Depuis sa première apparition dans Pilote en 1959, Astérix a traversé les générations sans jamais vraiment quitter les librairies. Mais derrière l’impression d’une série parfaitement homogène se cachent plusieurs époques, plusieurs auteurs et surtout des albums d’une qualité extrêmement variable. Des sommets de René Goscinny aux expériences plus controversées d’Albert Uderzo, jusqu’aux reprises de Jean-Yves Ferri, Fabcaro et Didier Conrad, voici notre classement complet des 41 aventures, du village gaulois le moins inspiré à son âge d’or absolu.
41. Astérix et Latraviata
Sortie : 2001
L’idée : Astérix et Obélix reçoivent pour leur anniversaire une épée et un casque ayant appartenu à Pompée. Les Romains veulent les récupérer et envoient une actrice, Latraviata, se faire passer pour Falbala.
Le bon :
Le dessin d’Uderzo reste spectaculaire. À près de quarante ans de distance avec Astérix le Gaulois, son trait possède une souplesse et une maîtrise impressionnantes. Quelques idées autour du théâtre et du jeu de rôles auraient également pu donner quelque chose de réjouissant.
Le mauvais :
Mais le scénario est extrêmement laborieux. Faux-semblants, quiproquos amoureux, Pompée, César, Latraviata, Falbala : l’album accumule les éléments sans retrouver cette évidence qui permettait autrefois à Goscinny de rendre limpide la plus complexe des mécaniques comiques. Astérix lui-même semble parfois étrangement secondaire. L’humour force, les personnages s’agitent et la conclusion arrive sans avoir réellement construit quelque chose. Pour nous, c’est le véritable fond du tonneau.
Anecdote :
Cet album appartient à la période où Albert Uderzo assure seul scénario et dessin, après avoir poursuivi la série sans René Goscinny. Les 24 premières aventures avaient été écrites par Goscinny ; Uderzo prend seul la suite à partir du Grand Fossé.
40. Le Ciel lui tombe sur la tête
Sortie : 2005
L’idée : Deux peuples extraterrestres viennent s’affronter au-dessus du village gaulois afin de mettre la main sur la potion magique.
Le bon :
Il faut reconnaître à Uderzo une chose : il ose. Après plusieurs décennies à respecter les codes de la série, il décide brusquement d’envoyer Astérix dans la science-fiction et de confronter son univers à une sorte de guerre culturelle venue du ciel. Pris comme geste d’auteur, c’est presque fascinant.
Le mauvais :
Pris comme Astérix, beaucoup moins. Extraterrestres, super-clones, vaisseaux spatiaux : le décalage est si brutal qu’il ne renouvelle pas vraiment l’univers, il donne surtout l’impression de l’avoir remplacé. Les références contemporaines prennent le dessus sur l’aventure et vieillissent beaucoup plus vite que les satires de Goscinny. L’album veut surprendre ; il finit surtout par dérouter.
Anecdote :
C’est l’un des derniers albums entièrement réalisés par Albert Uderzo avant son retrait de la série. La relève complète des auteurs n’interviendra qu’en 2013.
39. La Galère d’Obélix
Sortie : 1996
L’idée : Des esclaves s’emparent de la flotte personnelle de César tandis qu’Obélix commet l’interdit absolu : boire une marmite entière de potion magique.
Le bon :
Le point de départ est formidable. Depuis le début de la série, on répète qu’Obélix ne doit surtout pas reprendre de potion puisqu’il est tombé dedans enfant. Voir enfin ce qui se passe lorsqu’il enfreint la règle constitue presque une promesse historique.

Le mauvais :
Et c’est précisément pourquoi la déception est forte. L’idée est utilisée de manière très mécanique et conduit à une transformation d’Obélix qui occupe beaucoup de place sans produire le grand récit attendu. La galère, les pirates, Atlantis et les Romains donnent l’impression d’appartenir à plusieurs histoires différentes. L’album avance, mais son cœur reste étonnamment vide.
Anecdote :
C’est l’un des rares albums à transformer physiquement Obélix de manière aussi spectaculaire, en jouant directement avec l’un des dogmes les plus anciens de la série : son rapport interdit à la potion magique.
38. La Rose et le Glaive
Sortie : 1991
L’idée : Une barde remplace Assurancetourix et provoque une véritable révolution parmi les femmes du village pendant que César tente d’exploiter la situation.
Le bon :
L’idée de placer les femmes du village au centre de l’intrigue était excellente. Bonemine et les autres Gauloises avaient souvent été cantonnées à un rôle de second plan : leur donner le pouvoir permettait de renverser les habitudes du village.
