Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté
Avec : Édouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Gallienne et Vincent Lacoste
Production / distribution : Fidélité Films, Saint Sébastien Froissart, France 2 Cinéma, France 3 Cinéma, Scope Pictures et Morena Films / Wild Bunch Distribution
Durée : 1 h 49
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 17 octobre 2012
Après la démesure d’Astérix aux Jeux olympiques, Laurent Tirard replace enfin les deux Gaulois au centre de l’aventure. En réunissant Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands, le réalisateur construit un film généreux, porté par des comédiens qui semblent prendre un réel plaisir à incarner leurs personnages. Quelques longueurs et intrigues secondaires fragilisent l’ensemble, mais le ton reste proche de l’univers de René Goscinny et Albert Uderzo.
Une mission pour sauver la Bretagne
Jules César lance ses légions à la conquête de la Bretagne. Les Romains progressent rapidement, notamment parce qu’ils profitent des habitudes très régulières des Bretons, qui interrompent les combats à heures fixes.
Seul un petit village continue de résister. La reine Cordélia comprend néanmoins que ses habitants ne pourront pas repousser éternellement l’envahisseur et envoie Jolitorax en Gaule pour demander l’aide d’Astérix et Obélix.
Panoramix prépare un tonneau de potion magique que les deux héros doivent escorter jusqu’en Bretagne. Ils emmènent avec eux Goudurix, le neveu d’Abraracourcix, dont ils sont chargés de faire un homme.
La mission se complique lorsque les Romains se lancent à la recherche du tonneau et que des guerriers normands arrivent pour découvrir la peur, sentiment qu’ils n’ont encore jamais éprouvé.
Édouard Baer compose un Astérix convaincant
Après Christian Clavier et Clovis Cornillac, Édouard Baer devient le troisième acteur à interpréter Astérix en prises de vues réelles. Son approche se révèle immédiatement différente.
Le comédien abandonne les cris et les grimaces pour proposer un Astérix plus calme, intelligent et ironique. Il retrouve ainsi l’une des qualités essentielles du personnage : sa capacité à observer une situation avant d’agir.
Édouard Baer conserve naturellement son phrasé et son humour, mais ceux-ci restent suffisamment contenus pour ne pas effacer Astérix derrière l’acteur. Le personnage dirige la mission, déjoue les plans romains et trouve une solution lorsque la potion magique disparaît.
Le scénario lui donne enfin une véritable place après Astérix aux Jeux olympiques, où le héros semblait presque secondaire. Sa dispute avec Obélix paraît toutefois un peu artificielle, comme si le film avait besoin de séparer les deux amis pour créer un enjeu supplémentaire.
Gérard Depardieu s’amuse toujours autant avec Obélix
Gérard Depardieu reprend le rôle d’Obélix pour la quatrième fois. Sa stature, sa voix et son mélange de force et de sensibilité correspondent toujours parfaitement au personnage.
Le film développe une relation entre Obélix et Miss Macintosh, gouvernante britannique particulièrement stricte. Valérie Lemercier s’amuse visiblement avec ce personnage rigide qui tente d’apprendre les bonnes manières au Gaulois.
Le contraste fonctionne bien. Obélix est spontané, bruyant et incapable de comprendre l’utilité des règles imposées par Miss Macintosh. Face à elle, il devient pourtant timide et attentif, révélant une nouvelle fois sa grande sensibilité.
Cette romance éloigne momentanément Obélix de l’aventure et conduit le personnage à abandonner ses compagnons après une dispute. Ce comportement paraît peu compatible avec sa fidélité habituelle, mais Gérard Depardieu apporte suffisamment de tendresse pour rendre leur relation attachante.
Guillaume Gallienne trouve le ton juste
Guillaume Gallienne incarne Jolitorax, le Britannique chargé de rapporter la potion magique dans son village. Son interprétation constitue l’une des grandes réussites du film.
Sa politesse excessive, sa retenue et sa manière très littérale de s’exprimer correspondent parfaitement aux Bretons imaginés par Goscinny. Le personnage ne se réduit jamais à un simple accent ou à une imitation caricaturale.
Jolitorax possède également une intrigue sentimentale avec Ophélia, interprétée par Charlotte Le Bon. Incapable de lui déclarer ses sentiments, il suit maladroitement les conseils de Goudurix.
Ces passages ralentissent parfois la mission principale, mais permettent aux acteurs de développer une comédie fondée sur les différences de comportement plutôt que sur une succession de gags visuels.
Catherine Deneuve impose également une présence naturelle dans le rôle de la reine Cordélia, tandis que Fabrice Luchini compose un César mégalomane, davantage préoccupé par la manière dont l’Histoire racontera sa conquête que par la vérité des événements.
Des acteurs qui semblent réellement prendre du plaisir
L’une des principales qualités du film vient de sa distribution. Les comédiens donnent l’impression de s’amuser avec les personnages, les accents et les dialogues sans chercher à transformer chaque scène en numéro personnel.
Édouard Baer et Gérard Depardieu trouvent une complicité crédible. Guillaume Gallienne et Valérie Lemercier adoptent pleinement les habitudes britanniques, tandis que Fabrice Luchini joue avec la mauvaise foi de César.
