaliste.

Cette influence donne beaucoup de mouvement aux bagarres et aux poursuites. Elle produit aussi une impression d’imprécision, notamment dans les décors et les proportions.

Le contraste entre les deux récits permet de mesurer l’évolution rapide du dessinateur. Le trait devient progressivement plus lisible, les silhouettes plus élégantes et les cases mieux organisées. L’album possède ainsi une réelle valeur documentaire sur la formation du style de Morris.

Jolly Jumper cherche encore sa place

Jolly Jumper accompagne Lucky Luke dès la première aventure et intervient directement pour le sortir de plusieurs situations difficiles. Sa présence est donc déjà indispensable à l’action.

Le cheval ne parle pas encore et ne possède aucune ironie particulière. Il reste une monture exceptionnellement intelligente plutôt qu’un véritable partenaire comique.

Quelques réactions annoncent pourtant son évolution future. Morris comprend déjà que le lien entre le cow-boy et son cheval peut produire autre chose qu’un simple moyen de transport, sans encore exploiter tout son potentiel.

Un document historique plus qu’un grand album

Arizona occupe une place essentielle dans l’histoire de la série, mais cette importance ne doit pas être confondue avec sa qualité narrative. Les deux aventures sont courtes, prévisibles et très dépendantes des conventions du western.

L’intérêt principal vient de la comparaison entre elles. Arizona 1880 montre un auteur débutant, tandis que Lucky Luke contre Cigarette Cæsar révèle déjà des progrès considérables.

La lecture reste plaisante grâce à l’énergie graphique de Morris, mais l’humour, les dialogues et la satire sont encore loin du niveau atteint pendant la période Goscinny.

En résumé

Arizona est un album précieux pour découvrir la véritable naissance de Lucky Luke. Arizona 1880 possède une énergie spontanée, tandis que Lucky Luke contre Cigarette Cæsar montre les progrès rapides de Morris. Le héros manque encore de personnalité, Jolly Jumper reste peu développé et certaines caricatures ont fortement vieilli. Un tome historiquement indispensable, mais artistiquement très inégal.

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