Le mauvais :
Le problème vient de la manière dont cette idée est traitée. Là où Goscinny construisait sa satire en laissant chacun en prendre pour son grade, l’album appuie énormément ses oppositions hommes-femmes. Certains gags paraissent aujourd’hui particulièrement lourds. La satire manque de finesse et finit presque par reproduire les clichés qu’elle voulait manipuler.
Anecdote :
La série avait déjà beaucoup joué avec les rapports conjugaux, notamment autour d’Abraracourcix et Bonemine. Ici, Uderzo transforme pour la première fois cette guerre domestique en véritable enjeu politique du village.
37. L’Anniversaire d’Astérix et Obélix – Le Livre d’or
Sortie : 2009
L’idée : Pour célébrer les cinquante ans d’Astérix, anciens personnages, souvenirs et variations se succèdent autour des deux héros.
Le bon :
Comme objet anniversaire, le livre est généreux. Uderzo s’amuse avec son propre univers et convoque une quantité impressionnante de personnages. Pour un lecteur qui connaît toute la série, certaines apparitions possèdent forcément un parfum de retrouvailles.
Le mauvais :
Mais ce n’est pratiquement pas une aventure. C’est un album commémoratif, une succession de sketches, d’illustrations et de clins d’œil. Dans une bibliothèque Astérix, il a sa place ; dans un classement des histoires d’Astérix, il part forcément avec un handicap immense.
Anecdote :
L’album paraît en 2009 pour les cinquante ans de la création d’Astérix, né dans le premier numéro de Pilote en octobre 1959.
36. Astérix et la Rentrée gauloise
Sortie : 2003
L’idée : Plusieurs histoires courtes produites à différentes périodes sont réunies autour de l’univers d’Astérix.
Le bon :
Certaines séquences sont charmantes et permettent de retrouver Goscinny et Uderzo dans des formats différents. Pour le passionné, c’est une petite boîte d’archives pleine de curiosités.
Le mauvais :
Mais là encore, difficile de comparer un recueil avec des aventures conçues sur 44 pages. L’ensemble est disparate par définition. Les récits n’ont ni la même époque, ni la même fonction, ni la même ambition. On picore davantage qu’on ne lit un véritable album.
Anecdote :
Sa nature particulière explique qu’il soit parfois perçu à part dans la collection : il rassemble notamment des histoires courtes réalisées pour diverses occasions plutôt qu’une seule aventure continue.
35. Le Fils d’Astérix
Sortie : 1983
L’idée : Un bébé est abandonné devant la hutte d’Astérix. César et ses hommes semblent étrangement intéressés par son identité.
Le bon :
Mettre Astérix et Obélix dans le rôle de nourrices est immédiatement drôle. Le bébé permet de faire surgir chez les deux héros une tendresse rarement montrée auparavant et certaines scènes domestiques fonctionnent parfaitement.
Le mauvais :
L’intrigue qui se construit autour de l’enfant est beaucoup moins élégante. L’album mélange comédie familiale, politique romaine et personnages historiques avec une insistance qui finit par alourdir le récit. On sent déjà cette tendance d’Uderzo à vouloir fabriquer de très gros événements là où Astérix fonctionne souvent mieux avec une idée simple poussée jusqu’au bout.
Anecdote :
C’est le troisième album conçu par Uderzo seul après la disparition de Goscinny, derrière Le Grand Fossé et L’Odyssée d’Astérix.

34. Astérix chez Rahàzade
Sortie : 1987
L’idée : Un fakir vient chercher Assurancetourix afin que son chant fasse pleuvoir en Inde et permette de sauver la princesse Rahàzade.
Le bon :
Uderzo sait encore produire du grand spectacle. L’Inde lui offre des décors magnifiques, une faune nouvelle, des palais, des couleurs et une atmosphère radicalement différente du village.
Le mauvais :
L’histoire ressemble davantage à un conte illustré avec Astérix qu’à une véritable aventure d’Astérix. Le dispositif repose beaucoup sur l’exotisme et les péripéties. Le moteur satirique s’efface et les dialogues ont moins de mordant. C’est agréable, parfois très beau, mais étonnamment peu mémorable.
Anecdote :
Le titre joue évidemment avec Shéhérazade et l’imaginaire des contes orientaux, tandis que l’histoire pousse Assurancetourix dans un rôle paradoxal : pour une fois, son chant est précisément ce qui peut sauver quelqu’un.
33. Astérix chez les Pictes
Sortie : 2013
L’idée : Un guerrier picte retrouvé prisonnier des glaces conduit Astérix et Obélix jusqu’en Écosse.
