MiklMayer.fr

Les Collines noires

Couverture de Les Collines noires

Lucky Luke — Tome 21

Les Collines noires

René Goscinny et Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 janvier 1963

4/5

Publié en 1963, Les Collines noires confie à Lucky Luke la protection de quatre scientifiques chargés d’étudier un territoire encore mal connu. René Goscinny et Morris détournent le récit d’exploration en opposant des savants totalement inadaptés à l’Ouest aux hommes déterminés à empêcher la colonisation. Une aventure très drôle et visuellement variée, mais dont le regard historique apparaît aujourd’hui particulièrement incomplet.

Une équipe de savants savoureuse

L’expédition réunit un géologue, un biologiste, un géomètre et un anthropologue. Tous excellent dans leur discipline, mais semblent incapables de comprendre les dangers les plus évidents.

Goscinny construit leur comique sur le décalage entre connaissances théoriques et expérience pratique. Chaque scientifique analyse les événements avec son vocabulaire spécialisé, même lorsqu’il faudrait simplement courir ou se mettre à l’abri.

Le groupe fonctionne remarquablement bien. Les savants ne possèdent pas tous la même importance, mais leurs spécialités permettent de renouveler les gags au fil du voyage.

La science confrontée au terrain

L’album ne se moque pas réellement du savoir. Les scientifiques sont distraits et naïfs, mais leurs compétences finissent souvent par se révéler utiles.

Goscinny critique plutôt leur incapacité à sortir de leur domaine. Chacun observe l’Ouest comme un objet d’étude et semble parfois oublier qu’il se trouve au milieu d’un environnement dangereux.

Lucky Luke représente le savoir pratique qui manque à l’expédition. Il connaît les hommes, les pistes et les risques du voyage, tandis que ses compagnons disposent des connaissances nécessaires pour remplir la mission. Leur complémentarité évite une opposition trop simpliste entre science et bon sens.

Une exploration continuellement sabotée

Plusieurs sénateurs redoutent que l’ouverture des territoires de l’Ouest réduise l’importance politique des États déjà établis. Ils cherchent donc à faire échouer l’expédition en engageant Bull Bullets.

Cette motivation apporte une dimension politique intéressante. L’opposition au progrès ne repose pas sur une conviction profonde, mais sur la crainte de perdre du pouvoir.

Bull Bullets multiplie les sabotages et utilise les dangers naturels pour tenter d’arrêter les savants. Son efficacité reste pourtant limitée : il correspond davantage à un obstacle récurrent qu’à un véritable adversaire de Lucky Luke.

Lucky Luke protecteur plus qu’enquêteur

Lucky Luke comprend rapidement que l’expédition est menacée et passe l’essentiel du récit à protéger les scientifiques. Sa patience devient presque aussi importante que son habileté au revolver.

Le héros doit surveiller ses compagnons, anticiper les pièges et réparer leurs erreurs. Cette position rappelle parfois celle d’un responsable accompagnant des enfants particulièrement instruits mais dépourvus de toute prudence.

La mission manque toutefois d’un enjeu personnel pour lui. Lucky Luke accomplit consciencieusement son travail, sans être réellement transformé ou mis en difficulté par l’aventure.

Un récit de voyage très rythmé

La traversée des territoires permet d’enchaîner les paysages, les dangers et les rencontres. Attaques, passages difficiles et phénomènes naturels maintiennent un rythme constant.

Cette structure rappelle celle d’En remontant le Mississippi. Chaque étape devient une petite aventure relativement autonome, tandis que Bull Bullets assure le lien entre les différents épisodes.

Le procédé reste efficace, mais rend l’intrigue assez prévisible. Le saboteur prépare un piège, les scientifiques s’y exposent sans le comprendre et Lucky Luke intervient avant que la situation devienne irréversible.

Une vision contestable de la colonisation

La mission vise à déterminer si les territoires situés au-delà des Collines noires peuvent être ouverts à la colonisation. L’album présente cette perspective comme une avancée naturelle, sans véritablement considérer les peuples qui vivent déjà sur ces terres.

Pour une lecture contemporaine, cette absence pose problème. Les Collines noires occupent une place sacrée dans la culture lakota et leur conquête fut au cœur de conflits majeurs avec le gouvernement américain.

Goscinny et Morris reprennent ici le point de vue dominant des westerns de leur époque. Cette limite historique n’empêche pas l’aventure de fonctionner, mais réduit fortement la portée de son discours sur le progrès.

Morris varie les paysages et les silhouettes

Le voyage permet à Morris de quitter les villes traditionnelles pour représenter montagnes, plaines, forêts et passages escarpés. Les décors donnent à l’album une véritable sensation de progression.

Les quatre savants bénéficient de silhouettes très différentes, immédiatement associées à leur spécialité et à leur tempérament. Leur fragilité physique contraste efficacement avec l’assurance de Lucky Luke.

La lisibilité reste excellente malgré les nombreux personnages. Morris utilise parfaitement les réactions collectives de l’expédition pour prolonger les plaisanteries de Goscinny.

En résumé

Les Collines noires repose sur une excellente galerie de scientifiques et sur le contraste entre leur savoir théorique et l’expérience de Lucky Luke. La traversée est variée, drôle et parfaitement dessinée. Bull Bullets manque cependant de personnalité, la structure devient répétitive et le traitement de la colonisation ignore largement la dépossession des peuples autochtones. Un très bon album d’aventure, sans atteindre les sommets de la série.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR