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Lore Olympus – Volume 1

Couverture de Lore Olympus – Volume 1

Lore Olympus — Volume 1

Lore Olympus – Volume 1

Rachel Smythe

Éditeur : Hugo BD

Sortie originale : 6 janvier 2022

4/5

Perséphone, jeune déesse du printemps, a grandi loin de l’Olympe sous la protection étroite de sa mère Déméter. Lorsqu’elle obtient enfin l’autorisation de découvrir la vie des dieux, une soirée organisée par Artémis bouleverse son existence : elle y rencontre Hadès, souverain des Enfers. Rachel Smythe reprend alors l’un des mythes les plus célèbres de l’Antiquité pour le transposer dans un Olympe contemporain fait de soirées, de téléphones, de rumeurs et de relations de pouvoir. Publié initialement sur Webtoon à partir de 2018, Lore Olympus est devenu un phénomène avant son passage au format papier.

Des dieux grecs plongés dans notre époque

La première réussite de Lore Olympus tient à son refus de simplement illustrer le mythe d’Hadès et Perséphone. Rachel Smythe en conserve les personnages et certains grands éléments, mais construit autour d’eux une véritable société moderne. Les dieux travaillent, conduisent des voitures, utilisent leur téléphone et fréquentent des soirées mondaines tout en conservant leurs pouvoirs et leurs fonctions mythologiques.

Le mélange aurait facilement pu tourner au gadget. Il devient au contraire le moteur du récit. L’Olympe ressemble à une gigantesque société privilégiée dont les membres se connaissent tous, où les réputations se font et se défont rapidement. Derrière les palais et l’immortalité apparaissent ainsi des problèmes extrêmement contemporains.

Cela permet également de redécouvrir des figures mythologiques très connues sans avoir l’impression de relire une énième adaptation scolaire de leurs aventures.

Hadès et Perséphone, une romance construite sur le contraste

Perséphone arrive dans cet univers avec une grande naïveté. Protégée pendant toute son existence par Déméter, elle découvre presque simultanément l’indépendance, les relations sociales et le désir. Hadès est à l’opposé : installé, puissant et beaucoup plus expérimenté, il porte également une certaine solitude derrière son statut de souverain des Enfers.

Leur différence crée immédiatement une alchimie, mais Rachel Smythe ne précipite pas leur relation. Ce premier volume prend surtout le temps de poser les personnages, leurs entourages et les obstacles qui commencent à se dresser entre eux.

Cette lenteur convient parfaitement à une œuvre pensée initialement comme un webtoon feuilletonnant. En album, elle peut néanmoins donner l’impression que l’intrigue principale avance assez peu malgré l’imposante pagination.

Beaucoup plus sombre que ses couleurs ne le laissent penser

La couverture et les couleurs éclatantes pourraient laisser imaginer une romance légère. Lore Olympus aborde pourtant rapidement des thèmes nettement plus difficiles. Les rapports de pouvoir, le harcèlement, le consentement et les violences sexuelles occupent une place importante dans l’histoire. Les bibliothèques et présentations éditoriales de l’œuvre mettent d’ailleurs explicitement en avant ces thématiques.

Rachel Smythe réussit surtout à montrer que les dieux, malgré leur puissance, reproduisent des mécanismes extrêmement humains. L’immortalité ne protège ni des traumatismes ni des relations toxiques.

Cette dimension donne beaucoup plus de poids au récit. Lore Olympus n’est pas uniquement une romance entre deux divinités célèbres : c’est aussi une réinterprétation de mythes anciens à travers des préoccupations contemporaines.

Une identité graphique immédiatement reconnaissable

Visuellement, l’œuvre ne ressemble presque à aucune autre. Rachel Smythe attribue à ses personnages des couleurs franches qui deviennent immédiatement identifiables : Perséphone se détache notamment par ses teintes roses tandis qu’Hadès appartient à une gamme bleue beaucoup plus froide.

Le dessin peut volontairement se simplifier ou se déformer selon les émotions. Certaines cases sont très détaillées quand d’autres reposent presque entièrement sur une silhouette, une couleur ou un regard. Cette liberté donne une énergie remarquable à l’ensemble.

Le passage du téléphone au livre n’est toutefois pas totalement invisible. La mise en scène originale a été conçue pour le défilement vertical d’un écran et certaines successions de cases paraissent plus espacées ou moins naturelles sur une page imprimée. L’adaptation reste néanmoins très agréable grâce au grand format et à la puissance des couleurs.

Une galerie de dieux déjà très riche

Autour d’Hadès et Perséphone gravitent Artémis, Éros, Aphrodite, Héra, Zeus, Apollon et de nombreux autres personnages. Rachel Smythe s’amuse avec ce que le lecteur connaît éventuellement de leurs mythes sans exiger de connaissances particulières.

Cette galerie apporte énormément de vie à l’Olympe, même si elle demande parfois un petit effort au début pour comprendre les relations entre chacun. Certains personnages secondaires deviennent rapidement aussi intéressants que le couple central et permettent surtout d’éviter que la série ne repose uniquement sur sa romance.

Le procédé donne également envie de voir comment l’autrice réinterprétera progressivement les différents mythes associés à ces divinités.

Un premier volume séduisant mais très introductif

C’est probablement la principale réserve à avoir sur ce premier tome. Avec près de 400 pages, on pourrait attendre une intrigue beaucoup plus avancée. Or Rachel Smythe installe avant tout son univers et les relations qui feront vivre la série sur la durée.

Le rythme hérité du webtoon explique en grande partie cette impression. Les épisodes étaient initialement destinés à être découverts progressivement et non nécessairement enchaînés dans un épais volume relié. L’édition papier ajoute toutefois un chapitre bonus inédit par rapport à la publication en ligne.

Cette lenteur n’empêche pas la lecture d’être particulièrement addictive. Au contraire, les chapitres courts et les changements réguliers de point de vue donnent constamment envie d’aller un peu plus loin.

En résumé

Avec Lore Olympus, Rachel Smythe réussit une réinterprétation très personnelle d’Hadès et Perséphone. Son Olympe contemporain pourrait n’être qu’un concept amusant, mais il devient rapidement le cadre d’une histoire beaucoup plus ambitieuse sur le désir, le consentement, les rapports de pouvoir et la construction de soi.

Ce premier volume reste très introductif et le passage du format vertical à l’album se ressent parfois. Mais l’identité graphique exceptionnelle, la richesse des personnages et la manière dont les mythes sont réinventés compensent largement ces réserves.

Un début extrêmement séduisant qui explique facilement le succès rencontré par la série sur Webtoon : Rachel Smythe ne modernise pas simplement la mythologie grecque, elle se l’approprie pour construire son propre univers.

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