Lucky Luke — Tome 7
Ma Dalton
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 octobre 1971
Lucky Luke découvre que la mère des Dalton vit paisiblement dans une petite ville où les commerçants lui abandonnent quelques pièces lorsqu’elle les braque. Le retour de ses fils réveille cependant ses ambitions criminelles. Goscinny et Morris renouvellent brillamment la famille en révélant que Joe lui-même peut trembler devant quelqu’un.
Une vieille dame beaucoup moins inoffensive qu’elle n’en a l’air
Ma Dalton ressemble d’abord à une grand-mère ordinaire qui promène son chat et fait ses courses. Elle conserve pourtant un revolver dans son sac et continue de braquer les commerçants du quartier.
Ces vols sont devenus une sorte de rituel. Les habitants connaissent Ma depuis longtemps et préfèrent lui donner quelques pièces plutôt que de lui rappeler qu’elle n’impressionne plus personne. Cette bienveillance protège sa fierté tout en maintenant l’illusion de sa dangerosité.
Goscinny joue ainsi avec le décalage entre son apparence fragile et son véritable tempérament. Ma Dalton n’a rien perdu de son autorité ni de son goût pour le crime. Sa rencontre avec Lucky Luke confirme même qu’elle sait encore parfaitement utiliser une arme.
Les Dalton ramenés à leur enfance
Face à leur mère, les quatre Dalton cessent immédiatement d’être de dangereux hors-la-loi. Ils redeviennent des enfants soumis aux reproches, aux ordres et aux préférences maternelles.
Joe supporte particulièrement mal cette situation. Habitué à commander ses frères, il découvre une autorité contre laquelle ses colères restent totalement inefficaces. Ma peut le réprimander ou l’humilier sans qu’il ose réellement se rebeller.
Ce renversement donne au personnage une dimension nouvelle. La violence et la mégalomanie de Joe apparaissent presque comme les réactions d’un enfant cherchant désespérément à prouver sa valeur.
Averell, le fils préféré
Ma Dalton ne cache pas son affection particulière pour Averell. Elle le considère comme le plus doux et le plus innocent de ses garçons, malgré sa participation régulière aux crimes de la famille.
Cette préférence exaspère naturellement Joe, persuadé d’être le seul fils digne de respect. Les efforts qu’il déploie pour attirer l’attention de sa mère ajoutent une motivation intime à ses habituelles ambitions criminelles.
Averell profite de la situation sans toujours comprendre la jalousie qu’il provoque. Son appétit, sa naïveté et son attachement sincère à Ma en font paradoxalement le membre le plus équilibré de la famille.
Le crime comme tradition familiale
Ma ne cherche jamais à ramener ses fils dans le droit chemin. Elle regrette au contraire leur manque d’efficacité et décide de reprendre leur éducation criminelle.
Le scénario transforme ainsi le gang en véritable entreprise familiale. Les braquages ne constituent plus seulement un moyen de s’enrichir : ils deviennent une tradition transmise d’une génération à l’autre.
Goscinny détourne les valeurs familiales avec une grande efficacité. Ma se montre protectrice, exigeante et fière de ses enfants, mais applique ces qualités à l’organisation de crimes. Son sens moral est totalement inversé sans que son affection soit remise en cause.
Des Dalton déguisés en vieilles dames
Pour profiter de la réputation apparemment inoffensive de leur mère, les Dalton se déguisent en vieilles femmes. Leur différence de taille et leur maladresse rendent immédiatement le stratagème absurde.
Morris exploite parfaitement cette transformation. Les robes, les chapeaux et les gestes forcés des quatre frères suffisent à produire des images parmi les plus mémorables de l’album.
Le gag dépasse toutefois le simple travestissement. Les Dalton découvrent qu’une vieille dame peut circuler sans éveiller les soupçons, tandis que les habitants refusent presque de croire qu’elle puisse être dangereuse. Le scénario joue ainsi avec l’invisibilité sociale associée à l’âge.
Lucky Luke face à une adversaire inhabituelle
Lucky Luke comprend rapidement que les petits braquages de Ma ne représentent pas une véritable menace. Il accepte d’abord la comédie organisée par les commerçants, tout en restant attentif à ses activités.
La situation change lorsque les Dalton la rejoignent. Le héros doit alors arrêter les quatre frères sans traiter leur mère comme une simple criminelle ordinaire. Son respect pour son âge se heurte à la nécessité de reconnaître sa dangerosité.
Ma Dalton parvient même à impressionner Lucky Luke par son adresse au revolver. Cette rare hésitation du cow-boy renforce immédiatement sa stature et lui permet d’exister autrement que comme la mère d’adversaires déjà célèbres.
Une intrigue simple dominée par les personnages
Le scénario ne repose pas sur un grand mystère ni sur une poursuite particulièrement complexe. Son intérêt vient presque entièrement des relations au sein de la famille Dalton.
Cette simplicité permet aux dialogues et aux caractères de prendre toute leur place. Chaque réaction de Joe, chaque attention accordée à Averell et chaque remarque de Ma approfondissent une dynamique immédiatement reconnaissable.
L’intrigue criminelle reste en revanche assez conventionnelle. Les braquages et la capture finale servent surtout de cadre à la comédie familiale. Cette relative minceur n’empêche pas l’album de fonctionner, tant ses personnages sont bien exploités.
En résumé
Ma Dalton réussit à renouveler profondément les quatre frères sans modifier leur personnalité. Leur mère révèle la fragilité de Joe, confirme la douceur d’Averell et transforme le crime en tradition familiale. L’intrigue reste simple, mais les dialogues, les déguisements et l’autorité exceptionnelle de Ma fournissent une succession de scènes mémorables. À la fois tendre et délicieusement immoral, l’album compte parmi les meilleures aventures consacrées aux Dalton.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.