Le bon :
Le premier constat fut presque rassurant : Astérix pouvait survivre à Uderzo. Didier Conrad retrouve très vite les codes graphiques de la série et Jean-Yves Ferri comprend l’importance du voyage, des noms, des accents et de la caricature nationale. Après quatre ans sans nouvel album, le village semble de nouveau respirer.
Le mauvais :
Mais le respect est presque trop visible. L’album semble constamment vérifier qu’il possède bien tous les ingrédients attendus. Pirates ? Présents. César ? Présent. Voyage ? Présent. Jeux de mots ? Présents. Il manque encore cette folie qui permettrait à la reprise d’exister autrement que comme une excellente imitation.
Anecdote :
Paru en 2013, il marque le changement historique d’équipe : Jean-Yves Ferri reprend le scénario et Didier Conrad le dessin.
32. La Fille de Vercingétorix
Sortie : 2019
L’idée : Le village doit protéger Adrénaline, fille adolescente de Vercingétorix que les Romains veulent capturer.
Le bon :
L’idée d’introduire une adolescente en révolte dans cet univers de vieux Gaulois très sûrs d’eux fonctionne étonnamment bien. Ferri utilise le conflit de générations, la filiation et le poids des symboles sans simplement refaire une aventure classique.
Le mauvais :
Adrénaline reste toutefois un personnage difficile à aimer et une grande partie du récit repose sur son refus de participer à ce qui l’entoure. Astérix et Obélix deviennent presque accompagnateurs de leur propre série. Intéressant sur le papier, mais un peu frustrant à la lecture.
Anecdote :
L’album joue directement avec l’héritage de Vercingétorix, dont la défaite était déjà au cœur du Bouclier arverne, mais cette fois à travers le poids laissé aux générations suivantes.
31. Astérix et le Griffon
Sortie : 2021
L’idée : Panoramix conduit Astérix et Obélix chez les Sarmates, où les Romains recherchent une créature légendaire : le griffon.
Le bon :
Le décor enneigé est splendide et Didier Conrad s’y montre particulièrement à l’aise. Ferri tente aussi quelque chose de différent en confrontant les Romains à une culture qu’ils comprennent mal et en donnant aux femmes sarmates un rôle guerrier central.
Le mauvais :
L’album manque de rythme et son griffon reste davantage une idée qu’un véritable enjeu. Le voyage promet un grand dépaysement mais l’histoire peine à décoller. C’est propre, intelligent, parfois amusant, rarement enthousiasmant.
Anecdote :
C’est le cinquième et dernier album scénarisé par Jean-Yves Ferri avant que Fabcaro ne reprenne l’écriture en 2023.
30. Astérix et la Transitalique
Sortie : 2017
L’idée : Astérix et Obélix participent à une immense course de chars à travers l’Italie destinée à démontrer la supériorité des routes romaines.
Le bon :
L’idée est excellente : un véritable Wacky Races antique qui permet de multiplier les concurrents, les peuples et les régions. Ferri retrouve quelque chose de l’esprit des grands voyages de Goscinny et Conrad peut se lâcher graphiquement.
Le mauvais :
La course finit cependant par devenir répétitive. À force d’introduire des équipages et des étapes, l’album perd un peu ses personnages. Et son adversaire principal reste moins mémorable que les grands antagonistes de l’âge classique.
Anecdote :
Le récit permet surtout de rappeler une idée souvent simplifiée : Rome ne résume pas toute l’Italie antique. L’album s’amuse ainsi à faire rencontrer aux héros plusieurs peuples de la péninsule.
29. Le Papyrus de César
Sortie : 2015
L’idée : César fait disparaître de ses Commentaires sur la Guerre des Gaules le chapitre consacré au village irréductible. Une copie du texte censuré doit parvenir aux Gaulois.
Le bon :
Probablement la meilleure idée de départ de la période Ferri. Faire de César un auteur soucieux de contrôler sa propre légende est merveilleusement astérixien. Le récit parle de communication politique, de censure, de lanceurs d’alerte et de fabrication de l’Histoire sans quitter l’Antiquité.
Le mauvais :
Le concept est presque meilleur que son exploitation. On sourit souvent devant l’intelligence des références, mais l’aventure elle-même manque d’un peu de souffle. Ferri pense très bien Astérix ; il ne retrouve pas encore complètement la fluidité de Goscinny.
Anecdote :
Le point de départ détourne évidemment les véritables Commentaires sur la Guerre des Gaules attribués à Jules César et imagine pourquoi aucun chapitre n’aurait jamais raconté la résistance du petit village.

28. Le Grand Fossé
Sortie : 1980
L’idée : Un village gaulois coupé en deux par un fossé oppose deux chefs rivaux et deux camps condamnés à vivre côte à côte.
