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La Saga du Rédempteur

Couverture de La Saga du Rédempteur

Spider-Man – La Collection anniversaire — Tome 3

La Saga du Rédempteur

Peter David, Rich Buckler et Sal Buscema

Éditeur : Panini Comics

Sortie originale : 2 mars 2022

4/5

Avec La Saga du Rédempteur, Peter David confronte Spider-Man au meurtre d’une policière qu’il connaissait et à un adversaire persuadé d’accomplir une mission divine. Sombre et étonnamment adulte, le récit interroge les limites morales du héros, même si sa seconde partie se montre moins percutante.

Un meurtre traité avec une brutalité inhabituelle

La capitaine Jean DeWolff est retrouvée assassinée dans son appartement. Peter David refuse toute scène d’action spectaculaire pour introduire le drame : la mort est froide, soudaine et dépourvue d’héroïsme.

Spider-Man découvre alors qu’il connaissait finalement très peu Jean. Il ignorait notamment la place qu’il occupait dans sa vie et comprend trop tard les sentiments qu’elle éprouvait à son égard. Sa culpabilité se mélange progressivement à une colère qu’il ne parvient plus à contrôler.

Cette entrée en matière donne au récit une gravité remarquable. Elle utilise cependant la mort de Jean principalement pour provoquer l’évolution des personnages masculins. Comme Gwen Stacy auparavant, elle devient plus importante après sa disparition qu’elle ne l’était de son vivant.

Le Rédempteur, un criminel convaincu d’avoir raison

Le Rédempteur assassine ceux qu’il considère comme des pécheurs. Il ne recherche ni l’argent ni la célébrité : il se voit comme l’instrument d’une justice supérieure et transforme ses crimes en châtiments religieux.

Son fanatisme le rend inquiétant, car il ne doute jamais de la légitimité de ses actes. Peter David montre comment une personne peut utiliser sa foi pour justifier ses pulsions meurtrières et se libérer de toute responsabilité personnelle.

Le costume du personnage et certains discours paraissent aujourd’hui assez appuyés. Sa véritable force vient moins de son apparence que de ce qu’il provoque chez Spider-Man : une colère suffisamment violente pour rapprocher le héros des méthodes qu’il condamne.

Daredevil comme conscience morale

La présence de Daredevil apporte au récit un contrepoint essentiel. Matt Murdock poursuit le Rédempteur comme justicier, mais reste attaché au principe selon lequel un criminel doit être jugé plutôt qu’exécuté.

Spider-Man se montre beaucoup plus instable. Lorsqu’il retrouve l’assassin, sa fureur menace de l’emporter et Daredevil doit l’empêcher de franchir une limite irréversible.

Leur opposition fonctionne particulièrement bien parce que les rôles semblent presque inversés. Daredevil évolue habituellement dans un univers plus sombre, tandis que Spider-Man incarne une forme de légèreté. Ici, Matt devient celui qui rappelle à Peter la différence entre obtenir justice et céder à la vengeance.

Une révélation d’identité particulièrement élégante

Daredevil reconnaît Peter Parker grâce à son rythme cardiaque. De son côté, Spider-Man comprend que l’avocat aveugle et le justicier partagent la même identité.

Cette double révélation ne repose ni sur une erreur grossière ni sur une confession artificielle. Elle naît naturellement de leurs capacités et renforce la confiance entre les deux personnages.

Peter David utilise leur identité secrète pour rapprocher leurs vies civiles et héroïques. Les deux hommes ne deviennent pas immédiatement des confidents, mais comprennent qu’ils partagent des responsabilités et des contradictions similaires.

La responsabilité des médias au centre du récit

J. Jonah Jameson exploite rapidement les meurtres pour vendre ses journaux et relancer ses attaques contre Spider-Man. La couverture médiatique contribue à nourrir la peur, à désigner des responsables et à transformer une tragédie en spectacle.

La seconde partie approfondit cette question en montrant comment la célébrité criminelle peut survivre à l’arrestation du coupable. Le Rédempteur devient un symbole que d’autres peuvent récupérer, indépendamment de la réalité de ses actes.

Cette critique demeure très actuelle. Le récit montre que les médias ne créent pas directement la violence, mais peuvent lui fournir un récit, une visibilité et parfois de nouveaux imitateurs.

Une seconde partie moins maîtrisée

Les premiers épisodes forment une enquête policière tendue et relativement concise. Le retour ultérieur du Rédempteur cherche à étudier les conséquences psychologiques de l’affaire, mais répète plusieurs idées déjà développées.

L’intrigue devient plus conventionnelle et accorde davantage de place aux affrontements. Certaines révélations enrichissent le personnage, sans retrouver l’intensité produite par le meurtre de Jean DeWolff et la confrontation morale entre Spider-Man et Daredevil.

Cette différence s’explique par la publication des deux parties à plusieurs années d’intervalle. Leur réunion demeure pertinente, mais rend le volume légèrement inégal.

Des dessins efficaces malgré le changement d’époque

Rich Buckler donne à la première histoire une ambiance urbaine sombre, parfaitement adaptée à l’enquête. Les combats restent lisibles et la violence repose davantage sur les expressions des personnages que sur des images graphiques.

Sal Buscema adopte ensuite un style plus massif et énergique. Le passage d’un dessinateur à l’autre accompagne le changement de ton, mais réduit l’unité visuelle du recueil.

L’utilisation du costume noir de Spider-Man renforce efficacement la noirceur du récit et reflète la colère inhabituelle de Peter.

En résumé

Spider-Man : La Saga du Rédempteur est un polar sombre qui confronte intelligemment Peter Parker à la tentation de la vengeance. Le fanatisme du Rédempteur, l’opposition morale avec Daredevil et la critique du traitement médiatique donnent au récit une profondeur inhabituelle. La mort de Jean DeWolff reste toutefois utilisée comme moteur pour les personnages masculins, tandis que la seconde partie se révèle moins intense que la première. Un album fort et adulte, malgré une construction légèrement inégale.

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