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Happy Sex 2

Couverture de Happy Sex 2

Happy Sex — Tome 2

Happy Sex 2

Zep

Éditeur : Delcourt

Sortie originale : 18 septembre 2019

4/5

Dix ans après le premier Happy Sex, Zep retourne observer ce qui se passe dans l’intimité des adultes. Mais entre-temps, les smartphones, les applications de rencontres, les réseaux sociaux et les objets connectés ont envahi le quotidien jusque dans les chambres à coucher. Avec 60 nouveaux gags, Happy Sex 2 reprend la formule du premier album tout en l’adaptant à une sexualité devenue encore plus exposée, commentée et parfois soumise à la technologie.

Dix ans plus tard, le monde a changé

La bonne idée de cette suite est de ne pas simplement refaire le premier album. Zep reprend évidemment les fantasmes, les complexes, les performances ratées et les incompréhensions entre partenaires, mais il observe aussi tout ce qui a changé entre 2009 et 2019.

Le téléphone est probablement le nouveau personnage principal de certaines planches. Sites de rencontres, sextoys connectés et réseaux sociaux viennent perturber des situations qui étaient autrefois beaucoup plus privées. Zep s’amuse notamment de cette étrange contradiction moderne : nous disposons de toujours plus d’outils pour rencontrer quelqu’un ou communiquer avec lui, sans nécessairement être devenus meilleurs lorsqu’il faut réellement se comprendre.

Le sexe reste surtout une formidable machine à embarras

Comme dans le premier tome, Zep trouve ses meilleurs gags lorsqu’il confronte le fantasme à sa réalisation. Une pratique peut sembler excitante en imagination avant de devenir terriblement compliquée dès qu’il faut l’organiser dans la réalité. Le romantisme, lui aussi, résiste rarement aux petits problèmes très concrets du quotidien.

L’auteur se montre particulièrement efficace lorsqu’il observe la pression entourant la sexualité. Il faudrait avoir suffisamment de rapports, être performant, inventif, libéré et capable de satisfaire toutes les attentes de son partenaire. Zep transforme ces injonctions en situations absurdes et rappelle que le sexe devient souvent beaucoup plus drôle dès que l’on accepte qu’il puisse aussi être maladroit.

Cette dimension était déjà présente dans le premier album, mais elle paraît ici plus marquée. La sexualité n’est plus seulement intime : elle est comparée, mesurée et parfois mise en scène.

Un humour cru sans devenir gratuitement vulgaire

Happy Sex 2 reste évidemment réservé à un public adulte. Les corps sont montrés sans détour et Zep ne cherche jamais à dissimuler ce dont il parle. Pourtant, son dessin permet justement de conserver une distance humoristique.

Son trait caricatural transforme immédiatement les situations les plus explicites en comédie. Un regard paniqué, une position improbable ou une expression de déception suffisent parfois à provoquer davantage le rire que le dialogue lui-même. Zep maîtrise parfaitement le gag en une page et sait construire sa chute sans avoir besoin de longues explications.

Il se montre également assez bienveillant envers ses personnages. Il rit de leurs pratiques, de leurs attentes et surtout de leurs maladresses, mais beaucoup moins de leur sexualité elle-même.

Une suite peut-être plus pertinente que le premier album

Le premier Happy Sex reposait surtout sur une idée particulièrement efficace : appliquer l’humour de Zep à la sexualité adulte. Cette fois, le concept est déjà connu. L’auteur doit donc trouver autre chose pour justifier son retour.

C’est précisément l’évolution de la société qui lui fournit cette matière. Zep expliquait d’ailleurs en 2019 que certains éléments qu’il trouvait crus dix ans auparavant lui semblaient désormais presque pudiques, signe selon lui d’un changement dans notre rapport aux images sexuelles et à la pornographie.

Cela donne à l’album un petit intérêt supplémentaire : derrière les plaisanteries, Happy Sex 2 constitue aussi une photographie assez révélatrice de la sexualité à la fin des années 2010.

Une formule qui conserve ses limites

Le principe du gag en une planche implique forcément une certaine inégalité. Quelques chutes sont excellentes, d’autres peuvent être anticipées plusieurs cases à l’avance. Et malgré les nouveaux sujets, certaines situations donnent parfois l’impression de retrouver simplement les mécanismes du premier volume.

Mais Zep compense largement par son sens du rythme et son dessin. Il sait exactement jusqu’où pousser une situation avant de déclencher la chute et parvient régulièrement à tirer un très bon gag d’une idée pourtant extrêmement simple.

Le résultat se lit rapidement, mais fonctionne particulièrement bien comme recueil dans lequel on peut revenir chercher quelques planches indépendamment des autres.

En résumé

Happy Sex 2 réussit là où beaucoup de suites auraient pu se contenter de reproduire une formule. Dix années ont séparé les deux albums et Zep utilise justement cette période pour observer les transformations de notre intimité. Smartphones, applications de rencontres et objets connectés modernisent les situations sans faire disparaître les éternels complexes et incompréhensions entre partenaires.

Tout n’est pas également drôle et certaines chutes restent prévisibles, mais le regard de Zep demeure particulièrement juste. Son humour cru fonctionne parce qu’il ne cherche finalement pas tellement à rire du sexe : il rit surtout de tout ce que nous sommes capables de faire pour essayer de le réussir.

Une suite très efficace, plus ancrée dans son époque que le premier tome et qui confirme que, même avec toute la technologie disponible, les êtres humains restent merveilleusement doués pour rendre leur vie sexuelle compliquée.

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