Le bon :
Pour son premier album écrit sans Goscinny, Uderzo trouve une excellente image : un village littéralement divisé en deux. Le décor suffit à produire des gags et permet de raconter une histoire de rivalité politique, d’amour impossible et d’absurdité collective.
Le mauvais :
Ce qui frappe surtout, c’est ce qui manque. Les dialogues sont moins tranchants, la satire moins naturelle et certains personnages plus démonstratifs. Uderzo possède parfaitement l’univers mais pas exactement la voix de son ancien partenaire.
Anecdote :
Après la mort de René Goscinny en 1977, Albert Uderzo décide finalement de continuer Astérix seul. Le Grand Fossédevient ainsi la première aventure entièrement écrite et dessinée par lui.
27. L’Odyssée d’Astérix
Sortie : 1981
L’idée : La réserve d’huile de roche indispensable à la potion magique est épuisée. Astérix et Obélix partent vers le Moyen-Orient pour en rapporter.
Le bon :
Uderzo retrouve ici une véritable structure de voyage. Le déplacement jusqu’au Proche-Orient, l’espionnage romain et les rencontres successives donnent à l’album un rythme très supérieur à beaucoup de ses œuvres suivantes.
Le mauvais :
Il manque toujours quelque chose dans les dialogues et dans la précision satirique. Les péripéties fonctionnent, mais elles ne génèrent pas cette densité de doubles sens qui transformait auparavant chaque page en terrain de jeu.
Anecdote :
L’album introduit Zérozérosix, espion directement inspiré de James Bond, preuve qu’Uderzo assume davantage qu’auparavant les références à la culture populaire contemporaine.
26. Astérix le Gaulois
Sortie : 1961
L’idée : Les Romains découvrent que la force du village vient d’une potion magique et enlèvent Panoramix afin d’en obtenir le secret.
Le bon :
Tout est déjà là, ou presque : Astérix, Obélix, Panoramix, César, les camps romains, la potion, les baffes. Et surtout cette merveilleuse idée d’un peuple minuscule capable de ridiculiser l’empire le plus puissant du monde.
Le mauvais :
Visuellement et narrativement, la série n’a pas encore trouvé sa forme définitive. Obélix reste secondaire, le village est peu développé et le dessin d’Uderzo évoluera énormément dès les albums suivants. C’est davantage une matrice qu’un sommet.
Anecdote :
L’histoire débute dans le premier numéro de Pilote le 29 octobre 1959 avant d’être réunie en album en 1961.
25. La Serpe d’or
Sortie : 1962
L’idée : Panoramix a besoin d’une nouvelle serpe d’or. Astérix et Obélix partent à Lutèce et découvrent un trafic organisé.
Le bon :
Le duo existe enfin vraiment. Obélix prend de l’épaisseur, les dialogues progressent et Goscinny commence à comprendre que le voyage peut surtout servir à regarder les contemporains à travers l’Antiquité.
Le mauvais :
La mécanique policière reste assez simple. L’album a énormément de charme mais semble encore chercher le ton parfait de la série.
Anecdote :
Cette première visite importante à Lutèce deviendra la matrice de nombreuses plaisanteries sur Paris et les Parisiens, un terrain auquel la série reviendra régulièrement, jusque dans L’Iris blanc.
24. Astérix et les Goths
Sortie : 1963
L’idée : Panoramix est enlevé par des Goths qui veulent utiliser sa potion pour envahir leurs voisins.
Le bon :
L’idée d’Astérix provoquant volontairement une succession de guerres civiles chez les Goths est délicieusement amorale. Goscinny commence à faire de la géopolitique une immense farce et Uderzo développe son art des foules et des batailles.
Le mauvais :
Les caricatures nationales sont encore très appuyées et l’album conserve quelque chose de plus brutal que les chefs-d’œuvre ultérieurs.
Anecdote :
C’est l’un des premiers albums où la rencontre d’un autre peuple devient le principal moteur comique, formule que la série perfectionnera ensuite avec les Bretons, les Hispaniques, les Corses ou les Belges.
23. Astérix aux Jeux olympiques
Sortie : 1968
L’idée : Les Gaulois découvrent qu’ils peuvent participer aux Jeux olympiques en tant que sujets de l’Empire romain et partent pour la Grèce.
Le bon :
La satire du sport, de la compétition et des règles est brillante. L’idée de neutraliser la potion magique en interdisant les produits améliorant les performances constitue surtout l’un des meilleurs moyens trouvés par Goscinny pour remettre Astérix et Obélix à égalité avec leurs adversaires.
