Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu
Avec : Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Vincent Cassel et Jonathan Cohen
Production / distribution : Les Enfants Terribles, Pathé, Trésor Films et TF1 Films Production / Pathé
Durée : 1 h 51
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 1 février 2023
Avec Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, Guillaume Canet tente de relancer la saga grâce à une histoire entièrement originale et à une distribution particulièrement imposante. Le résultat bénéficie de moyens considérables et de quelques interprètes convaincants, mais peine à retrouver l’humour, le rythme et l’intelligence des albums.
Une aventure inédite en Chine
En 50 avant Jésus-Christ, l’impératrice de Chine est emprisonnée à la suite d’un coup d’État organisé par le prince Deng Tsin Qin. Sa fille, la princesse Fu Yi, parvient à s’enfuir et rejoint le village des irréductibles Gaulois pour demander leur aide.
Astérix et Obélix acceptent naturellement de l’accompagner en Chine. Dans le même temps, César voit dans cette crise politique une occasion d’étendre son empire et de prouver sa grandeur à Cléopâtre.
Contrairement aux précédents films, L’Empire du Milieu n’adapte aucun album précis. Cette liberté aurait pu permettre aux scénaristes d’imaginer une aventure nouvelle tout en conservant l’esprit créé par René Goscinny et Albert Uderzo. Elle révèle surtout à quel point la mécanique narrative des bandes dessinées était difficile à reproduire.
Une histoire originale qui manque d’idées
Le scénario repose sur une intrigue extrêmement simple, mais le film semble pourtant éprouver toutes les difficultés à la faire avancer. Le voyage des Gaulois est régulièrement interrompu par des rencontres, des romances ou des apparitions de célébrités qui ne participent presque jamais au récit.
L’aventure chinoise et la campagne militaire de César progressent parallèlement avant de se rejoindre, sans que cette construction produise une véritable montée en puissance. Les scènes se succèdent davantage comme une série de sketches que comme les étapes d’une même histoire.
Le principal problème ne vient donc pas de l’absence d’un album à adapter, mais du manque de précision dans l’écriture. Les péripéties paraissent mécaniques, les adversaires restent peu menaçants et les personnages chinois manquent de développement. Derrière son ampleur visuelle, le film raconte finalement très peu de choses.
Un Astérix étrangement effacé
Guillaume Canet choisit d’incarner un Astérix plus inquiet, sentimental et soucieux de son hygiène de vie. Cette volonté de moderniser le personnage pourrait se défendre, mais elle lui retire une grande partie de ce qui faisait son charme.
Dans les albums, Astérix compense sa petite taille par son intelligence, son assurance et son sens de la répartie. Ici, il paraît souvent hésitant, jaloux et presque secondaire dans sa propre aventure. Ses problèmes amoureux occupent une place importante sans apporter beaucoup d’émotion ou de profondeur.
Le personnage devient plus grave, alors que l’univers d’Astérix repose justement sur sa capacité à affronter les situations les plus absurdes avec vivacité. Guillaume Canet ne démérite pas réellement, mais l’écriture lui confie un héros trop terne pour porter le film.
Gilles Lellouche compose un Obélix attachant
Gilles Lellouche constitue l’une des meilleures surprises de cette nouvelle distribution. Son interprétation ne cherche pas à reproduire celle de Gérard Depardieu et propose un Obélix plus sensible, énergique et parfois enfantin.
L’acteur apporte une véritable chaleur au personnage. Son enthousiasme devant les combats, sa susceptibilité lorsqu’on lui parle de son poids et sa fidélité envers Astérix correspondent bien à l’esprit des bandes dessinées.
Sa romance avec la princesse Fu Yi reste cependant très superficielle. Elle sert surtout à provoquer une rivalité sentimentale entre les deux Gaulois, alors que leur amitié aurait mérité de constituer le véritable cœur du récit.
César et Cléopâtre dans une autre comédie
Vincent Cassel offre un César vaniteux et théâtral qui fonctionne plutôt bien. Face à lui, Marion Cotillard interprète une Cléopâtre lassée par les conquêtes et les démonstrations de puissance de son compagnon.
