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Lucky Luke contre Joss Jamon

Couverture de Lucky Luke contre Joss Jamon

Lucky Luke — Tome 11

Lucky Luke contre Joss Jamon

René Goscinny et Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 juin 1958

4/5

Publié en 1958, Lucky Luke contre Joss Jamon commence par une accusation injuste et se poursuit par la traque d’une bande qui impose progressivement sa loi à toute une ville. Pour sa deuxième collaboration avec Morris, René Goscinny enrichit considérablement l’univers de Lucky Luke et livre une satire politique encore imparfaite, mais déjà très efficace.

Une intrigue plus ambitieuse

Accusé d’un pillage commis par la bande de Joss Jamon, Lucky Luke obtient un délai pour capturer les véritables responsables. Cette situation donne immédiatement au récit un enjeu personnel : s’il échoue, le héros devra revenir pour être pendu.

La traque apporte une véritable continuité à l’album. Chaque membre de la bande possède une spécialité et oblige Lucky Luke à employer une méthode différente pour le capturer.

Le scénario reste parfois mécanique, mais il témoigne d’une nette progression. Goscinny ne se contente plus d’enchaîner les incidents : il construit une aventure qui évolue, change de décor et conduit progressivement à la prise de pouvoir de Joss Jamon.

Joss Jamon, bandit devenu politicien

Joss Jamon comprend que la violence ne suffit pas pour contrôler une ville. Il commence donc par distribuer de l’argent, organise une campagne électorale et se présente comme un homme capable de défendre les intérêts de la population.

Cette transformation permet à Goscinny de détourner les mécanismes démocratiques. Les habitants se laissent séduire par des promesses avantageuses, sans s’interroger sur l’origine de l’argent ni sur les intentions du candidat.

Une fois élu, Joss Jamon remplace les institutions par son propre système autoritaire. La satire reste directe, mais elle montre déjà l’intérêt de Goscinny pour les foules influençables et les dirigeants qui utilisent la légalité pour confisquer le pouvoir.

Une ville complice de sa propre chute

Les habitants jouent un rôle essentiel dans la réussite du bandit. Ils ne sont pas seulement victimes de Joss Jamon : ils contribuent à son ascension en privilégiant leur intérêt immédiat.

Goscinny se montre particulièrement sévère envers cette population versatile. Lucky Luke est d’abord accusé sans preuve, puis rejeté lorsqu’il tente de dénoncer le nouveau maire. La vérité importe moins que le confort promis par le pouvoir.

Cette critique donne davantage de profondeur à l’histoire, même si les changements d’opinion de la foule sont parfois trop rapides pour être totalement crédibles.

Un procès aussi spectaculaire qu’absurde

La dernière partie transforme la justice en véritable spectacle. Joss Jamon réunit un jury composé de figures célèbres du Far West afin de condamner Lucky Luke à l’issue d’un procès entièrement truqué.

Billy the Kid, Jesse James, Calamity Jane et les cousins Dalton apparaissent brièvement. Leurs physiques et leurs personnalités ne correspondent pas encore à ceux qu’ils adopteront plus tard, mais leur présence crée un amusant rassemblement de criminels.

Le procès illustre surtout la manière dont Joss Jamon détourne les institutions. Le juge, le jury et les témoins ne cherchent jamais la vérité : la décision est prise avant même l’ouverture des débats.

Les Dalton font leurs premiers pas

L’album contient la première apparition des cousins Dalton, créés après la disparition de leurs modèles historiques dans Hors-la-loi. Leur rôle reste limité, mais Morris définit déjà leur principe visuel : quatre frères de tailles différentes partageant le même visage.

Ils ne possèdent pas encore les personnalités très distinctes qui feront leur succès. Joe n’est pas totalement installé comme le chef colérique et Averell n’a pas encore développé son obsession pour la nourriture.

Cette apparition ressemble donc davantage à une esquisse. Elle suffit néanmoins à faire de l’album une étape historique pour la série.

Morris maîtrise désormais son univers

Le dessin atteint une grande maturité. Morris varie les ambiances entre la poursuite, les scènes urbaines, la campagne électorale et le procès final, tout en conservant une narration parfaitement lisible.

Les nombreux personnages sont immédiatement reconnaissables, même lorsque plusieurs bandits occupent la même case. Le travail sur les silhouettes devient l’une des grandes forces graphiques de Lucky Luke.

Quelques compositions conservent la rigidité des premiers tomes, mais l’ensemble se rapproche fortement du style classique de la série.

En résumé

Lucky Luke contre Joss Jamon marque une étape décisive. Goscinny construit une intrigue plus ambitieuse, détourne les élections et la justice, tandis que Morris peuple l’aventure de personnages immédiatement identifiables. Certaines transitions restent rapides et la bande de Joss manque parfois de profondeur, mais la formule classique de Lucky Luke est désormais presque entièrement en place.

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