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Happy Parents

Couverture de Happy Parents

Happy Books — Happy Parents

Happy Parents

Zep

Éditeur : Delcourt

Sortie originale : 15 octobre 2014

4/5

Après avoir longtemps observé les adultes à hauteur d’enfant avec Titeuf, Zep change de côté. Dans Happy Parents, ce sont désormais les pères et les mères qui occupent le devant de la scène, confrontés aux grossesses, aux nuits sans sommeil, aux repas impossibles, aux adolescents et à toutes ces petites catastrophes qui accompagnent la vie de famille. À travers une soixantaine de gags, l’auteur transforme la parentalité en immense terrain de jeu humoristique.

Quand Zep passe de l’autre côté

L’idée paraît presque évidente pour le créateur de Titeuf. Après avoir raconté pendant des années les incompréhensions entre enfants et adultes du point de vue des premiers, Zep inverse simplement la caméra. Il expliquait d’ailleurs avoir puisé une partie de son inspiration dans sa propre expérience familiale.

L’album ne suit pas une famille unique mais multiplie les situations et les personnages. Bébés, jeunes enfants et adolescents permettent ainsi de parcourir différentes étapes de la parentalité. Le lecteur passe d’un couple découvrant les joies des premières nuits difficiles à des parents complètement dépassés par un adolescent qui possède désormais ses propres secrets.

Ce choix donne beaucoup de rythme à l’ensemble. Les histoires tiennent généralement sur une planche et vont immédiatement à l’essentiel, avec une chute qui repose autant sur les réactions des parents que sur celles de leurs enfants.

Des parents très loin d’être parfaits

Zep évite surtout de transformer Happy Parents en manuel d’éducation déguisé. Ses adultes improvisent constamment. Ils mentent parfois à leurs enfants, perdent patience, se contredisent et découvrent que les grands principes éducatifs résistent difficilement à la réalité quotidienne.

C’est précisément ce qui rend l’ensemble attachant. L’auteur se moque autant des parents que de leur progéniture et ne cherche jamais véritablement à désigner un responsable. L’incompréhension fonctionne dans les deux sens : les enfants trouvent leurs parents absurdes tandis que les adultes ne comprennent plus comment communiquer avec eux.

L’humour peut être tendre, absurde ou légèrement plus mordant. Tous les gags ne possèdent évidemment pas la même efficacité, mais la variété des situations évite généralement l’impression de répétition.

Un cousin adulte de Titeuf

Graphiquement, nous retrouvons immédiatement le Zep humoristique. Les personnages sont extrêmement expressifs, les corps se déforment pour accentuer les réactions et quelques traits suffisent souvent à construire une situation.

Il existe évidemment une proximité visuelle avec Titeuf, au point que la couverture joue elle-même avec cette familiarité. Mais Happy Parents vise clairement un lectorat plus adulte. Le point de vue a changé et certaines plaisanteries prennent tout leur sens lorsqu’on a soi-même été confronté aux contradictions de la vie familiale.

Zep reste particulièrement doué pour observer les comportements ordinaires et les pousser juste assez loin pour les rendre absurdes. Il qualifiait lui-même cette approche de « sociologie burlesque », une expression qui correspond parfaitement à l’album.

Plus tendre qu’il n’en a l’air

Sous l’accumulation de catastrophes domestiques, Happy Parents porte finalement un regard plutôt affectueux sur la famille. Les parents peuvent rêver de quelques heures de tranquillité et les enfants les pousser au bord de la crise de nerfs, mais l’attachement entre eux n’est jamais véritablement remis en question.

Quelques planches abandonnent même partiellement la recherche de la chute pour laisser apparaître quelque chose de plus touchant. Zep ne cherche pas à idéaliser la parentalité : il montre plutôt que l’épuisement, l’agacement et le bonheur peuvent parfaitement cohabiter.

Cette tendresse empêche surtout l’album de devenir une succession de plaisanteries cyniques sur les enfants. Zep se moque de tout le monde, mais avec suffisamment d’affection pour que chacun puisse reconnaître un peu de sa propre famille dans cette galerie.

Un concept efficace, mais forcément inégal

Le format possède néanmoins ses limites. Avec une soixantaine de gags indépendants, certaines situations paraissent beaucoup plus évidentes que d’autres et quelques chutes sont prévisibles. L’album se lit également très rapidement et ne possède évidemment pas la profondeur des romans graphiques que Zep développe parallèlement.

Mais ce n’est pas ce qu’il cherche à faire ici. Happy Parents appartient pleinement à la veine humoristique des Happy Books, aux côtés notamment de Happy Sex, Happy Girls ou Happy Rock. L’objectif est l’observation immédiate du quotidien et, dans ce domaine, Zep reste particulièrement efficace.

En résumé

Happy Parents repose sur une idée toute simple : après avoir observé les adultes depuis la cour de récréation avec Titeuf, Zep regarde désormais les enfants depuis le canapé des parents. Le changement de perspective fonctionne parfaitement et permet à l’auteur de retrouver son humour d’observation dans un univers qu’il connaît manifestement bien.

Tous les gags ne sont pas mémorables et la mécanique finit parfois par devenir prévisible, mais l’ensemble reste drôle, vivant et surtout beaucoup plus tendre qu’il n’y paraît. Zep ne cherche jamais à expliquer comment être un bon parent : il constate simplement que personne ne sait vraiment comment faire.

Une BD humoristique légère et très juste sur cette étrange expérience consistant à élever des enfants tout en essayant de leur faire croire que les adultes savent ce qu’ils font.

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