Le Petit Nicolas
Avec : Maxime Godart, Kad Merad, Valérie Lemercier, Sandrine Kiberlain, François-Xavier Demaison
Production / distribution : Fidélité Films, IMAV Éditions, Wild Bunch / Wild Bunch Distribution
Durée : 1 h 31
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 30 septembre 2009
Porter Le Petit Nicolas en prises de vues réelles semblait particulièrement délicat tant l’œuvre de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé repose sur une voix enfantine, des situations minuscules et un dessin immédiatement reconnaissable. En 2009, Laurent Tirard choisit pourtant de ne pas bouleverser la formule : il rassemble plusieurs éléments des histoires originales pour construire une véritable intrigue tout en conservant leur univers.
Nicolas croit que ses parents veulent l’abandonner
Tout commence par un énorme malentendu. Nicolas surprend une conversation de ses parents et se persuade que sa mère attend un bébé. En observant ce qui est arrivé au Petit Poucet, il arrive rapidement à une conclusion terrifiante : ses parents vont avoir un nouvel enfant et l’abandonner dans la forêt.
Cette idée constitue un excellent moteur pour le film parce qu’elle correspond parfaitement à la logique de Nicolas. Pour un adulte, le raisonnement est évidemment absurde. Pour un enfant de son âge, chaque indice semble au contraire confirmer la catastrophe. Le scénario peut ainsi construire une histoire continue sans donner l’impression de plaquer artificiellement une grande aventure sur l’univers de Goscinny.
Autour de ce fil rouge viennent se greffer différentes situations inspirées des histoires originales. Le film conserve ainsi quelque chose de leur fonctionnement épisodique tout en possédant une progression suffisamment claire pour le cinéma.
Maxime Godart trouve immédiatement le ton de Nicolas
Maxime Godart constitue l’une des grandes réussites du film. Son Nicolas n’est ni excessivement turbulent ni transformé en petit garçon trop sage. Il possède surtout cette certitude merveilleuse qu’ont les enfants lorsqu’ils viennent de comprendre quelque chose de complètement faux.
L’interprétation fonctionne d’autant mieux que le film conserve régulièrement son point de vue. Les adultes ont leurs préoccupations, mais Nicolas les interprète avec sa propre logique. C’est cette différence entre ce qui se passe réellement et ce qu’il croit comprendre qui produit une grande partie de l’humour.
La voix narrative permet également de retrouver quelque chose d’essentiel de Goscinny : Nicolas raconte les événements avec une innocence absolue sans réaliser lui-même ce qui les rend drôles.
Alceste, Clotaire, Eudes, Agnan… la bande fonctionne
Une adaptation du Petit Nicolas pouvait difficilement fonctionner sans réussir les copains. Sur ce point, le casting est particulièrement efficace. Chacun possède immédiatement sa caractéristique : Alceste mange, Clotaire est dernier de la classe, Agnan est le chouchou de la maîtresse et Eudes préfère distribuer des coups de poing sur le nez.
Ces caractéristiques auraient facilement pu produire une collection de caricatures. Mais le film comprend que leur intérêt vient surtout du groupe. Les enfants se disputent pour presque rien, élaborent des plans complètement absurdes, changent d’avis en quelques secondes et peuvent redevenir les meilleurs amis du monde immédiatement après s’être battus.
C’est probablement dans ces scènes collectives que l’on retrouve le mieux Goscinny. Les dialogues s’enchaînent, chacun raisonne selon sa propre logique et personne ne semble réellement écouter les autres. Le chaos naît naturellement des personnages plutôt que d’une volonté de fabriquer artificiellement une grosse séquence comique.
Kad Merad et Valérie Lemercier trouvent leur place
Kad Merad incarne un père légèrement dépassé, soucieux de son travail et désireux de donner l’image d’un homme parfaitement maître de sa vie. Valérie Lemercier apporte à la mère davantage de fantaisie, tout en conservant le cadre très codifié de cette famille des années 1950.
Le film développe nécessairement davantage les parents que les textes courts d’origine. Leur relation, les ambitions professionnelles du père ou les réceptions organisées à la maison permettent d’installer une véritable intrigue parallèle. Ces ajouts fonctionnent parce qu’ils restent généralement observés depuis l’univers de Nicolas.
Le casting adulte est d’ailleurs particulièrement riche, avec notamment Sandrine Kiberlain, François-Xavier Demaison, Daniel Prévost et Michel Galabru. Le film sait les utiliser sans faire complètement disparaître les enfants derrière ses vedettes.