Le mauvais :
Le récit est moins chaleureux que certains grands voyages. Sa mécanique est impeccable mais un peu froide, et les personnages secondaires sont moins mémorables.
Anecdote :
L’album paraît en 1968, année olympique, alors que la série est déjà devenue un phénomène éditorial considérable. La croissance spectaculaire des ventes d’Astérix s’était accélérée durant les années 1960.

22. Le Cadeau de César
Sortie : 1974
L’idée : Un légionnaire reçoit en cadeau le village d’Astérix et revend son titre de propriété à un aubergiste qui vient réclamer son dû.
Le bon :
Goscinny revient à ce qu’il sait faire de mieux : introduire un élément extérieur minuscule et regarder le village exploser. Le conflit autour d’une propriété absurde permet de faire surgir ambitions, jalousies et campagne électorale.
Le mauvais :
Il lui manque peut-être la folie des albums les plus féroces. La mécanique est très bonne, mais on reconnaît plusieurs recettes déjà utilisées ailleurs.
Anecdote :
Le livre détourne joyeusement l’idée des récompenses accordées aux anciens soldats romains et transforme un simple acte de propriété en crise politique gauloise.
21. Astérix en Lusitanie
Sortie : 2025
L’idée : Un Lusitanien demande l’aide des Gaulois pour sauver son ami Mavubès, producteur de garum accusé d’avoir voulu empoisonner César.
Le bon :
Fabcaro confirme qu’il comprend quelque chose d’essentiel : Astérix n’a pas besoin de devenir moderne, il doit parler du présent avec les outils du passé. La Lusitanie lui permet de jouer avec la mélancolie, l’hospitalité, la gastronomie et la fameuse saudade. Conrad, lui, est désormais totalement chez lui graphiquement.
Le mauvais :
Le problème est presque inverse de celui des premiers repreneurs : tout fonctionne, mais avec une prudence extrême. L’album sait très bien ce qu’est Astérix et semble parfois avoir peur de sortir de cette définition. On passe un excellent moment sans retrouver tout à fait le vertige des grands Goscinny.
Anecdote :
Cette 41e aventure, publiée le 23 octobre 2025, marque la deuxième collaboration de Fabcaro et Didier Conrad. Elle emmène pour la première fois les héros en Lusitanie, correspondant en grande partie au Portugal actuel. Le site officiel souligne notamment l’utilisation de la saudade comme ressort comique.
20. Le Tour de Gaule d’Astérix
Sortie : 1965
L’idée : Pour ridiculiser les Romains qui encerclent le village, Astérix et Obélix décident de parcourir toute la Gaule et d’en rapporter les spécialités régionales.
Le bon :
L’idée est géniale dans sa simplicité. Le voyage devient une déclaration d’identité construite autour de villes, d’accents, de nourritures et de clichés régionaux. Le duo Astérix-Obélix fonctionne désormais parfaitement.
Le mauvais :
Sa construction reste très épisodique. On passe d’une étape à l’autre avec plaisir, mais sans la sophistication narrative que Goscinny atteindra quelques années plus tard.
Anecdote :
C’est surtout l’album de la première apparition d’Idéfix, petit chien qui suit discrètement les héros avant qu’Obélix ne remarque sa présence.
19. La Grande Traversée
Sortie : 1975
L’idée : Une partie de pêche tourne mal et Astérix et Obélix dérivent jusqu’à une terre inconnue où vivent des peuples qu’ils prennent pour des Romains très étranges.
Le bon :
La rencontre entre Gaulois et Amérindiens permet à Goscinny de construire des malentendus délicieux. Le regard d’Obélix sur ce monde qu’il ne comprend pas fonctionne particulièrement bien.
Le mauvais :
La seconde partie de l’album est moins forte et la construction paraît un peu flottante. C’est une excellente aventure, mais moins dense que les sommets qui entourent chronologiquement sa publication.
Anecdote :
Le récit s’amuse bien sûr avec l’idée d’une découverte de l’Amérique quinze siècles avant Christophe Colomb, sans que ses héros comprennent réellement où ils ont débarqué.
18. Astérix en Hispanie
Sortie : 1969
L’idée : Les Gaulois doivent reconduire chez lui Pépé, fils insupportablement têtu d’un chef hispanique retenu en otage par César.
Le bon :
Pépé est une merveille de personnage secondaire. Son pouvoir n’est ni la force ni l’intelligence, mais la capacité à épuiser absolument tout le monde. L’Espagne offre également à Goscinny une quantité phénoménale de matière satirique.
Le mauvais :
Astérix et Obélix subissent davantage qu’ils ne dirigent l’histoire. C’est essentiellement Pépé qui fait l’album, ce qui peut rendre certaines séquences volontairement épuisantes.
