Largo Winch
Avec : Tomer Sisley, Kristin Scott Thomas, Miki Manojlović, Mélanie Thierry
Production / distribution : Pan-Européenne, Wild Bunch / Wild Bunch Distribution
Durée : 1 h 48
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 17 décembre 2008
Adapter Largo Winch au cinéma représentait un défi particulier : transformer la série de Jean Van Hamme et Philippe Francq en blockbuster accessible au grand public tout en conservant son mélange d’aventure, de finance et de complots. En 2008, Jérôme Salle relève plutôt brillamment le défi avec un premier film ambitieux, spectaculaire et porté par un Tomer Sisley parfaitement à sa place.
Un héritier qui n’a rien d’un milliardaire ordinaire
Lorsque Nerio Winch, fondateur du puissant groupe W, meurt dans des circonstances suspectes, son conseil d’administration découvre l’existence de Largo, son fils adoptif tenu secret pendant des années. Le jeune homme hérite soudainement d’un empire financier colossal alors que certains sont déjà prêts à tout pour s’en emparer.
Le scénario reprend plusieurs éléments des premiers albums sans chercher à les transposer littéralement. Ce choix permet au film d’exister indépendamment de la BD, même si les lecteurs reconnaîtront immédiatement son univers et plusieurs de ses personnages.
Surtout, le film comprend ce qui rend Largo intéressant : l’argent n’est pas son objectif. Héritier d’une fortune gigantesque, il préfère l’aventure et la liberté aux conseils d’administration. Cette contradiction donne au personnage une identité immédiatement reconnaissable.
Tomer Sisley trouve son personnage
Le choix de Tomer Sisley pouvait sembler inattendu, mais il constitue l’une des grandes réussites du film. L’acteur apporte à Largo une décontraction qui contraste efficacement avec l’univers extrêmement codifié dans lequel il se retrouve propulsé.
Il fonctionne aussi bien dans les scènes d’action que dans les moments plus légers et parvient à rendre crédible ce milliardaire malgré lui. Son Largo possède suffisamment de charisme pour porter le film sans chercher à copier les héros américains du même genre.
Face à lui, Kristin Scott Thomas apporte beaucoup d’élégance et de présence à Ann Ferguson, tandis que Miki Manojlović compose un Nerio Winch dont l’ombre continue de planer sur toute l’histoire.
Un véritable film d’aventure
Jérôme Salle ne traite pas Largo Winch comme une petite adaptation française. Le film voyage, multiplie les décors et cherche constamment une ampleur internationale. Hong Kong, Malte ou encore les Balkans participent pleinement à cette sensation d’aventure.
La mise en scène reste lisible et les séquences d’action privilégient suffisamment les décors réels et les cascades pour conserver une dimension physique. Le film possède ainsi une ampleur assez rare dans le cinéma français de cette période.
Tout n’est pourtant pas aussi convaincant. L’intrigue financière est parfois simplifiée et certains retournements sont plus prévisibles qu’ils ne devraient l’être. Le scénario privilégie clairement l’aventure au fonctionnement complexe du groupe W, quitte à perdre une partie de ce qui fait la richesse de la BD.
Une adaptation qui trouve son propre équilibre
Le principal mérite de Largo Winch est finalement de ne pas chercher à reproduire servilement les albums. Le film reprend les personnages, les enjeux et l’esprit général de la série pour construire son propre récit.
Les amateurs de la BD pourront regretter certaines simplifications, mais cette liberté permet au long métrage de rester fluide et accessible à ceux qui ne connaissent absolument rien à Largo Winch. Jérôme Salle trouve ainsi un équilibre plutôt convaincant entre thriller financier, récit d’héritage et cinéma d’aventure.
Près de vingt ans plus tard, le film conserve d’ailleurs une certaine élégance. Son esthétique n’a pas trop vieilli et son ambition internationale reste perceptible sans donner constamment l’impression d’imiter maladroitement Hollywood.
En résumé
Largo Winch réussit son passage de la BD au cinéma grâce à une réalisation ambitieuse, un véritable souffle d’aventure et surtout un Tomer Sisley convaincant dans le rôle-titre. Le scénario simplifie parfois un peu trop l’univers imaginé par Jean Van Hamme et Philippe Francq, mais l’ensemble demeure solide, élégant et particulièrement efficace.
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