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Lucky Luke contre Pat Poker

Couverture de Lucky Luke contre Pat Poker

Lucky Luke — Tome 5

Lucky Luke contre Pat Poker

Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 janvier 1953

4/5

Publié en 1953, Lucky Luke contre Pat Poker réunit deux aventures opposant le héros à un joueur professionnel contrôlant plusieurs villes par la corruption et la peur. Morris construit enfin un adversaire récurrent doté d’une véritable personnalité. Les scénarios restent simples, mais l’humour, le dessin et la mise en scène progressent nettement.

Pat Poker dépasse les bandits interchangeables

Les premiers hors-la-loi affrontés par Lucky Luke étaient généralement définis par leur brutalité ou leur stupidité. Pat Poker se montre plus dangereux parce qu’il utilise la ruse, l’argent et son influence.

Sa maîtrise des cartes correspond parfaitement à sa personnalité. Il préfère manipuler les situations plutôt que participer directement aux bagarres et sait s’entourer d’hommes capables d’exécuter ses ordres.

Morris crée ainsi son premier adversaire réellement mémorable. Pat Poker n’atteint pas encore la dimension comique des Dalton, mais sa présence relie efficacement les deux histoires de l’album.

Lucky Luke ridiculisé pour mieux revenir

Au début de Nettoyage à Red City, Lucky Luke se fait voler ses vêtements et Jolly Jumper pendant qu’il se baigne. Obligé de poursuivre sa route dans une tenue d’enfant, il arrive dans la ville sans aucune autorité apparente.

Cette situation constitue une excellente idée comique. Le futur shérif est immédiatement sous-estimé par les habitants et par les hommes de Pat Poker, qui lui fournissent un revolver-jouet et un cheval de bois.

Morris accepte ainsi de rendre son héros momentanément ridicule. Lucky Luke conserve son assurance, mais doit prouver sa valeur autrement que par son apparence. Cette distance envers le personnage apporte un humour plus subtil que les simples bagarres des premiers albums.

Deux histoires mieux reliées

Nettoyage à Red City et Tumulte à Tumbleweed peuvent être lues indépendamment, mais le retour de Pat Poker crée une véritable continuité. L’adversaire se souvient de sa première défaite et comprend immédiatement le danger représenté par Lucky Luke.

Cette construction donne davantage de consistance à l’album. La seconde confrontation ne recommence pas entièrement à zéro et exploite la réputation désormais acquise par le héros.

Les deux récits conservent cependant une structure très proche. Lucky Luke arrive dans une ville contrôlée par des criminels, affronte leurs hommes puis neutralise leur chef. La répétition limite l’effet de surprise malgré quelques variations efficaces.

La ville de l’Ouest devient un personnage

Morris commence à mieux exploiter les lieux traditionnels du western : saloon, bureau du shérif, prison, rue principale et hôtel. Ces décors ne sont plus de simples arrière-plans et participent directement aux rapports de force.

Red City et Tumbleweed sont dominées par la peur. Les habitants préfèrent éviter les bandits plutôt que leur résister, laissant Lucky Luke presque seul face au pouvoir local.

Cette représentation reste élémentaire, mais elle annonce de nombreux albums futurs dans lesquels le héros devra libérer une communauté paralysée par un hors-la-loi ou un notable corrompu.

Un humour visuel plus précis

Le dessin demeure très influencé par le cartoon, avec des personnages ronds, des mouvements exagérés et des conséquences physiques rapidement effacées. Morris contrôle toutefois mieux ces déformations.

Les gags autour des vêtements trop petits, du cheval de bois et de l’apparence trompeuse de Lucky Luke sont particulièrement réussis. L’humour naît désormais autant de la mise en scène que des coups échangés.

Les silhouettes deviennent également plus distinctes. Pat Poker, Angelface et les différents hommes de main sont immédiatement reconnaissables, même si leur caractérisation reste assez sommaire.

Le héros se rapproche de sa forme classique

Lucky Luke agit avec davantage de calme et d’intelligence. Il observe, prépare ses interventions et utilise les faiblesses de ses adversaires au lieu de foncer systématiquement dans les bagarres.

Sa supériorité devient toutefois presque trop évidente. Une fois qu’il retrouve Jolly Jumper et son équipement, Pat Poker semble ne plus disposer d’aucun moyen crédible de le vaincre.

Le suspense reste donc limité, mais l’intérêt se déplace progressivement vers la manière dont Lucky Luke rétablira l’ordre. Cette mécanique deviendra l’un des principes essentiels de la série.

En résumé

Lucky Luke contre Pat Poker marque une étape importante dans les débuts de la série. Morris crée son premier adversaire véritablement identifiable, utilise mieux les villes de l’Ouest et accepte de tourner son héros en ridicule. Les deux récits restent répétitifs et leur conclusion ne laisse guère de doute, mais le dessin et l’humour gagnent en précision. Un album encore imparfait, mais déjà très proche de la formule classique de Lucky Luke.

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