Batman — One-shot
Un deuil dans la famille
Éditeur : Urban Comics
Sortie originale : 25 avril 2013
Publié à la fin des années 1980, Un deuil dans la famille reste l’un des récits les plus célèbres de Batman. La mort de Jason Todd bouleverse durablement le héros, mais sa force émotionnelle cohabite avec un scénario outrancier et un dispositif éditorial particulièrement discutable.
Jason Todd, un Robin sacrifié
Jason Todd est présenté comme un adolescent impulsif, colérique et de plus en plus difficile à contrôler. Sa recherche de sa mère biologique permet de révéler sa fragilité, mais le scénario insiste tellement sur ses défauts qu’il semble parfois préparer méthodiquement sa disparition.
Le lecteur comprend néanmoins la responsabilité ressentie par Batman. Bruce Wayne ne perd pas seulement un partenaire : il doit affronter l’idée qu’il a exposé un enfant à une guerre qui le dépassait. C’est dans cette culpabilité que le récit trouve sa véritable profondeur.
Une mort transformée en événement commercial
DC Comics avait demandé aux lecteurs de décider par téléphone si Robin devait survivre. Jason fut condamné par une différence de seulement 72 votes, donnant à sa mort une dimension presque accidentelle.
Cette participation du public a contribué à rendre l’histoire célèbre, mais elle en constitue aussi la principale faiblesse. La disparition d’un personnage devient un coup éditorial conçu pour provoquer, davantage qu’une conclusion naturellement imposée par le récit.
Malgré ce cynisme, les conséquences sont traitées avec une réelle gravité. Batman ne ressort pas grandi de l’épreuve : il devient plus solitaire, plus brutal et plus vulnérable.
Un Joker d’une cruauté absolue
Le Joker apparaît ici comme un criminel véritablement terrifiant. Son affrontement avec Jason Todd ne repose pas sur une plaisanterie sophistiquée, mais sur une violence froide et personnelle. Jim Aparo donne à la scène centrale une brutalité mémorable sans multiplier les détails sanglants.
Le reste de l’intrigue est beaucoup moins convaincant. Trafic d’armes, terrorisme international et nomination diplomatique invraisemblable s’accumulent jusqu’à frôler la parodie. Le contexte géopolitique a également beaucoup vieilli et détourne parfois l’attention du drame intime.
Des dessins sobres et efficaces
Le trait classique de Jim Aparo convient parfaitement à la gravité de l’histoire. Sa mise en scène reste très lisible et les expressions de Batman traduisent sa douleur sans avoir besoin de longs discours.
La célèbre image du héros portant le corps de Robin résume à elle seule l’échec de Batman. Le dessin ne cherche pas l’élégance moderne, mais possède une puissance immédiate qui explique en grande partie la postérité de l’album.
Une seconde partie plus humaine
L’édition d’Urban Comics ajoute Les Morts et les Vivants, qui introduit Tim Drake et montre les conséquences de la disparition de Jason. Cette seconde histoire comprend que Robin n’est pas seulement l’assistant de Batman : il représente aussi un équilibre indispensable à son humanité.
Tim Drake s’impose par son intelligence plutôt que par la force. Sa présence apporte une reconstruction bienvenue, même si la réunion de deux récits différents rend l’album légèrement moins homogène.
En résumé
Batman : Un deuil dans la famille demeure incontournable pour ses conséquences sur la mythologie de Batman et pour quelques scènes d’une force indéniable. La culpabilité de Bruce Wayne, la cruauté du Joker et les dessins de Jim Aparo donnent au drame une véritable intensité. Le procédé du vote téléphonique et les extravagances géopolitiques empêchent toutefois l’album d’être pleinement maîtrisé. Un récit historique et marquant, davantage mémorable pour ce qu’il provoque que pour la cohérence de son intrigue.
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