La Mort de Superman — Tome 2
Le Règne des Supermen
Éditeur : Urban Comics
Sortie originale : 25 octobre 2013
Après la disparition de Superman, quatre prétendants apparaissent pour reprendre son héritage. Ce deuxième tome transforme le deuil en vaste récit choral mêlant mystère, science-fiction et destruction massive. Une suite ambitieuse et souvent passionnante, mais alourdie par sa longueur et par les contraintes du crossover.
Quatre Superman pour combler une absence
Steel, Superboy, l’Éradicateur et Cyborg Superman possèdent chacun une partie des qualités du héros disparu. L’un représente son humanité, un autre sa jeunesse, tandis que les deux derniers incarnent ses pouvoirs et son apparence.
Cette construction constitue la meilleure idée du récit. Plutôt que de remplacer immédiatement Superman par un personnage identique, les auteurs décomposent son identité. Le lecteur doit déterminer lequel de ces nouveaux venus mérite réellement de porter son symbole.
Le mystère fonctionne d’autant mieux que chacun conserve une part d’ambiguïté. Certains souhaitent sincèrement protéger Métropolis, tandis que d’autres semblent poursuivre des objectifs beaucoup moins désintéressés.
Steel s’impose comme la véritable révélation
John Henry Irons est le personnage le plus attachant du volume. Contrairement aux autres prétendants, il ne cherche pas à convaincre le monde qu’il est Superman. Il souhaite seulement prolonger son action en utilisant son intelligence, son armure et sa détermination.
Steel ne possède ni pouvoir kryptonien ni lien biologique avec le héros. Cette absence de légitimité apparente renforce précisément sa valeur : il représente l’influence morale de Superman sur les personnes ordinaires.
Superboy apporte une énergie plus légère grâce à son arrogance et à son besoin permanent d’attention. Son comportement immature peut devenir agaçant, mais il crée un contraste efficace avec la gravité des autres intrigues.
L’Éradicateur demeure plus froid et mystérieux, tandis que Cyborg Superman bénéficie du développement le plus spectaculaire. Les différences entre les quatre personnages permettent au récit de conserver un réel intérêt malgré son ampleur.
Une intrigue qui change constamment d’échelle
Le début du tome s’intéresse aux réactions de Métropolis et à la recherche d’un successeur. Progressivement, l’histoire abandonne cette dimension presque intime pour devenir une aventure cosmique aux conséquences gigantesques.
Cette montée en puissance produit plusieurs scènes impressionnantes, mais elle donne aussi l’impression que les auteurs cherchent continuellement à dépasser l’événement précédent. La destruction prend une telle ampleur que la disparition individuelle de Superman risque de passer au second plan.
L’intervention de nombreux personnages et les passages constants entre les différentes séries rendent également la narration moins fluide. L’ensemble reste compréhensible, mais certaines transitions rappellent fortement qu’il s’agit d’un crossover construit par plusieurs équipes.
Le retour inévitable de Superman
La résurrection du héros ne constitue évidemment pas une surprise. Un personnage aussi important ne pouvait pas rester durablement absent, particulièrement après le succès commercial rencontré par sa mort.
Les auteurs prennent néanmoins le temps de construire son retour. Superman ne réapparaît pas immédiatement au sommet de sa puissance et doit accepter que le monde ait tenté de continuer sans lui. Cette fragilité évite que sa résurrection annule complètement les événements précédents.
Son retour affaiblit toutefois rétrospectivement la portée de sa disparition. La mort devient une étape temporaire destinée à renouveler les différentes séries plutôt qu’une conclusion définitive. L’émotion du premier tome demeure, mais elle perd inévitablement une partie de sa force.
Des styles graphiques très inégaux
La présence de plusieurs dessinateurs permet de donner une identité particulière à chaque prétendant. Steel, Superboy et les autres évoluent dans des univers visuels légèrement différents, ce qui aide le lecteur à distinguer leurs intrigues.
Cette variété entraîne cependant d’importantes différences de qualité. Certaines planches sont dynamiques et spectaculaires, tandis que d’autres paraissent beaucoup plus chargées ou caractéristiques des excès graphiques des années 1990.
Les anatomies massives, les effets d’énergie et les compositions encombrées ont parfois vieilli. L’ensemble conserve toutefois une énergie généreuse qui correspond parfaitement à la démesure du récit.
Un volume ambitieux mais trop volumineux
Avec ses nombreuses intrigues parallèles et ses 576 pages, Le Règne des Supermen demande un véritable investissement. Tous les épisodes ne possèdent pas la même importance et plusieurs affrontements auraient pu être raccourcis.
Cette longueur permet néanmoins d’installer les quatre prétendants et de faire progressivement converger leurs histoires. Le récit ne se contente donc pas d’organiser le retour de Superman : il enrichit durablement son univers en introduisant Steel, Superboy et Cyborg Superman.
En résumé
La Mort de Superman – Tome 2 développe intelligemment l’idée de quatre personnages incarnant différentes facettes du héros disparu. Steel s’impose comme la grande réussite du volume, tandis que le mystère entourant les autres prétendants entretient efficacement l’intérêt. La narration reste toutefois étirée, les dessins sont inégaux et la résurrection annoncée de Superman réduit nécessairement la portée du premier tome. Une suite généreuse et historiquement importante, qui transforme une opération éditoriale en véritable renouvellement de la mythologie du personnage.
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