Anecdote :
L’album participe pleinement à la tradition des voyages « touristiques » d’Astérix, dans lesquels les coutumes modernes d’un pays sont projetées avec deux mille ans d’avance dans l’Antiquité.
17. Astérix Gladiateur
Sortie : 1964
L’idée : Assurancetourix est offert à César. Astérix et Obélix partent à Rome pour le récupérer et se retrouvent inscrits parmi les gladiateurs.
Le bon :
La série prend son envol. Rome est magnifique, César devient vraiment César et les Gaulois découvrent qu’ils peuvent démolir non seulement des légionnaires, mais également tout le spectacle politique organisé autour d’eux. Les scènes d’entraînement des gladiateurs restent irrésistibles.
Le mauvais :
Quelques automatismes des premiers albums subsistent encore et la caractérisation du village reste moins riche qu’elle le deviendra.
Anecdote :
Les pirates apparaissent déjà dans cet album et deviendront l’un des running gags les plus célèbres de la série : rencontrer Astérix et Obélix en mer signifie presque systématiquement perdre son navire.

16. Astérix chez les Bretons
Sortie : 1966
L’idée : Astérix et Obélix traversent la Manche avec un tonneau de potion magique afin d’aider un village breton à résister aux Romains.
Le bon :
Tout l’art de Goscinny est là : créer une Angleterre antique qui possède déjà les habitudes de l’Angleterre moderne. L’eau chaude, la pause de cinq heures, la conduite à gauche, la syntaxe : l’album transforme chaque détail culturel en gag.
Le mauvais :
Son scénario reste finalement assez conventionnel. Ce sont moins les rebondissements qui font sa grandeur que la formidable accumulation d’observations comiques.
Anecdote :
Le langage des Bretons constitue l’une des trouvailles les plus célèbres de la série : plutôt que de leur donner seulement un accent, Goscinny joue sur la structure même des phrases françaises pour évoquer l’anglais.
15. Astérix et les Normands
Sortie : 1966
L’idée : Des Normands qui ignorent la peur débarquent en Gaule pour apprendre à la connaître, persuadés qu’elle permet littéralement de voler.
Le bon :
Un postulat absurde, développé avec une logique absolument implacable : voilà Goscinny au sommet de son art. Ajouter Goudurix, adolescent lutécien terrifié par tout, permet de créer le cobaye parfait.
Le mauvais :
Une fois la mécanique comprise, l’histoire devient assez prévisible. Mais quelle mécanique.
Anecdote :
L’album repose presque tout entier sur une expression prise au pied de la lettre : « la peur donne des ailes ». C’est exactement ce type de glissement linguistique qui fera la signature de Goscinny.
14. Astérix et le Chaudron
Sortie : 1969
L’idée : Astérix est chargé de garder un chaudron rempli de sesterces. L’argent disparaît et il est banni du village jusqu’à ce qu’il puisse rembourser la somme.
Le bon :
Excellente idée parce qu’elle retire momentanément à Astérix sa place naturelle. Pour retrouver son honneur, il doit gagner de l’argent — activité dans laquelle ni lui ni Obélix ne sont particulièrement doués. Théâtre, banque, combats, commerce : toutes leurs tentatives deviennent prétextes à satire.
Le mauvais :
Certains épisodes s’enchaînent presque comme des sketches. Le récit est moins ample que les chefs-d’œuvre de la même période.
Anecdote :
C’est l’un des rares albums à commencer par une véritable sanction contre Astérix : le héros irréprochable est publiquement exclu du village.
13. Astérix en Corse
Sortie : 1973
L’idée : Après avoir libéré un prisonnier corse, Astérix et Obélix le raccompagnent chez lui et découvrent une île où les clans, l’honneur et l’administration romaine vivent selon des règles très particulières.
Le bon :
Une mitraillette de dialogues. Les Corses de Goscinny possèdent une manière de parler, d’attendre et de considérer le monde qui suffit à faire rire avant même qu’un gag ne se produise. Ocatarinetabellatchitchix est immédiatement inoubliable.
Le mauvais :
Le récit lui-même sert essentiellement de prétexte à la galerie de portraits. Et plusieurs caricatures seraient probablement écrites autrement aujourd’hui.
Anecdote :
Avant le départ pour la Corse, l’album réunit au village une quantité exceptionnelle de personnages rencontrés dans les aventures précédentes, donnant à son ouverture des airs de réunion de famille.

12. L’Iris blanc
Sortie : 2023
L’idée : César envoie Vicévertus diffuser une méthode de pensée positive destinée à calmer les légionnaires. Mais ses préceptes commencent également à transformer le village gaulois.
