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Calamity Jane

Couverture de Calamity Jane

Lucky Luke — Tome 30

Calamity Jane

René Goscinny et Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 juin 1967

5/5

Lucky Luke rencontre Calamity Jane et l’accompagne à El Plomo, où elle gagne un saloon avant de se retrouver mêlée à un trafic d’armes. Goscinny et Morris livrent un album remarquablement drôle, dominé par une héroïne libre qui ridiculise les règles imposées aux femmes sans jamais perdre sa personnalité.

Calamity Jane prend le contrôle de l’album

Dès son apparition, Calamity Jane s’impose comme l’égale de Lucky Luke. Elle monte à cheval, manie les armes, affronte les hommes et raconte ses exploits avec une assurance qui ne laisse aucune place au doute.

Goscinny exploite son goût pour l’exagération sans remettre en cause ses compétences. Certaines de ses histoires sont probablement embellies, mais son courage et sa force sont bien réels. Elle n’est ni une demoiselle en détresse ni une simple partenaire comique.

Lucky Luke accepte rapidement son indépendance et ne cherche jamais à lui donner des leçons. Il devient presque un personnage secondaire face à cette personnalité particulièrement forte, ce qui constitue l’une des principales qualités de l’album.

Une excellente satire des bonnes manières

Devenue propriétaire d’un saloon, Calamity Jane décide de prendre des cours de maintien afin d’être admise dans la bonne société d’El Plomo. Cette tentative d’éducation mondaine offre les séquences les plus mémorables du récit.

Les leçons données par Mrs August Oyster reposent sur un affrontement entre deux conceptions de la féminité. Calamity Jane doit apprendre à marcher élégamment, surveiller son langage et respecter des règles dont elle ne comprend pas l’utilité.

Goscinny montre surtout l’hypocrisie d’une société qui juge une femme sur son comportement plutôt que sur ses actes. Calamity Jane paraît grossière, mais elle se révèle plus courageuse et honnête que les notables qui prétendent lui apprendre les bonnes manières.

Une héroïne féministe avant l’heure ?

Calamity Jane refuse toutes les limites que la société tente de lui imposer. Elle exerce des activités réservées aux hommes et ne cherche jamais à obtenir leur approbation. Son indépendance donne à l’album une modernité évidente.

La satire conserve néanmoins certaines ambiguïtés. Une partie de l’humour vient du fait qu’elle adopte des comportements considérés comme masculins et qu’elle ne correspond pas aux attentes physiques ou sociales associées aux femmes.

Le récit se montre donc progressiste pour son époque sans échapper complètement à ses stéréotypes. Mais il donne toujours raison à Calamity Jane face aux personnages qui veulent la transformer, ce qui préserve la force du propos.

August Oyster, notable respectable et parfait hypocrite

Après avoir perdu son saloon lors d’un bras de fer, August Oyster cherche par tous les moyens à chasser Calamity Jane de la ville. Il utilise sa réputation et les conventions sociales pour isoler celle qu’il ne peut pas vaincre directement.

Le personnage représente parfaitement l’hypocrisie des notables de western. Il affiche une façade respectable, mais organise secrètement un trafic d’armes avec les Apaches. La véritable menace ne vient donc pas de Calamity Jane et de ses manières brutales, mais de ceux qui dissimulent leurs crimes derrière leur position sociale.

Oyster reste toutefois un adversaire assez classique. Sa fonction est surtout de permettre à Calamity Jane de révéler les contradictions d’El Plomo, davantage que de rivaliser véritablement avec Lucky Luke.

Une intrigue policière presque secondaire

Lucky Luke enquête sur la vente clandestine d’armes aux Apaches. Ce fil narratif apporte du danger et permet au récit de conserver une structure de western traditionnel.

L’enquête reste néanmoins moins passionnante que les aventures sociales de Calamity Jane. L’identité du coupable ne réserve guère de surprise et le trafic sert principalement à réunir les personnages pour le dénouement.

Ce léger déséquilibre ne pénalise pas vraiment l’album. L’objectif de Goscinny est manifestement de construire un portrait comique de Calamity Jane plutôt qu’un mystère complexe. Sur ce point, la réussite est complète.

Morris donne vie à une personnalité immense

Le dessin de Morris traduit parfaitement l’énergie de Calamity Jane. Sa démarche, ses gestes brusques et sa manière d’occuper l’espace contrastent avec les attitudes figées des dames respectables d’El Plomo.

Les scènes de cours de maintien sont particulièrement réussies. La transformation extérieure de Calamity Jane ne parvient jamais à masquer son tempérament, et la moindre expression annonce l’explosion prochaine.

Morris évite également de faire d’elle une simple copie féminine de Lucky Luke. Sa silhouette, son langage corporel et ses réactions lui donnent immédiatement une identité visuelle propre.

En résumé

Calamity Jane est l’un des meilleurs albums de Lucky Luke. Son héroïne impose une personnalité exceptionnelle et permet à Goscinny de tourner en dérision les bonnes manières, les rôles attribués aux femmes et l’hypocrisie des notables. L’intrigue consacrée au trafic d’armes demeure assez conventionnelle, mais elle s’efface heureusement derrière les affrontements sociaux et les savoureux cours de maintien. Drôle, vif et étonnamment moderne, l’album mérite pleinement sa place parmi les classiques de la série.

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