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La Mine d’or de Dick Digger

Couverture de La Mine d’or de Dick Digger

Lucky Luke — Tome 1

La Mine d’or de Dick Digger

Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 janvier 1949

3/5

Publié en 1949, La Mine d’or de Dick Digger réunit deux des premières aventures de Lucky Luke, alors entièrement réalisées par Morris. Les poursuites, les bandits et les villes de l’Ouest sont déjà présents, mais le héros, le dessin et l’humour restent très éloignés de leur forme définitive. Un album historique, plus intéressant pour ses tâtonnements que pour ses intrigues.

Un Lucky Luke encore très peu caractérisé

Lucky Luke apparaît déjà comme un justicier solitaire, courageux et particulièrement habile avec un revolver. Il vient spontanément en aide à Dick Digger après le vol de la carte indiquant l’emplacement de sa mine.

Sa personnalité demeure toutefois assez limitée. Le héros agit surtout parce que l’aventure l’exige et ne possède pas encore le mélange d’ironie, de calme et de distance qui fera son charme.

Même sa silhouette semble chercher sa forme. Les vêtements caractéristiques sont présents, mais le visage, les proportions et les attitudes varient encore beaucoup. Lucky Luke ressemble davantage à un jeune héros de dessin animé qu’au cow-boy impassible des albums classiques.

Deux aventures très simples

L’album rassemble La Mine d’or de Dick Digger et Le Sosie de Lucky Luke. La première repose sur une poursuite après deux bandits ayant dérobé la carte d’un chercheur d’or ; la seconde confronte Lucky Luke à Mad Jim, un criminel qui lui ressemble parfaitement.

Les intrigues avancent rapidement et accumulent les bagarres, les pièges et les retournements. Cette énergie rend la lecture plaisante, mais les événements reposent fréquemment sur des coïncidences ou sur la maladresse des adversaires.

Le Sosie de Lucky Luke se montre plus inventif grâce au jeu sur l’identité. Le principe reste classique, mais il oblige le héros à affronter sa propre apparence et crée davantage de situations comiques que la chasse au trésor précédente.

Un humour surtout fondé sur le mouvement

Morris privilégie les chutes, les coups et les déformations physiques. Les personnages sont écrasés, projetés ou transformés par les explosions selon une logique directement héritée du dessin animé américain.

Cette approche donne beaucoup de rythme aux planches. Elle reste cependant moins subtile que l’humour verbal et historique développé plus tard avec René Goscinny.

Les bandits sont volontairement stupides et les situations très exagérées. L’album fait sourire par son énergie, mais propose peu de gags véritablement mémorables ou de dialogues capables de dépasser l’action.

Un dessin sous forte influence du cartoon

Le style de Morris est encore très rond. Les visages sont élastiques, les corps rebondissent et les décors restent assez sommaires. L’influence de Disney et des courts métrages d’animation est beaucoup plus visible que celle du western réaliste.

Cette souplesse produit quelques images très vivantes, notamment pendant les poursuites et les bagarres. Elle donne aussi à l’ensemble une apparence parfois désordonnée, avec une mise en page chargée et des personnages dont les proportions changent fréquemment.

On aperçoit néanmoins les qualités essentielles de Morris : sens du mouvement, lisibilité de l’action et goût pour les silhouettes immédiatement reconnaissables. Le dessinateur ne maîtrise pas encore pleinement son univers, mais ses fondations sont déjà solides.

Jolly Jumper n’est pas encore un véritable partenaire

Le cheval de Lucky Luke accompagne le héros, mais ne possède pas encore l’intelligence ni le caractère sarcastique qui feront de lui l’un des personnages majeurs de la série.

Il remplit principalement une fonction pratique et comique. Sa relation avec Lucky Luke ressemble davantage à celle d’un cow-boy avec sa monture qu’à un dialogue entre deux compagnons.

Cette absence modifie fortement l’équilibre de l’album. Lucky Luke paraît plus solitaire, mais aussi moins intéressant, car personne ne vient commenter ses décisions ou contredire son assurance.

Une violence étonnante pour la suite de la série

La conclusion du Sosie de Lucky Luke se distingue par une violence qui disparaîtra presque entièrement des albums ultérieurs. Lucky Luke y provoque directement la mort de Mad Jim.

Ce passage rappelle que les règles morales de la série ne sont pas encore fixées. Le héros n’est pas encore le justicier qui neutralise ses adversaires sans les tuer et les remet systématiquement à la justice.

Cette scène possède aujourd’hui une importance historique, mais son traitement rapide crée un certain malaise. Elle montre surtout à quel point Morris cherchait encore le ton exact de son western humoristique.

En résumé

La Mine d’or de Dick Digger permet d’observer la naissance graphique et narrative de Lucky Luke. Le mouvement, les bandits caricaturaux et plusieurs éléments du western humoristique sont déjà présents, mais le héros manque de personnalité, Jolly Jumper reste secondaire et les deux intrigues sont très rudimentaires. Le dessin possède une énergie indéniable tout en restant irrégulier. Un document passionnant sur les débuts de Morris, mais un album assez mineur lorsqu’il est comparé aux futurs.

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