Logan
Titre original : Logan
Avec : Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen
Production / distribution : 20th Century Fox, Marvel Entertainment, TSG Entertainment / 20th Century Fox France
Durée : 2 h 17
Adaptation : Comics
Sortie : 1 mars 2017
Après dix-sept années passées dans la peau de Wolverine, Hugh Jackman retrouvait en 2017 James Mangold pour ce qui était alors conçu comme son adieu au personnage. Mais Logan ne cherche presque jamais à ressembler à un nouvel épisode des X-Men. Situé en 2029, il imagine un Wolverine vieillissant, malade et épuisé, contraint de reprendre la route pour protéger Laura, une jeune mutante étrangement proche de lui. Libéré d’une grande partie des obligations habituelles de la franchise, Mangold transforme alors le super-héros immortel en personnage de western crépusculaire.
Wolverine peut vieillir, et cela change absolument tout
Depuis X-Men en 2000, Wolverine semblait presque indestructible. Son facteur guérisseur permettait aux films de le poignarder, de lui tirer dessus ou de le projeter contre un mur avant de le remettre rapidement debout. Logan prend cette caractéristique et décide soudain qu’elle ne fonctionne plus correctement.
Chaque blessure compte désormais. Logan boite, souffre, peine à récupérer et porte physiquement les traces de ce qu’il a vécu. Hugh Jackman n’interprète donc plus simplement Wolverine comme un homme plus âgé : il joue un corps qui arrive au bout de ce qu’il peut supporter.
C’est probablement la meilleure idée du film. Après des années passées à regarder Wolverine survivre à tout, le simple fait de le voir avoir mal devient plus spectaculaire qu’une nouvelle démonstration de ses pouvoirs.
Hugh Jackman trouve enfin le Wolverine que les précédents films ne pouvaient pas montrer
Le classement américain R permet à James Mangold d’assumer une violence jusque-là largement contenue par les précédents X-Men. En France, le CNC l’a d’ailleurs interdit aux moins de 12 ans avec avertissement en raison de scènes violentes jugées appuyées et répétées.
Mais l’intérêt n’est pas simplement de montrer davantage de sang. La violence devient cohérente avec ce que Wolverine est depuis toujours. Ses griffes ne peuvent pas produire des affrontements propres et presque sans conséquences : lorsqu’il les utilise, les corps sont réellement mutilés.
Cette brutalité ne rend pourtant jamais Logan plus héroïque. Elle contribue au contraire à son épuisement. Hugh Jackman peut enfin explorer tout ce qui se cachait derrière le personnage : sa colère, sa culpabilité, son envie d’en finir et surtout cette incapacité presque maladive à reconnaître qu’il reste attaché aux autres.
Après neuf apparitions dans l’univers X-Men, Jackman trouvait ainsi en 2017 son interprétation la plus complète du personnage.
Charles Xavier : la disparition la plus cruelle possible de son pouvoir
Patrick Stewart bénéficie d’une idée tout aussi forte. Charles Xavier, autrefois l’un des esprits les plus puissants de la planète, est désormais un vieil homme malade dont le cerveau devient lui-même dangereux.
C’est une évolution particulièrement cruelle pour ce personnage. Celui qui contrôlait son esprit mieux que quiconque perd progressivement cette maîtrise. Mangold a expliqué que cette maladie de Charles était une invention spécifiquement conçue pour le film, notamment parce que l’idée de voir l’esprit le plus puissant du monde devenir vulnérable lui semblait dramatiquement très forte.
Surtout, la relation entre Logan et Xavier a complètement changé. L’ancien professeur dépend maintenant de son élève, qui doit le nourrir, le protéger et supporter ses reproches. Leur relation ressemble parfois moins à celle de deux super-héros qu’à celle d’un fils épuisé s’occupant d’un père vieillissant.
Et c’est infiniment plus émouvant que n’importe quelle réunion des X-Men.
Dafne Keen ne se contente pas d’être « la petite Wolverine »
Laura aurait facilement pu devenir un gimmick : une enfant possédant des griffes, suffisamment violente pour provoquer quelques scènes amusantes et destinée à préparer une éventuelle nouvelle franchise.
Dafne Keen empêche presque immédiatement cette réduction. Pendant une grande partie du film, elle parle peu et communique essentiellement par son regard, ses gestes et une agressivité impressionnante. Lorsqu’elle se bat, la différence entre son apparence d’enfant et la brutalité de ses attaques produit certaines des séquences les plus marquantes du film.
Mais Laura fonctionne surtout parce qu’elle oblige Logan à regarder ce qu’il refuse d’être. Leur relation n’est jamais immédiatement transformée en jolie dynamique père-fille. Ils se disputent, se rejettent et se comprennent souvent très mal.
C’est précisément cette résistance qui rend leur rapprochement crédible. Laura n’est pas simplement l’héritière de Wolverine. Elle représente la possibilité que quelque chose survive à Logan autrement que sa violence.
Old Man Logan : s’inspirer d’un comic plutôt que tenter de le reproduire
Logan est souvent présenté comme l’adaptation de Old Man Logan, le récit de Mark Millar et Steve McNiven. Ce n’est pourtant pas réellement le cas. James Mangold expliquait lui-même avoir surtout puisé dans son ambiance et dans la liberté qu’offrait l’idée d’un Wolverine arrivé au crépuscule de son existence.