Leurs disputes conjugales donnent lieu à quelques répliques amusantes, mais semblent parfois appartenir à un autre film. Cette intrigue repose essentiellement sur des références contemporaines et des clins d’œil qui détournent encore davantage l’attention de l’aventure principale.
Jonathan Cohen apporte de son côté une énergie comique évidente dans le rôle de Graindemaïs. Certaines de ses interventions sont efficaces, mais son personnage utilise surtout le registre habituel de l’acteur. Comme plusieurs membres de la distribution, il paraît davantage invité à jouer sa propre personnalité qu’à entrer véritablement dans l’univers d’Astérix.
Une accumulation de vedettes envahissante
Footballeurs, chanteurs, humoristes et personnalités d’Internet apparaissent successivement à l’écran. Ces participations créent parfois une surprise amusante, mais deviennent rapidement prévisibles.
Le film reproduit ainsi l’un des principaux défauts d’Astérix aux Jeux olympiques : les personnages semblent régulièrement céder leur place aux célébrités qui les interprètent. Le spectateur ne découvre plus un légionnaire, un guerrier ou un marchand, mais attend surtout de reconnaître le prochain visage connu.
Cette accumulation empêche également les personnages importants d’exister pleinement. La princesse Fu Yi, sa protectrice Tat Han et les antagonistes chinois auraient gagné à occuper davantage de place. Ils restent pourtant en retrait au profit de caméos souvent sans conséquence.
Des moyens visibles, mais peu d’émerveillement
Visuellement, L’Empire du Milieu affiche une ambition certaine. Les décors, les costumes et les paysages donnent au voyage une ampleur que les précédents films ne possédaient pas toujours. Certaines scènes de bataille bénéficient également d’une chorégraphie énergique.
Cette générosité ne suffit cependant pas à créer un véritable sentiment d’aventure. La Chine sert surtout de décor exotique et son histoire demeure très sommaire. Malgré les changements de paysages, le récit conserve une impression de monotonie.
Les effets numériques se montrent par ailleurs inégaux. Les affrontements offrent quelques images amusantes, mais abusent des ralentis et d’une mise en scène très publicitaire. Les coups perdent alors le caractère vif et absurde des bagarres dessinées.
Un humour trop dépendant de son époque
Les albums d’Astérix ont toujours multiplié les anachronismes. Leur humour reposait toutefois sur l’observation de la société, les jeux de mots et la caricature des habitudes nationales. Les références modernes s’intégraient à un univers cohérent.
Dans L’Empire du Milieu, ces anachronismes prennent souvent la forme de citations immédiatement reconnaissables, de parodies musicales ou d’allusions à des personnalités contemporaines. Quelques plaisanteries fonctionnent, mais beaucoup semblent conçues pour provoquer une réaction rapide avant d’être oubliées.
À force de vouloir paraître moderne, le film perd le ton intemporel de la bande dessinée. Il possède l’apparence d’Astérix, ses personnages et ses célèbres sangliers, mais rarement son sens de la satire.
Une superproduction sans véritable personnalité
L’Empire du Milieu n’est pas dépourvu de qualités. Gilles Lellouche apporte beaucoup de sympathie à Obélix, Vincent Cassel s’amuse avec César et les moyens de production sont visibles à l’écran.
Le film donne cependant l’impression d’avoir été construit autour de sa distribution et de son budget plutôt qu’à partir d’une histoire solide. Le scénario manque de rythme, les personnages sont insuffisamment développés et les références contemporaines prennent souvent le dessus sur l’univers de la bande dessinée.
En s’affranchissant des albums, Guillaume Canet disposait d’une liberté considérable. Il ne parvient malheureusement pas à retrouver ce mélange d’aventure, de satire et de complicité qui fait la force des meilleures histoires d’Astérix.
En résumé
Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu propose une aventure visuellement ambitieuse et bénéficie d’un Obélix attachant incarné par Gilles Lellouche. Quelques répliques et l’interprétation volontairement excessive de Vincent Cassel offrent également de bons moments.
Mais derrière cette imposante production se cache un scénario trop mince, dépourvu de rythme et encombré par les apparitions de célébrités. Guillaume Canet compose un Astérix trop effacé, tandis que la multiplication des références contemporaines finit par faire disparaître l’esprit des albums.
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