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Hors-la-loi

Couverture de Hors-la-loi

Lucky Luke — Tome 6

Hors-la-loi

Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 janvier 1954

4/5

Publié en 1954, Hors-la-loi confronte Lucky Luke aux véritables frères Dalton, librement inspirés des bandits historiques. Morris signe son premier récit directement nourri par l’histoire de l’Ouest et donne à la série des adversaires marquants. L’album reste encore brutal et graphiquement irrégulier, mais représente une étape essentielle.

Les premiers Dalton ne sont pas encore ceux que l’on connaît

Bob, Grat, Bill et Emmett Dalton sont inspirés d’une véritable bande de hors-la-loi active à la fin du XIXe siècle. Morris reprend notamment leur tentative d’attaquer simultanément deux banques à Coffeyville.

Ces quatre frères ne doivent pas être confondus avec Joe, William, Jack et Averell, leurs cousins fictifs créés plus tard par Morris et Goscinny. Les Dalton historiques sont ici beaucoup plus dangereux et moins ouvertement comiques.

Une différence de taille permet déjà de les distinguer, mais elle ne correspond pas encore à une progression aussi régulière que celle des futurs cousins. Le principe visuel est donc présent sans avoir atteint sa forme définitive.

Une première véritable rencontre avec l’histoire de l’Ouest

Jusqu’ici, Morris utilisait principalement les décors et les clichés du western. Hors-la-loi franchit une étape en intégrant des personnages et des événements historiques dans son récit.

L’auteur prend évidemment de grandes libertés. Lucky Luke est ajouté à l’histoire et les comportements des frères sont simplifiés pour répondre aux besoins de la comédie et de l’aventure.

Cette rencontre entre documentation et caricature deviendra l’une des grandes forces de la série. Morris comprend que le véritable Ouest américain possède suffisamment de figures excentriques pour nourrir son humour sans qu’il soit nécessaire de tout inventer.

Des adversaires réellement menaçants

Les Dalton braquent des banques, attaquent des diligences et défient directement les autorités. Leur réputation grandissante oblige le gouvernement à envoyer Lucky Luke à leur poursuite.

Contrairement à Pat Poker, qui privilégiait la manipulation, les frères utilisent surtout la violence et leur supériorité numérique. Ils commettent encore quelques erreurs comiques, mais ne paraissent jamais totalement inoffensifs.

Cette menace apporte un suspense inédit. Lucky Luke reste supérieur à chacun d’eux, mais leur organisation et leur détermination rendent la confrontation plus crédible que face aux bandits interchangeables des premiers albums.

Une conclusion d’une violence inhabituelle

La fin originale reprenait brutalement le destin historique de la bande. Bob Dalton y mourait après avoir reçu une balle en pleine tête tirée par Lucky Luke.

Cette conclusion a ensuite été modifiée. Dans la version censurée, le personnage est touché à l’épaule, ce qui atténue fortement la responsabilité du héros et rapproche l’histoire des règles morales adoptées plus tard par la série.

La modification révèle l’évolution de Lucky Luke. Le cow-boy des débuts pouvait encore tuer ses adversaires, tandis que sa version classique préférera les capturer et les remettre à la justice. La scène originale reste donc importante, même si elle paraît en décalage avec l’identité future du personnage.

Le Retour des frères Dalton joue avec leur réputation

Le second récit porte un titre volontairement trompeur. Les véritables Dalton ne reviennent pas : un shérif peureux cherche surtout à exploiter leur réputation pour se construire une image de grand justicier.

Cette histoire courte fonctionne comme une satire de la fabrication des légendes. La population préfère croire à un récit héroïque plutôt que vérifier la véritable valeur de celui qui le raconte.

L’idée est intéressante, mais son développement reste limité. Après l’intensité de l’histoire principale, ce complément paraît plus anecdotique et donne à l’album une conclusion moins forte qu’elle aurait pu l’être.

Le dessin gagne en réalisme

Le style de Morris conserve encore une rondeur héritée du cartoon, mais les décors, les chevaux et les scènes d’action deviennent plus précis. Les silhouettes des Dalton démontrent également son talent croissant pour la caractérisation visuelle.

Les attaques et les poursuites possèdent une véritable énergie. Morris utilise mieux les grands espaces et commence à donner aux villes une architecture plus crédible.

Quelques proportions et mouvements restent irréguliers, notamment dans les scènes très chargées. L’ensemble montre néanmoins une progression considérable par rapport à Arizona.

En résumé

Hors-la-loi est le premier album de Lucky Luke à transformer directement une page de l’histoire de l’Ouest en comédie d’aventure. Les véritables Dalton sont menaçants, visuellement marquants et annoncent leurs célèbres cousins. La violence de la conclusion originale surprend, tandis que le second récit paraît plus secondaire. Malgré une narration encore simple, Morris trouve ici une direction qui donnera à la série une grande partie de son identité.

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