Une France des années 1950 volontairement idéalisée
Visuellement, Laurent Tirard fait un choix très clair : Le Petit Nicolas ne cherche absolument pas le réalisme historique. Les couleurs, les costumes, l’école, les voitures et les intérieurs composent une France des années 1950 presque trop parfaite pour avoir réellement existé.
Mais cette artificialité correspond justement à l’œuvre. Nous ne regardons pas cette époque à travers un documentaire : nous la découvrons à travers les souvenirs et l’imaginaire d’un enfant. Tout paraît donc propre, coloré, rassurant et légèrement figé.
Cette esthétique permet surtout au film de trouver un équivalent cinématographique aux dessins de Sempé sans essayer de les reproduire littéralement. Là où l’animation de 2022 pourra directement faire vivre son trait, Laurent Tirard doit inventer un monde réel capable d’en conserver la douceur.
Une adaptation qui comprend la simplicité de Goscinny
Le film aurait facilement pu tomber dans le piège de la grosse comédie familiale. Il contient évidemment quelques gags plus appuyés et certaines situations sont davantage développées pour répondre aux exigences d’un long métrage, mais il évite généralement la surenchère.
C’est important parce que Le Petit Nicolas repose précisément sur des événements insignifiants. Une punition, une photo de classe, une dispute dans la cour ou l’arrivée supposée d’un petit frère peuvent devenir des événements considérables. Il suffit de les regarder avec les yeux de Nicolas.
Laurent Tirard et Grégoire Vigneron comprennent cette mécanique. Ils ne cherchent pas à rendre Nicolas plus moderne, plus insolent ou plus spectaculaire. Le film accepte que son héros puisse simplement être un petit garçon persuadé que les problèmes de sa cour de récréation représentent les affaires les plus importantes du monde.
Quelques concessions à la comédie familiale
Tout n’est pas aussi fin que chez Goscinny. Certains personnages adultes sont davantage caricaturés et quelques séquences cherchent clairement un humour plus immédiatement cinématographique. La nécessité de construire une histoire complète entraîne également des passages plus conventionnels.
Le film est parfois plus sage que réellement inventif. Il respecte tellement son univers qu’il prend finalement assez peu de risques et la mise en scène de Laurent Tirard reste essentiellement au service des personnages et des dialogues.
Mais cette retenue devient presque une qualité lorsqu’on la compare à tant d’adaptations qui pensent devoir transformer leur matériau pour le rendre accessible. Le Petit Nicolas ne cherche pas à réinventer Nicolas. Il cherche simplement à trouver comment le faire vivre.
Un film qui fonctionne aussi grâce à sa tendresse
L’autre grande réussite vient de l’absence de cynisme. Le film peut se moquer des enfants comme des adultes sans jamais devenir méchant avec eux. Nicolas se trompe constamment, ses copains sont parfois insupportables et ses parents sont loin d’être parfaits, mais tous restent profondément attachants.
Cette tendresse était essentielle chez Goscinny et Sempé. Leur univers racontait une enfance idéalisée sans pour autant présenter des enfants modèles : ils se battent, mentent, désobéissent et rendent leurs parents fous. C’est précisément parce qu’ils sont imparfaits qu’ils semblent aussi vivants.
Le film retrouve cette chaleur et parvient ainsi à fonctionner aussi bien comme adaptation que comme comédie familiale indépendante.
Une adaptation populaire sans trahir son modèle
Avec plus de 5,5 millions d’entrées en France, Le Petit Nicolas devient l’un des grands succès français de 2009. Son succès entraînera Les Vacances du Petit Nicolas en 2014 puis Le Trésor du Petit Nicolas en 2021, même si Laurent Tirard ne réalisera que les deux premiers.
Ce succès n’est pas difficile à comprendre. Le film parvient à rendre l’univers accessible à un public familial tout en conservant suffisamment de ses caractéristiques pour que les lecteurs reconnaissent immédiatement Nicolas et ses copains. Il simplifie parfois Goscinny et ne possède évidemment pas la poésie graphique de Sempé, mais il ne cherche jamais à transformer leur création en quelque chose qu’elle n’est pas.
En résumé
Le Petit Nicolas réussit son passage en prises de vues réelles grâce à son excellent casting d’enfants, son univers rétro et surtout sa compréhension de l’humour de Goscinny. Un peu plus conventionnel que son modèle, le film conserve néanmoins sa malice, sa tendresse et cette merveilleuse logique enfantine qui transforme les plus petits événements en aventures extraordinaires.
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