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Cuba, où tout a commencé

Couverture de Cuba, où tout a commencé

XIII — Tome 28

Cuba, où tout a commencé

Yves Sente, Iouri Jigounov

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 14 octobre 2022

★★★★★ 3/5

Avec Cuba, où tout a commencé, Yves Sente et Iouri Jigounov replongent XIII dans les zones d’ombre de son passé. En choisissant Cuba comme décor, les auteurs renouent avec les thèmes fondateurs de la série : l’espionnage, les identités multiples et les secrets qui entourent Jason Mac Lane. Un album qui cherche à enrichir la mythologie de XIII, mais dont la dépendance aux intrigues précédentes limite parfois l’efficacité.

Un retour aux sources intéressant

Le principal intérêt de ce vingt-huitième tome réside dans sa volonté de renouer avec les origines du héros. Depuis sa création, XIII repose sur une question fondamentale : qui est véritablement cet homme au passé fragmenté ? En revenant sur des événements liés à son histoire personnelle, Yves Sente retrouve un ressort narratif qui a largement contribué au succès de la série.

Cette approche fonctionne d’autant mieux que Cuba constitue un cadre particulièrement adapté aux récits d’espionnage. Son histoire politique, ses relations conflictuelles avec les États-Unis et son atmosphère singulière offrent un environnement propice aux secrets et aux manipulations. Le scénario exploite ce contexte pour entretenir le mystère, même si certaines révélations semblent davantage prolonger une intrigue déjà complexe que lui apporter une véritable conclusion.

XIII, un personnage toujours rattrapé par son passé

Jason Mac Lane reste au centre d’une mécanique narrative dans laquelle son passé détermine constamment son présent. Cette particularité constitue l’identité même de la série, mais elle représente également l’une de ses principales limites après autant d’albums.

Yves Sente parvient à maintenir l’intérêt autour du personnage, notamment en confrontant ses souvenirs et ses certitudes à de nouvelles informations. Toutefois, la multiplication des secrets finit par atténuer l’impact des révélations. Là où les premiers albums donnaient le sentiment de progresser vers une vérité essentielle, les aventures récentes semblent parfois repousser indéfiniment cette résolution.

Le héros conserve néanmoins une présence convaincante, notamment lorsqu’il doit agir dans un environnement hostile plutôt que simplement écouter les explications de ses interlocuteurs.

Une intrigue dense, parfois trop dépendante du passé

Le scénario privilégie les connexions entre les événements, les personnages et les organisations impliquées dans les différentes conspirations. Cette construction récompense les lecteurs qui suivent attentivement la série, mais peut devenir difficile à appréhender pour ceux qui auraient oublié certains développements.

Yves Sente maîtrise les mécanismes du thriller et sait entretenir le suspense. Pourtant, l’accumulation d’informations ralentit parfois le rythme et réduit la spontanéité de l’aventure. Le récit semble régulièrement partagé entre la nécessité de faire avancer l’action et celle d’expliquer les multiples ramifications de son intrigue.

Cette densité n’empêche pas l’album de rester prenant, mais elle lui retire une partie de l’efficacité immédiate qui caractérisait les meilleures aventures de XIII.

Un décor cubain particulièrement réussi

Le dessin de Iouri Jigounov constitue une nouvelle fois l’un des principaux atouts de l’album. Son réalisme précis s’inscrit parfaitement dans la continuité graphique de William Vance, tout en conservant une identité propre. Les personnages sont expressifs, les environnements détaillés et les scènes d’action bénéficient d’une mise en scène rigoureuse.

Le cadre cubain permet surtout de renouveler les ambiances visuelles. Les paysages, la végétation et les bâtiments contribuent à installer une atmosphère différente des environnements américains habituels. Jigounov parvient à donner une véritable présence aux décors, qui participent pleinement à l’identité de cette aventure.

La narration graphique reste néanmoins très classique, avec de nombreuses séquences de dialogue qui limitent parfois le dynamisme des planches.

Un album qui enrichit la série sans la renouveler

Cuba, où tout a commencé illustre parfaitement les qualités et les limites de la période actuelle de XIII. Les auteurs maîtrisent leur univers, les enjeux demeurent importants et le récit conserve une véritable ambition. Mais cette volonté de prolonger continuellement les mystères du passé finit par créer une certaine répétition.

L’album fonctionne surtout comme une nouvelle étape dans une histoire plus vaste. Il apporte des éléments supplémentaires à la compréhension du parcours de XIII, sans nécessairement offrir une aventure suffisamment autonome. Le plaisir de lecture dépend donc largement de l’attachement à la série et de la connaissance de ses précédents développements.

En résumé

XIII, tome 28, propose un retour aux origines intéressant, porté par le cadre cubain et le dessin toujours aussi maîtrisé de Iouri Jigounov. Yves Sente entretient efficacement les mystères entourant Jason Mac Lane, mais peine à alléger une intrigue devenue particulièrement dense. Un album solide pour les lecteurs fidèles, qui enrichit la mythologie de la série sans retrouver complètement la force de ses premières aventures.

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