Lore Olympus — Volume 3
Lore Olympus – Volume 3
Éditeur : Hugo BD
Sortie originale : 3 novembre 2022
Perséphone commence son stage aux Enfers et se rapproche inexorablement d’Hadès. Pourtant, celui-ci tente de mettre de la distance entre eux en officialisant sa relation avec Menthé. Pendant que leurs sentiments deviennent de plus en plus difficiles à ignorer, Perséphone affronte les conséquences de ce qu’elle a subi avec Apollon et commence enfin à mettre des mots sur son traumatisme. Avec ce troisième volume, Lore Olympus conserve sa romance mythologique, mais prend surtout une dimension plus intime et beaucoup plus sombre.
Une romance qui avance enfin
Après deux volumes consacrés en grande partie à installer l’Olympe et ses nombreux personnages, la relation entre Hadès et Perséphone occupe ici une place beaucoup plus importante. Leur attirance n’est plus vraiment un secret, y compris pour eux-mêmes, mais tout semble encore les empêcher de l’assumer.
Le retour d’Hadès auprès de Menthé entretient évidemment le triangle amoureux. Rachel Smythe évite cependant d’en faire un simple obstacle artificiel. Cette relation permet aussi d’explorer les failles d’Hadès, sa difficulté à sortir de certaines habitudes et sa tendance à accepter des relations qui ne lui apportent finalement pas grand-chose.
Perséphone gagne parallèlement en assurance. Elle conserve sa douceur et une certaine naïveté, mais commence à prendre davantage de décisions pour elle-même. C’est probablement cette évolution simultanée des deux personnages qui rend leur rapprochement beaucoup plus intéressant qu’une simple romance impossible.
Perséphone face à son traumatisme
C’est surtout sur ce terrain que le troisième volume franchit un cap. Perséphone parvient à parler à Éros du viol commis par Apollon et commence une thérapie. L’éditeur lui-même présente ce cheminement comme l’un des axes essentiels du volume.
Rachel Smythe traite le sujet avec davantage de sérieux que ne pouvait le laisser présager l’apparence très colorée de la série. Le traumatisme n’est pas utilisé comme un simple rebondissement destiné à rapprocher Perséphone d’Hadès. Il continue d’avoir des conséquences sur son rapport aux autres, à son corps et à elle-même.
Le soutien d’Éros prend alors une importance particulière. Derrière son apparence souvent légère, le personnage se révèle capable d’écoute et offre à Perséphone un espace dans lequel elle peut enfin exprimer ce qu’elle a vécu. Ces passages comptent parmi les plus forts du volume.
Menthé devient plus qu’une rivale
Menthé aurait facilement pu rester la petite amie jalouse chargée de retarder artificiellement la romance principale. Rachel Smythe choisit heureusement de lui donner davantage d’épaisseur. Son comportement reste parfois difficile à défendre, mais la série commence à montrer les insécurités et les mécanismes destructeurs qui l’enferment dans sa relation avec Hadès.
Cette nuance profite énormément au récit. Lore Olympus fonctionne mieux lorsqu’il abandonne les rôles trop simples de héros, de méchant ou de rival amoureux pour montrer des personnages prisonniers de leurs propres blessures.
Tout n’est pas encore développé avec la même profondeur et certains conflits conservent un côté très feuilletonnant, mais la galerie de personnages commence réellement à devenir l’une des forces de la série.
Une mythologie de plus en plus personnelle
Rachel Smythe continue à utiliser les figures de la mythologie grecque avec une grande liberté. L’objectif n’est clairement pas de proposer une adaptation fidèle des récits antiques : les mythes deviennent une matière première permettant de parler de relations amoureuses, de pouvoir, de famille, de réputation ou de consentement.
C’est précisément ce qui donne son identité à Lore Olympus. Hadès peut être simultanément le dieu des Enfers et un patron confronté à des problèmes sentimentaux. Perséphone reste une déesse du printemps tout en étant une jeune femme qui découvre l’indépendance et doit apprendre à poser ses propres limites.
Cette modernisation peut parfois donner au récit des allures de série télévisée sentimentale, mais l’équilibre fonctionne parce que Rachel Smythe assume totalement ce mélange.
Une identité visuelle toujours aussi impressionnante
Le dessin reste probablement l’élément le plus immédiatement reconnaissable de Lore Olympus. Le bleu d’Hadès et le rose éclatant de Perséphone deviennent presque un langage visuel à eux seuls. Les couleurs permettent d’identifier immédiatement les personnages et donnent aux scènes une atmosphère particulière.
Rachel Smythe ne cherche pas la précision anatomique permanente. Les silhouettes s’allongent, les visages se déforment et les décors peuvent disparaître presque entièrement lorsqu’une émotion doit prendre toute la place. Cette liberté fonctionne particulièrement bien dans les séquences les plus intimes.
L’origine Webtoon reste néanmoins perceptible. Certaines transitions et certains espaces étaient pensés pour un défilement vertical et paraissent forcément différents une fois répartis sur des pages. Mais le grand format et l’impression couleur mettent remarquablement en valeur l’univers graphique.
Un troisième volume plus solide
Le premier volume devait présenter un univers extrêmement dense et pouvait sembler très introductif. Ce troisième tome profite désormais de tout ce travail préalable. Les relations sont installées et les personnages suffisamment familiers pour que Rachel Smythe puisse approfondir leurs conflits.
Le rythme reste celui d’un feuilleton : plusieurs intrigues avancent simultanément sans nécessairement trouver de résolution dans le volume. Cela peut provoquer quelques longueurs, surtout avec un ouvrage aussi épais, mais l’impression d’avancer est nettement plus importante.
Surtout, Lore Olympus commence réellement à dépasser son concept initial. La réécriture moderne d’Hadès et Perséphone reste son argument principal, mais la série développe désormais suffisamment ses personnages pour exister au-delà de cette seule idée.
En résumé
Ce troisième volume confirme la progression de Lore Olympus. La romance entre Hadès et Perséphone devient plus intense, mais Rachel Smythe ne lui sacrifie pas les sujets plus difficiles qui entourent ses personnages. Le parcours de Perséphone après son agression apporte notamment une profondeur émotionnelle importante à l’ensemble.
Quelques mécaniques de triangle amoureux et le rythme très feuilletonnant peuvent encore ralentir le récit, mais les personnages gagnent en complexité et l’identité graphique demeure exceptionnelle.
Un tome plus mature et plus équilibré que les débuts de la série, où la romance fonctionne désormais parce qu’elle accompagne l’évolution des personnages plutôt que de constituer son unique moteur.
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