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Astérix aux Jeux olympiques

Affiche de Astérix aux Jeux olympiques

Astérix aux Jeux olympiques

Réalisation : Frédéric Forestier et Thomas Langmann

Avec : Clovis Cornillac, Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde et Alain Delon

Production / distribution : Pathé Renn Productions, La Petite Reine, TF1 Films Production, Constantin Film, TriPictures et Novo RPI / Pathé Distribution

Durée : 1 h 57

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 30 janvier 2008

1/5

Avec Astérix aux Jeux olympiques, Frédéric Forestier et Thomas Langmann disposent d’un budget considérable, de décors monumentaux et d’une distribution rarement réunie dans une production française. Pourtant, derrière cette accumulation de moyens et de célébrités, le film semble avoir oublié l’essentiel : raconter une véritable aventure d’Astérix. Le héros devient presque secondaire dans une histoire sentimentale laborieuse, dominée par Brutus et interrompue par une interminable succession d’apparitions promotionnelles.

Alafolix veut épouser une princesse

Alafolix, jeune habitant du village gaulois, est amoureux de la princesse grecque Irina. Ses sentiments sont partagés, mais le père de la jeune femme a déjà promis sa main à Brutus, le fils de Jules César.

Pour départager les deux prétendants, Irina annonce qu’elle épousera le vainqueur des Jeux olympiques. Alafolix décide alors de représenter la Gaule avec l’aide d’Astérix, Obélix et Panoramix.

Brutus ne compte évidemment pas respecter les règles. En plus de vouloir épouser Irina, il cherche continuellement à éliminer César afin de prendre le contrôle de l’Empire romain. Il multiplie donc les tentatives d’assassinat contre son père et les tricheries pendant les épreuves.

La potion magique devient rapidement le principal enjeu de la compétition. Interdite en raison de ses effets assimilés à du dopage, elle attire néanmoins la convoitise de Brutus, prêt à tout pour gagner la dernière course.

Astérix relégué au rang de personnage secondaire

Le principal défaut du film apparaît dès son intrigue. Astérix n’est pas véritablement le héros de l’histoire : il accompagne Alafolix dans sa tentative de remporter les Jeux et la main d’Irina.

Le personnage donne quelques conseils, participe aux épreuves et déjoue la tricherie finale. Mais il ne possède pratiquement aucun enjeu personnel ni véritable évolution.

Même le conflit avec les Romains lui échappe. Brutus affronte principalement César, tandis qu’Alafolix affronte Brutus pour pouvoir épouser Irina. Astérix se contente donc d’intervenir dans une histoire construite autour d’autres personnages.

Cette place secondaire est d’autant plus gênante que le film porte son nom. La bande dessinée originale reposait sur la participation des Gaulois aux Jeux, l’interdiction de la potion magique et la capacité d’Astérix à battre les Romains grâce à son intelligence.

Dans le film, cette simplicité disparaît derrière la romance, les complots de Brutus, les célébrités et une course de chars conçue comme un grand spectacle final.

Clovis Cornillac ne trouve jamais réellement Astérix

Clovis Cornillac remplace Christian Clavier dans le rôle d’Astérix. Ce changement pouvait permettre de proposer une interprétation plus proche du calme et de l’intelligence du personnage dessiné par Uderzo.

Le comédien cherche effectivement à construire un Astérix moins nerveux. Mais son interprétation manque de personnalité et le scénario ne lui donne presque aucune scène lui permettant de s’imposer.

Son Astérix semble constamment présent sans être indispensable. Il observe les autres personnages, les accompagne et intervient lorsque le récit a besoin d’une solution. Il ne devient pourtant jamais le moteur de l’aventure.

Le costume et la moustache suffisent à le rendre visuellement reconnaissable, mais pas à faire exister le personnage. Clovis Cornillac paraît parfois chercher le ton juste entre le héros de bande dessinée et l’homme raisonnable entouré de personnages excessifs.

Cette hésitation est renforcée par la place occupée par Benoît Poelvoorde et Alain Delon. Face à leurs performances beaucoup plus démonstratives, Astérix disparaît presque complètement.

Gérard Depardieu semble assister au film

Gérard Depardieu reprend Obélix pour la troisième fois. Il reste physiquement indissociable du personnage et retrouve facilement sa naïveté, sa force et son goût pour les sangliers.

Le film ne sait pourtant pas vraiment quoi faire de lui. La question du dopage écarte rapidement Obélix des compétitions, puisque les effets permanents de la potion magique l’empêchent de participer dans les règles.

Il accompagne donc Astérix et Alafolix, donne quelques conseils amoureux et attend principalement la dernière partie pour intervenir.