Le bon :
La surprise de la reprise moderne. Fabcaro comprend immédiatement qu’un bon Astérix repose moins sur la référence que sur le langage. Développement personnel, bienveillance obligatoire, éléments de langage, alimentation minimaliste, mobilité urbaine : tout passe par le filtre antique sans jamais totalement casser l’illusion. Surtout, Vicévertus est enfin un adversaire qui ne cherche pas à vaincre les Gaulois par la force, mais à leur retirer l’envie de se battre.
Le mauvais :
La partie lutécienne est un peu moins brillante que l’installation au village et la conclusion retombe dans une mécanique plus traditionnelle.
Anecdote :
Paru le 26 octobre 2023, L’Iris blanc est le premier Astérix scénarisé par Fabcaro. Le site officiel explique que l’auteur voulait retrouver la tradition des titres incarnant le thème de l’album dans un objet ou une personne, comme Le Chaudron, Le Devin ou Le Bouclier arverne.
11. Le Combat des chefs
Sortie : 1966
L’idée : Les Romains profitent d’une vieille coutume gauloise permettant à un chef d’en défier un autre. Mais Panoramix perd la mémoire au pire moment possible.
Le bon :
C’est l’une des premières grandes machines narratives de la série. Chaque élément nourrit le suivant : le menhir, l’amnésie, la potion impossible à refaire, le défi d’Abraracourcix. Rien n’est gratuit. Et la fragilité soudaine du village crée un suspense inhabituel.
Le mauvais :
Les personnages secondaires n’ont pas encore tous atteint la richesse qu’ils posséderont quelques années plus tard.
Anecdote :
L’album a retrouvé une actualité particulière avec l’adaptation animée d’Alain Chabat, Astérix & Obélix : Le Combat des Chefs, diffusée en 2025. Le site officiel la répertorie parmi les adaptations animées de l’univers.

10. Astérix chez les Belges
Sortie : 1979
L’idée : Après avoir entendu César affirmer que les Belges sont « les plus braves de tous les peuples de la Gaule », Abraracourcix part immédiatement démontrer le contraire.
Le bon :
Une merveille de susceptibilité nationale. Toute l’aventure naît d’une phrase que le chef aurait parfaitement pu ignorer. Les Belges sont formidables, les repas sont gigantesques et la compétition entre alliés atteint des sommets d’absurdité.
Le mauvais :
Le contexte de sa création donne forcément à cet album une couleur particulière. Il est très drôle, mais difficile à relire sans penser à la fin brutale du duo qui l’a créé.
Anecdote :
C’est la dernière aventure scénarisée par René Goscinny. Sa mort en novembre 1977 survient alors que l’album est encore en cours de réalisation ; il paraît finalement en album en 1979. La série entre ensuite dans l’ère Uderzo seul.

9. Astérix légionnaire
Sortie : 1967
L’idée : Pour retrouver Tragicomix, fiancé de Falbala enrôlé de force, Astérix et Obélix s’engagent eux-mêmes dans l’armée romaine.
Le bon :
Peut-être l’album le plus drôle sur l’armée jamais produit par la série. Astérix et Obélix ne cherchent même pas à saboter la légion : ils essaient sincèrement de suivre les règles, ce qui est infiniment plus destructeur. Le groupe de recrues internationales est exceptionnel.
Le mauvais :
La quête de Tragicomix disparaît presque derrière les séquences militaires. Mais difficile de s’en plaindre tant celles-ci sont réussies.
Anecdote :
C’est aussi l’album qui installe véritablement Falbala comme l’une des figures les plus connues de l’univers et révèle l’effet spectaculaire qu’elle produit sur Obélix.
8. Le Bouclier arverne
Sortie : 1968
L’idée : César veut exhiber le bouclier de Vercingétorix comme symbole de sa victoire. Problème : personne ne sait où il se trouve.
Le bon :
Extraordinaire manière de faire rire avec une défaite historique française. Goscinny ne nie jamais Alésia : il transforme au contraire le traumatisme en gigantesque non-dit collectif. Pendant ce temps, Abraracourcix suit une cure thermale qui fournit une seconde satire tout aussi réussie.
Le mauvais :
Les deux intrigues semblent d’abord presque indépendantes et mettent un peu de temps à se rejoindre.
Anecdote :
Le souvenir de Vercingétorix reste suffisamment important dans l’univers pour réapparaître des décennies plus tard, notamment au cœur de La Fille de Vercingétorix et, indirectement, dans les références historiques d’Astérix en Lusitanie.
7. Astérix chez les Helvètes
Sortie : 1970
L’idée : Un questeur romain empoisonné doit obtenir une fleur d’edelweiss pour survivre. Astérix et Obélix partent la chercher en Helvétie.
