XIII — Tome 20
Le Jour du Mayflower
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 18 novembre 2011
Avec Le Jour du Mayflower, XIII entame une nouvelle étape de son histoire. Après Jean Van Hamme et William Vance, Yves Sente et Iouri Jigounov reprennent les aventures de Jason Mac Lane avec l’ambition de retrouver les ingrédients qui ont fait le succès de la série : espionnage, secrets d’État, action et manipulations. Une relance prometteuse, qui respecte l’héritage de ses créateurs tout en cherchant à installer de nouveaux mystères.
Une reprise qui devait relever un défi considérable
Reprendre XIII après Jean Van Hamme et William Vance représente un exercice particulièrement délicat. Les deux auteurs ont construit une saga devenue une référence du thriller franco-belge, avec un héros amnésique plongé dans une gigantesque conspiration. Après dix-neuf albums, l’essentiel des mystères entourant son identité semblait avoir trouvé une réponse.
Yves Sente choisit donc de ne pas bouleverser la formule. Il préfère renouer avec les fondamentaux de la série en confrontant Jason Mac Lane à une nouvelle menace liée à son passé. Ce choix permet de retrouver immédiatement l’atmosphère familière de XIII, même s’il pose une question : jusqu’où peut-on prolonger les secrets d’un personnage dont l’histoire semblait déjà largement résolue ?
Mayflower, une nouvelle conspiration aux racines anciennes
Le scénario introduit une nouvelle intrigue autour du Mayflower, ce navire historique associé à l’arrivée des premiers colons anglais en Amérique du Nord. Yves Sente utilise cette référence pour construire un mystère mêlant héritage historique, réseaux d’influence et enjeux politiques contemporains.
L’idée possède un véritable potentiel. En reliant une conspiration moderne à des événements anciens, le scénariste donne une dimension supplémentaire à l’univers de XIII. L’histoire retrouve ainsi le goût des grandes machinations dans lesquelles le héros se retrouve confronté à des adversaires puissants, capables d’agir dans l’ombre. Cependant, cette nouvelle piste nécessite de nombreuses explications et laisse encore une large part de ses enjeux en suspens.
Jason Mac Lane retrouve son rôle de héros traqué
L’un des plaisirs de cet album réside dans les retrouvailles avec Jason Mac Lane. Le personnage conserve son sang-froid, son intelligence et sa capacité à réagir rapidement face au danger. Il demeure un héros d’action efficace, mais également un homme dont le passé continue de peser sur le présent.
Yves Sente retrouve assez bien cet équilibre entre action et vulnérabilité. XIII n’est pas invincible et doit constamment chercher à comprendre les intentions de ceux qui l’entourent. En revanche, la décision de lui faire découvrir une nouvelle conspiration liée à ses origines peut sembler un peu artificielle après la conclusion du cycle précédent. Le procédé fonctionne, mais donne parfois l’impression de repartir sur des mécanismes déjà largement exploités.
Un scénario efficace qui prépare surtout la suite
Le Jour du Mayflower possède un rythme globalement soutenu, alternant découvertes, menaces et séquences d’action. Yves Sente connaît les codes du thriller et sait installer une intrigue suffisamment mystérieuse pour encourager la lecture du tome suivant.
Toutefois, ce vingtième volume se présente avant tout comme le début d’un nouveau cycle. Plusieurs éléments sont introduits sans être immédiatement développés, tandis que certaines révélations servent principalement à préparer les albums suivants. Cette construction reste logique pour une série au long cours, mais elle limite l’autonomie du récit. Le lecteur termine l’album avec davantage de questions que de réponses.
Iouri Jigounov, un successeur convaincant à William Vance
Le changement de dessinateur constituait probablement l’autre grande interrogation de cette reprise. William Vance avait imposé un style réaliste immédiatement reconnaissable, caractérisé par la précision des décors, le soin apporté aux personnages et une mise en scène particulièrement efficace.
Iouri Jigounov relève ce défi avec une réelle maîtrise. Son dessin conserve l’identité visuelle de XIII sans donner l’impression d’une simple imitation. Les visages sont expressifs, les environnements détaillés et les scènes d’action bénéficient d’un découpage clair. L’ensemble manque parfois de la nervosité qui caractérisait certaines planches de Vance, mais la transition graphique demeure particulièrement réussie.
En résumé
XIII, tome 20, réussit l’essentiel de sa mission : relancer la série sans trahir son identité. Yves Sente installe une nouvelle conspiration prometteuse, tandis qu’Iouri Jigounov assure une continuité graphique convaincante. Si Le Jour du Mayflower repose sur des mécanismes déjà familiers et laisse beaucoup de questions en suspens, il possède suffisamment de rythme et de mystère pour susciter l’intérêt. Une reprise sérieuse et efficace, même si elle ne retrouve pas encore toute la puissance des meilleurs albums de la saga.
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