Vincent Lacoste interprète un Goudurix modernisé, passionné par la musique, la sensibilité et les relations amoureuses. Le personnage ressemble parfois trop à un adolescent du début des années 2010 déplacé dans l’Antiquité, mais apporte une opposition amusante à la vision traditionnelle du courage défendue par les Gaulois.
Même les rôles secondaires restent intégrés à l’histoire. Le film évite ainsi le défilé promotionnel d’Astérix aux Jeux olympiques, dans lequel chaque célébrité apparaissait essentiellement pour être reconnue.
Un humour proche de celui de Goscinny
Laurent Tirard retrouve correctement les jeux de mots, les caricatures nationales et les anachronismes qui caractérisent les albums.
Les horaires stricts des Bretons, leurs repas, leur manière de parler et leur obsession pour les règles produisent plusieurs scènes très drôles. Les expressions françaises construites comme des traductions littérales de l’anglais prolongent efficacement l’écriture de Goscinny.
Le film ajoute ses propres répliques sans donner l’impression d’imposer un univers comique complètement étranger à la bande dessinée. L’humour vient principalement des personnages et des différences culturelles.
La naissance du thé reste également bien intégrée à l’intrigue. Le film conserve la plaisanterie originale tout en lui donnant une importance décisive dans la confrontation finale.
Toutes les scènes ne possèdent pas la même efficacité et quelques dialogues s’étirent inutilement. Le ton général demeure néanmoins très proche de celui des albums.
Deux albums réunis avec quelques difficultés
Le scénario mélange Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands. Le rapprochement possède une certaine logique : les deux aventures reposent sur un voyage, une confrontation culturelle et la présence de Goudurix.
L’intrigue britannique prend cependant rapidement le dessus. Les Normands arrivent tardivement et leur volonté de découvrir la peur devient une histoire secondaire.
Dany Boon et Bouli Lanners apportent l’énergie nécessaire à ces guerriers, mais le film ne retrouve pas toute l’efficacité de l’album. Leur présence semble parfois destinée à ajouter de l’action dans une aventure déjà chargée en personnages et en intrigues sentimentales.
Le récit doit en effet gérer le tonneau de potion, la conquête romaine, l’éducation de Goudurix, les Normands et plusieurs romances. Cette accumulation provoque quelques longueurs et détourne ponctuellement l’attention de la mission principale.
Le mélange reste toutefois beaucoup plus cohérent que dans Astérix et Obélix contre César. Les différentes intrigues finissent par se rejoindre sans donner l’impression d’une simple collection de passages empruntés aux albums.
Une réalisation sage mais soignée
Les décors britanniques, les costumes et les paysages donnent au film une identité visuelle cohérente. Le brouillard, les couleurs froides et les villages ordonnés contrastent avec l’univers plus chaleureux des Gaulois.
La réalisation de Laurent Tirard demeure assez classique. Les combats et les effets spéciaux remplissent correctement leur fonction sans proposer de véritable idée spectaculaire.
Cette sobriété permet néanmoins de privilégier les personnages et les dialogues. Le film ne cherche pas à impressionner constamment par son budget ou ses apparitions célèbres.
La 3D, mise en avant lors de la sortie, paraît beaucoup moins indispensable. Quelques plans semblent avoir été conçus pour profiter du relief, sans que cette technologie apporte réellement quelque chose au récit.
Un retour réussi après les Jeux olympiques
Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté possède le grand mérite de redonner les premiers rôles à Astérix et Obélix. Leur amitié, leurs différences et leur mission structurent à nouveau le film.
Édouard Baer propose un Astérix intelligent et ironique, tandis que Gérard Depardieu retrouve toute la tendresse d’Obélix. Autour d’eux, Guillaume Gallienne, Valérie Lemercier, Catherine Deneuve et Fabrice Luchini participent pleinement au ton de l’aventure.
Le mélange des deux albums surcharge parfois le scénario. Les Normands sont relégués au second plan, les romances ralentissent le voyage et la dispute entre Astérix et Obélix manque de naturel.
Ces faiblesses ne suffisent pourtant pas à effacer le plaisir général. Les dialogues sont souvent drôles, les acteurs semblent heureux d’être là et l’humour reste proche de l’univers de Goscinny et Uderzo.
En résumé
Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté retrouve une grande partie de l’esprit des albums grâce à ses dialogues, à son humour britannique et au plaisir manifeste de ses interprètes. Édouard Baer propose un Astérix intelligent et ironique, Gérard Depardieu reste profondément attachant en Obélix et Guillaume Gallienne trouve le ton juste pour Jolitorax.
Le mélange avec Astérix et les Normands surcharge parfois le récit, tandis que certaines intrigues sentimentales et quelques longueurs ralentissent l’aventure. Le film reste néanmoins drôle, sincère et respectueux de l’univers de René Goscinny et Albert Uderzo.
Sans atteindre la précision comique de ses meilleurs modèles, cette adaptation possède une véritable personnalité et redonne aux personnages le plaisir de partir ensemble à l’aventure.
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