Gérard Depardieu semble parfois jouer en retrait, comme s’il assistait lui-même au spectacle organisé autour de Brutus, César et des nombreuses célébrités.

Quelques scènes rappellent la tendresse du personnage, notamment lorsqu’il aide Alafolix dans sa relation avec Irina. Elles restent insuffisantes pour donner à Obélix une véritable place dans l’histoire.

Après deux films dans lesquels il constituait l’un des principaux attraits, le personnage devient ici presque un témoin.

Benoît Poelvoorde envahit chaque scène

Benoît Poelvoorde interprète Brutus, transformé pour l’occasion en fils de César, prétendant d’Irina et adversaire principal des Gaulois.

Le comédien apporte une énergie considérable au personnage. Ses tentatives répétées pour tuer César et ses différentes tricheries permettent au film de conserver un minimum de mouvement.

Mais cette énergie devient rapidement envahissante. Brutus occupe une place disproportionnée, au point que le film pourrait presque porter son nom. Ses complots, ses réactions et ses échanges avec César prennent davantage d’importance que les Jeux eux-mêmes.

Les tentatives d’assassinat reposent toutes sur une mécanique similaire : Brutus prépare un piège, César comprend le danger et un autre personnage en subit les conséquences. La répétition affaiblit progressivement l’humour.

Benoît Poelvoorde semble souvent livré à lui-même, obligé d’agiter chaque scène pour compenser le manque de rythme du scénario. Son investissement est visible, mais son personnage finit par épuiser davantage qu’il ne divertit.

Alain Delon joue surtout avec sa propre légende

Alain Delon incarne Jules César en multipliant les références à sa carrière, à son image et à sa réputation. Sa première grande intervention ressemble davantage à un hommage rendu à l’acteur qu’à une scène consacrée au dirigeant romain.

Cette autodérision peut faire sourire. Alain Delon possède également l’autorité et la présence nécessaires pour interpréter César.

Mais le film insiste constamment sur son statut de monument du cinéma français. Les dialogues semblent parfois écrits pour Alain Delon plutôt que pour le personnage de Jules César.

Le procédé correspond au fonctionnement général du long métrage : chaque acteur ou personnalité doit bénéficier d’un moment directement lié à son image publique.

César cesse alors d’être un personnage de l’univers d’Astérix pour devenir une nouvelle attraction au sein d’un immense défilé de célébrités.

Une romance sans émotion

L’histoire d’amour entre Alafolix et Irina est censée donner au film son principal enjeu émotionnel. Stéphane Rousseau et Vanessa Hessler disposent pourtant de personnages trop peu développés pour rendre leur relation véritablement attachante.

Alafolix aime Irina dès le début et la princesse partage déjà ses sentiments. Leur amour ne traverse donc aucune évolution importante. Le seul obstacle vient du mariage arrangé avec Brutus.

Le personnage d’Irina reste réduit à la récompense promise au vainqueur des Jeux. Elle tente ponctuellement d’affirmer sa volonté, mais le scénario continue de la traiter comme l’objet d’une compétition entre deux hommes.

Alafolix manque quant à lui de présence pour devenir le héros de remplacement. Ses poèmes, ses maladresses et son entraînement avec Astérix ne donnent jamais suffisamment de personnalité au personnage.

Le film sacrifie donc Astérix au profit d’une romance qui ne possède ni la drôlerie ni l’émotion nécessaires pour porter près de deux heures.

Les Jeux olympiques transformés en suite de sketches

L’album original utilisait les Jeux pour se moquer de la compétition, du chauvinisme, de l’entraînement sportif et du dopage. Le récit reposait sur une idée très simple : privés de potion magique, les Gaulois devaient participer dans les mêmes conditions que leurs adversaires.

Le film conserve la question du dopage, mais les épreuves deviennent une succession de sketches. Brutus triche de manière tellement évidente que les juges doivent accepter des résultats absurdes.

Ces scènes auraient pu former une satire efficace des compétitions arrangées. Elles deviennent surtout répétitives, puisqu’elles reposent constamment sur la même mécanique.

Les règles n’ont plus aucune importance et les Jeux ne possèdent aucune tension sportive. Chaque résultat dépend d’une nouvelle tricherie de Brutus ou d’un gag visuel.

La course de chars finale cherche à apporter le spectacle absent des autres épreuves. Elle multiplie les accidents, les sabotages et les références à la Formule 1, mais paraît appartenir davantage à une publicité de luxe qu’à l’univers d’Astérix.