Une adaptation littérale aurait de toute façon été extrêmement compliquée : le comic utilise de nombreux personnages Marvel dont la Fox ne détenait alors pas les droits cinématographiques. Mangold choisit donc de conserver l’idée essentielle — un Wolverine vieillissant dans un monde qui a avancé sans lui — et construit une histoire totalement différente.
Laura provient quant à elle de la mythologie de X-23, dans laquelle le film puise également librement. Mangold reconnaissait avoir combiné Old Man Logan, les histoires de X-23, la continuité cinématographique et ses propres inventions.
C’est une adaptation intelligente parce qu’elle ne confond jamais fidélité et photocopie. Elle prend ce dont elle a besoin dans les comics pour raconter sa propre histoire.
Un western avant d’être un film de super-héros
James Mangold revendiquait directement l’influence du western, notamment L’Homme des vallées perdues (Shane) et Les Cowboys, mais également celle de films aussi différents que La Barbe à papa ou Little Miss Sunshine.
Cela se voit partout. Les grands espaces, la frontière mexicaine, les véhicules traversant des paysages désertiques et le vieux combattant obligé de reprendre les armes appartiennent davantage au western qu’au blockbuster de super-héros traditionnel.
Le film va même jusqu’à intégrer Shane dans son propre récit. Ce n’est pas une référence décorative destinée au spectateur cinéphile : elle permet de dire clairement quel type d’histoire Mangold veut raconter.
Logan ressemble à ces vieux pistoleros qui ont passé leur existence à tuer et découvrent trop tard qu’ils ne savent plus très bien comment vivre autrement.
Le film ose même regarder les comics avec distance
L’une des idées les plus amusantes de Logan consiste à faire exister les comics X-Men à l’intérieur même de son univers. Laura connaît ainsi une version héroïque et romancée des aventures de ces personnages.
Ces bandes dessinées ont été créées spécialement pour le film : Mangold a expliqué que Marvel avait accepté le principe à condition qu’aucun véritable comic existant ne soit utilisé.
L’idée permet au réalisateur de confronter la légende au personnage réel. Les comics montrent des héros, des costumes et des aventures extraordinaires ; devant nous se trouve un homme fatigué conduisant une limousine pour survivre.
C’est presque une déclaration d’intention. Logan prend un personnage de comic book et retire progressivement tout ce qui ressemble au fantasme pour voir ce qu’il reste en dessous.
Et il reste un homme.
Quelques mécanismes restent malgré tout très « film de super-héros »
Logan n’échappe pas complètement aux conventions qu’il cherche à abandonner. Les Reavers menés par Donald Pierce fonctionnent efficacement comme menace, mais restent moins intéressants que Logan, Xavier ou Laura. Le Dr Rice est davantage nécessaire au scénario que réellement mémorable.
Surtout, certains choix de la dernière partie ramènent ponctuellement le film vers une opposition beaucoup plus traditionnelle. C’est dommage, car les meilleurs moments sont précisément ceux où Mangold n’a besoin ni d’un grand méchant ni d’un dispositif spectaculaire pour créer de la tension.
Ces faiblesses restent néanmoins limitées. Contrairement à beaucoup de blockbusters qui commencent intimement avant de terminer dans une gigantesque destruction numérique, Logan conserve jusqu’au bout l’essentiel de son échelle humaine.
L’un des films qui ont montré jusqu’où pouvait aller le genre
Logan arrive à une période où le film de super-héros domine déjà largement Hollywood. Son importance ne vient donc pas d’avoir légitimé le genre, mais d’avoir démontré qu’un personnage installé depuis près de vingt ans pouvait servir à raconter quelque chose de beaucoup plus intime sur le vieillissement, la transmission et la mort.
James Mangold expliquait justement vouloir éviter l’impression de réaliser simplement un nouvel « épisode » d’une immense série et chercher un film capable d’exister par lui-même.
Le résultat est d’autant plus remarquable qu’il ne renie jamais Wolverine. Il n’est pas nécessaire de supprimer les griffes, les mutants ou les références aux comics pour faire un film adulte. Il suffit de traiter sérieusement les personnages.
C’est peut-être la plus grande réussite de Logan : il ne devient pas un grand film malgré son origine de comic book. Il utilise tout ce que vingt ans de films et plusieurs décennies de comics ont construit pour pouvoir raconter la fin d’un homme.
En résumé
Logan est à la fois un western, un road movie, un drame familial et un film de super-héros qui semble parfois vouloir oublier qu’il appartient à cette dernière catégorie. James Mangold offre à Wolverine la vulnérabilité qui lui avait toujours manqué, tandis que Hugh Jackman, Patrick Stewart et Dafne Keen donnent au récit une dimension profondément humaine.
Quelques conventions du genre subsistent, mais elles pèsent peu face à la puissance du voyage. En 2017, Loganconstituait un formidable adieu à la version de Wolverine construite par Hugh Jackman depuis X-Men. Et même si l’acteur remettra finalement les griffes quelques années plus tard, cela n’enlève rien à ce film : Logan reste la conclusion parfaite de cette première vie du personnage.
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