Spider-Man – La Collection anniversaire — Tome 2
La Mort de Gwen Stacy
Éditeur : Panini Comics
Sortie originale : 22 février 2022
Avec La Mort de Gwen Stacy, Spider-Man découvre que ses pouvoirs ne lui permettent pas toujours de sauver ceux qu’il aime. Publié en 1973, ce récit marque une rupture historique dans les comics américains, même si le traitement très passif de Gwen Stacy mérite aujourd’hui d’être interrogé.
Une tragédie annoncée dès le titre
Norman Osborn retrouve ses souvenirs et redevient le Bouffon vert. Connaissant l’identité secrète de Spider-Man, il s’attaque directement à Gwen Stacy afin de détruire son adversaire sur le plan personnel.
Le titre ne cherche pas à préserver le suspense. Toute la tension vient de l’attente du moment où Peter Parker échouera. Cette certitude donne aux scènes précédant le drame une dimension particulièrement cruelle.
La mort survient avec une brutalité inhabituelle pour l’époque. Il n’existe aucun long discours ni ultime échange entre Peter et Gwen. En quelques cases, Spider-Man croit avoir réussi son sauvetage avant de comprendre qu’il est déjà trop tard.
Spider-Man peut-il être responsable ?
Le détail le plus terrible reste le petit bruit accompagnant l’arrêt brutal de la chute de Gwen. En la retenant par la jambe avec sa toile, Spider-Man pourrait avoir provoqué la fracture de son cou.
Le récit conserve une légère ambiguïté sur les circonstances exactes, mais la culpabilité de Peter ne dépend finalement pas de la réponse. Comme pour la mort de son oncle Ben, il est persuadé qu’une autre décision aurait pu éviter la tragédie.
Cette idée résume parfaitement le personnage. Ses pouvoirs lui donnent la responsabilité d’intervenir, mais ne lui garantissent jamais de prendre la bonne décision. Même lorsqu’il agit immédiatement, son geste peut avoir des conséquences irréparables.
Un Bouffon vert véritablement personnel
Norman Osborn ne cherche pas simplement à conquérir la ville ou à s’enrichir. Il connaît Peter Parker, fréquente son entourage et utilise son identité secrète pour transformer leur affrontement en vengeance intime.
Le Bouffon vert s’impose ainsi comme l’un des adversaires les plus dangereux de Spider-Man. Sa folie ne se limite pas à son costume ou à ses armes : elle détruit la séparation que Peter tente de maintenir entre sa vie héroïque et sa vie privée.
Après la mort de Gwen, Spider-Man abandonne presque entièrement ses plaisanteries. Sa colère le pousse dangereusement près du meurtre, révélant à quel point Norman a réussi à atteindre son objectif. Peter doit alors comprendre que tuer le responsable ne lui rendrait pas celle qu’il a perdue.
Gwen Stacy sacrifiée au parcours du héros
L’importance historique du récit ne doit pas empêcher d’en critiquer le principal problème. Gwen possède très peu de contrôle sur les événements. Elle est enlevée, inconsciente puis tuée afin de provoquer la souffrance et l’évolution de Peter Parker.
Les auteurs avaient conduit sa relation avec Peter dans une impasse : une rupture semblait artificielle, tandis qu’un mariage aurait fait vieillir le personnage. Sa mort apparaît donc aussi comme une solution éditoriale permettant de relancer la série.
Cette utilisation d’un personnage féminin comme instrument dramatique a beaucoup vieilli. Gwen est devenue iconique par sa disparition, mais le récit lui accorde paradoxalement très peu d’espace pour exister par elle-même.
Mary Jane dans une scène essentielle
Les dernières pages offrent à Mary Jane Watson l’un de ses premiers grands moments. Habituellement présentée comme insouciante et superficielle, elle comprend la douleur de Peter et décide de rester auprès de lui malgré la violence de ses paroles.
Cette scène silencieuse annonce l’évolution future de leur relation. Mary Jane cesse d’être uniquement la jeune femme festive opposée à la douce Gwen Stacy. Elle révèle une profondeur que Peter n’avait pas encore perçue.
Le récit ne raconte donc pas seulement la fin d’une relation. Il ouvre aussi une nouvelle étape dans la vie sentimentale et émotionnelle du héros.
Un dessin classique d’une remarquable efficacité
Gil Kane et John Romita donnent au drame une mise en scène claire et directe. La chute de Gwen, le mouvement de la toile et la réaction de Spider-Man sont immédiatement compréhensibles.
Les dialogues et certaines expressions paraissent aujourd’hui très appuyés, conformément aux habitudes éditoriales des années 1970. Cette emphase n’empêche pourtant pas les dernières pages de conserver une émotion réelle.
La composition de la scène principale est devenue si emblématique qu’elle a été reprise ou détournée dans de nombreuses adaptations de Spider-Man.
En résumé
Spider-Man : La Mort de Gwen Stacy reste un récit fondamental par sa brutalité, son ambiguïté et les conséquences durables de l’échec de Peter Parker. Le Bouffon vert devient un ennemi profondément personnel et Spider-Man découvre que la responsabilité ne suffit pas toujours à empêcher une tragédie. Le sacrifice narratif de Gwen et certains dialogues ont vieilli, mais ces limites nourrissent aussi la discussion autour de l’œuvre. Un tournant majeur qui conserve, plus de cinquante ans après sa publication, une puissance émotionnelle incontestable.
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