Un défilé de célébrités sans utilité narrative

Michael Schumacher, Jean Todt, Zinédine Zidane, Tony Parker et Amélie Mauresmo apparaissent successivement dans le film. D’autres acteurs, sportifs et personnalités complètent encore cette impressionnante distribution.

Le problème ne vient pas de leur présence, mais de la manière dont le film s’arrête pour les présenter. Chaque apparition ressemble à un événement promotionnel destiné à provoquer la reconnaissance immédiate du public.

Ces personnalités ne jouent presque jamais de véritables personnages. Elles transposent simplement leur activité contemporaine dans l’Antiquité, avec un nom vaguement transformé pour correspondre à l’univers gaulois.

La conclusion devient particulièrement interminable. Une fois l’intrigue terminée, le film continue d’introduire des invités et des démonstrations sportives qui n’apportent plus rien au récit.

Ce défilé donne au long métrage un aspect rapidement daté. Là où les anachronismes de Goscinny servaient une observation de la société, ceux-ci ressemblent surtout à des placements de vedettes.

L’univers d’Astérix devient alors le décor d’une émission de variétés particulièrement coûteuse.

Des moyens considérables sans véritable mise en scène

Le film bénéficie de décors impressionnants, notamment son immense stade olympique. Les costumes, les chars et le nombre de figurants témoignent de l’importance du budget.

Cette ambition visuelle ne donne pourtant pas naissance à un univers vivant. Les décors paraissent souvent vides ou utilisés comme de simples arrière-plans pour les sketches.

La réalisation de Frédéric Forestier et Thomas Langmann manque de rythme et de personnalité. Les scènes comiques sont filmées sans véritable précision, tandis que les séquences d’action reposent principalement sur les effets numériques.

La photographie très brillante renforce parfois l’aspect artificiel des décors et des costumes. Le film donne constamment l’impression de vouloir montrer l’argent dépensé plutôt que de construire une atmosphère.

La course de chars possède une certaine ampleur, mais ne suffit pas à justifier la longueur du film. Le spectacle reste techniquement imposant sans devenir réellement enthousiasmant.

Une adaptation qui abandonne presque entièrement l’album

Le film affirme s’inspirer d’Astérix aux Jeux olympiques, douzième album de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo.

Il en conserve le voyage à Olympie, l’interdiction de la potion magique, les accusations de dopage et le colorant utilisé pour démasquer les tricheurs.

Tout le reste est largement transformé. Alafolix, Irina et leur histoire d’amour prennent le contrôle du récit, tandis que Brutus devient un personnage omniprésent engagé dans une rivalité avec César.

Dans l’album, Astérix démontrait que son intelligence pouvait lui permettre de gagner sans dépendre de la potion. Le film lui retire presque complètement cet enjeu en confiant la victoire finale à Alafolix.

La satire de la compétition sportive laisse également place aux vedettes, aux trucages et aux références contemporaines. L’adaptation conserve donc quelques éléments reconnaissables sans retrouver le sens du récit original.

Un film sans centre ni véritable identité

Astérix aux Jeux olympiques semble vouloir être simultanément une comédie romantique, un péplum, une parodie sportive, un film d’aventures et un grand spectacle familial.

Aucune de ces directions n’est suffisamment développée. La romance manque d’émotion, les Jeux manquent de tension, l’aventure manque de progression et l’humour repose trop souvent sur l’agitation des acteurs.

Astérix et Obélix deviennent secondaires dans leur propre film. Le premier observe les événements tandis que le second est rapidement écarté des compétitions.

Le récit appartient alors à Alafolix et Brutus, deux personnages qui ne parviennent jamais à remplacer le duo gaulois. Autour d’eux, les apparitions de célébrités interrompent constamment l’histoire et empêchent le film de trouver un rythme.

Le résultat possède les dimensions d’un grand événement cinématographique, mais pas la cohérence nécessaire pour devenir un véritable film.

En résumé

Astérix aux Jeux olympiques dispose d’un budget impressionnant, de décors monumentaux et d’une distribution exceptionnelle. Benoît Poelvoorde apporte une énergie évidente à Brutus, tandis qu’Alain Delon possède la présence nécessaire pour incarner César.

Ces qualités superficielles ne compensent pas un scénario sans véritable direction. Astérix et Obélix sont relégués derrière une romance sans émotion, un adversaire omniprésent et une succession de célébrités venues reproduire leur propre image dans l’Antiquité.

Les Jeux manquent de rythme, les gags se répètent et la mise en scène transforme l’univers de Goscinny et Uderzo en spectacle promotionnel. Un film immense par son budget et son casting, mais presque entièrement vide de l’esprit d’Astérix.

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