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Les Dalton dans le blizzard

Couverture de Les Dalton dans le blizzard

Lucky Luke — Tome 22

Les Dalton dans le blizzard

René Goscinny et Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 juin 1963

5/5

Publié en 1963, Les Dalton dans le blizzard voit les quatre frères gagner le Canada dans l’espoir d’échapper définitivement à Lucky Luke. René Goscinny et Morris renouvellent parfaitement la traditionnelle poursuite grâce au décor enneigé, aux déguisements improbables et à l’arrivée de la police montée. Un album très rythmé qui exploite pleinement la dynamique des Dalton.

Le Canada renouvelle la formule

Le point de départ ne réserve aucune surprise : les Dalton s’évadent une nouvelle fois et franchissent la frontière pour échapper à la justice américaine. Le changement de pays suffit pourtant à donner une nouvelle identité au récit.

Les paysages enneigés, le froid et les immenses étendues remplacent les déserts habituels. Les Dalton découvrent rapidement qu’ils ne sont pas préparés à survivre dans cet environnement.

Goscinny utilise le Canada comme un terrain hostile où les qualités supposées des bandits deviennent inutiles. Leurs revolvers les protègent difficilement contre le blizzard, la faim ou leur incapacité à s’orienter.

Une satire amusée du Canada

La police montée est présentée comme une institution parfaitement organisée, polie et déterminée à préserver sa réputation. Le caporal Winston Pendergast accompagne Lucky Luke avec un respect presque obsessionnel du règlement.

Le contraste avec les shérifs lâches rencontrés dans les albums précédents fonctionne très bien. Pendergast ne possède pas la rapidité de Lucky Luke, mais il se montre courageux, discipliné et particulièrement fier de son uniforme.

Les caricatures canadiennes restent assez attendues, entre expressions locales, températures glaciales et courtoisie permanente. Elles construisent néanmoins un décor cohérent sans prendre complètement le pas sur l’aventure.

Les Dalton tentent de changer d’identité

Pour passer inaperçus, les quatre frères abandonnent leur célèbre nom et adoptent différentes identités. Leur ressemblance physique et leur comportement rendent évidemment toute discrétion impossible.

Cette tentative souligne leur obsession pour leur propre réputation. Les Dalton veulent éviter Lucky Luke, mais ne peuvent s’empêcher de chercher la célébrité en commettant de nouveaux crimes.

Goscinny exploite très bien cette contradiction. Les frères pourraient probablement disparaître s’ils acceptaient de mener une existence ordinaire, mais leur vanité les pousse constamment à attirer l’attention.

Joe et Averell au sommet de leur dynamique

Joe reste convaincu d’être un chef brillant alors que chacune de ses décisions rapproche le groupe de l’arrestation. Sa colère envers Lucky Luke se double désormais d’une irritation permanente contre Averell.

Averell continue de penser avant tout à manger. Dans un environnement où la nourriture devient rare, cette obsession prend une importance encore plus grande et provoque plusieurs excellents gags.

Le froid place exceptionnellement les quatre frères dans une difficulté commune. Même Joe ne peut pas simplement reprocher tous leurs problèmes à Averell, ce qui permet de varier légèrement leurs échanges.

William et Jack restent les moins caractérisés. Leur rôle consiste encore surtout à commenter les disputes entre les deux personnalités dominantes du groupe.

Lucky Luke et Pendergast forment un bon duo

Lucky Luke maîtrise la poursuite dans les grands espaces, tandis que Pendergast apporte sa connaissance du territoire et de la police canadienne. Leur collaboration repose sur un respect mutuel, sans rivalité artificielle.

Le caporal constitue un partenaire sérieux, mais suffisamment rigide pour produire des situations comiques. Son attachement au règlement contraste avec les méthodes plus instinctives de Lucky Luke.

Cette association évite au héros de traverser seul l’intégralité de l’album. Elle offre surtout un regard extérieur sur son efficacité : même la police montée doit reconnaître la valeur du cow-boy solitaire.

Le blizzard devient un véritable adversaire

La tempête occupe une place déterminante dans la seconde partie. Elle efface les pistes, désoriente les personnages et rend chaque déplacement dangereux.

Morris représente remarquablement la neige et le vent avec des compositions beaucoup plus dépouillées qu’à l’habitude. Les silhouettes isolées dans le blanc transmettent immédiatement la difficulté de progresser.

Le climat agit également comme un égalisateur. Lucky Luke, les policiers et les Dalton deviennent tous vulnérables face à une nature qu’aucun revolver ne peut dominer.

Une aventure sans temps mort

Goscinny enchaîne l’évasion, le passage de la frontière, les changements d’identité, les attaques et la tempête sans donner l’impression d’une succession artificielle de sketches.

Les gags restent étroitement liés à la poursuite. Même les digressions servent généralement à compliquer la fuite des Dalton ou à rapprocher Lucky Luke de ses adversaires.

La conclusion demeure prévisible, mais ce défaut paraît presque secondaire. L’intérêt ne repose pas sur la capture finale, inévitable, mais sur les catastrophes provoquées par les quatre frères pour tenter de l’éviter.

En résumé

Les Dalton dans le blizzard renouvelle brillamment une formule pourtant déjà bien installée. Le Canada, la police montée et les paysages enneigés donnent à la poursuite une véritable personnalité, tandis que Joe et Averell offrent certains de leurs meilleurs échanges. William et Jack restent effacés et l’issue ne fait aucun doute, mais la qualité du rythme, des gags et du dessin place l’album parmi les grandes réussites de la série.

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