Le bon :
Goscinny transforme la Suisse en gigantesque mécanisme de précision : banques, propreté, horaires, fromage, neutralité, montagnes et pendules. La séquence de l’orgie romaine, avec un Obélix qui ne comprend absolument pas les conventions de la décadence, est fabuleuse.
Le mauvais :
L’intrigue elle-même reste très simple. Mais c’est précisément ce qui permet aux personnages et aux situations de prendre toute la place.
Anecdote :
Comme souvent chez Astérix, le pays visité est beaucoup plus proche du XXe siècle que de l’Antiquité : l’Helvétie sert avant tout de miroir burlesque à la Suisse contemporaine des auteurs.
6. Les Lauriers de César
Sortie : 1972
L’idée : Ivre chez son beau-frère Homéopatix, Abraracourcix promet qu’il lui servira un ragoût assaisonné avec les lauriers de la couronne de César. Astérix et Obélix doivent donc les voler.
Le bon :
Peut-être le scénario le plus délicieusement absurde de Goscinny. Tout part d’une vantardise alcoolisée absolument inutile. Pour approcher César, les héros tentent ensuite de se faire vendre comme esclaves, échouent à être condamnés et finissent par presque supplier la justice romaine de les punir. La logique est renversée à chaque étape.
Le mauvais :
Ce n’est pas une aventure épique et certains lecteurs peuvent lui préférer les voyages plus spectaculaires. Mais en matière de comédie pure, c’est quasiment parfait.
Anecdote :
Homéopatix, beau-frère parisien d’Abraracourcix, suffit à provoquer toute l’histoire sans même quitter longtemps sa salle à manger : une démonstration parfaite de la capacité de Goscinny à fabriquer 44 pages à partir d’une rivalité familiale.
5. Astérix et Cléopâtre
Sortie : 1965
L’idée : Pour prouver à César que son peuple n’est pas décadent, Cléopâtre parie qu’un palais magnifique pourra être construit en trois mois. Numérobis appelle Panoramix à l’aide.
Le bon :
C’est peut-être le premier album où absolument tout Astérix fonctionne simultanément. Le voyage, les personnages historiques, le chantier, les Romains, les pirates, Numérobis, Amonbofis, le sphinx, les crocodiles : l’album regorge d’idées sans jamais paraître encombré. Cléopâtre elle-même est un personnage immense, capable de tenir tête à César sans cesser d’être drôle.
Le mauvais :
Seulement quelques traces de la jeunesse de la série dans le dessin et le rythme. Pour le reste, le classique est déjà là.
Anecdote :
L’album est devenu tellement emblématique qu’il a connu plusieurs adaptations, dont le dessin animé de 1968 et, bien plus tard, Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat.

4. Le Domaine des dieux
Sortie : 1971
L’idée : Puisqu’il est impossible de vaincre le village par les armes, César décide de l’encercler de résidences romaines luxueuses afin de l’assimiler progressivement.
Le bon :
Une idée d’une modernité extraordinaire. César comprend que la conquête économique et culturelle peut réussir là où les légions échouent. Immobilier, spéculation, publicité, consommation, tourisme, hausse des prix : le village commence à se transformer sans qu’un seul Romain ait besoin de l’attaquer. Goscinny raconte la gentrification avant que le mot ne devienne omniprésent.
Le mauvais :
Presque rien. Peut-être une conclusion un peu plus classique que ce qui précède.
Anecdote :
La force du concept explique qu’Alexandre Astier et Louis Clichy aient choisi précisément cet album pour le premier long métrage Astérix réalisé entièrement en animation 3D, sorti en 2014.
3. Le Devin
Sortie : 1972
L’idée : Profitant de l’absence de Panoramix, un faux devin s’installe près du village et découvre qu’il est très facile de contrôler les habitants en leur annonçant ce qu’ils veulent entendre.
Le bon :
D’une cruauté magnifique. Il n’y a presque besoin ni de César ni de potion pour mettre le village en danger : quelques prédictions vagues et la crédulité collective suffisent. Goscinny démonte les mécanismes de la superstition, de la manipulation et du désir de croire avec une précision qui n’a pratiquement pas vieilli.
Le mauvais :
Astérix comprend très vite la supercherie, ce qui réduit une partie du suspense. Mais le vrai sujet n’est pas de savoir si le devin ment : c’est de regarder tout le monde vouloir le croire.
Anecdote :
L’album fait partie des grands récits « au village », ceux qui prouvent qu’Astérix n’a besoin d’aucun voyage exotique pour fonctionner. Une simple perturbation introduite dans la communauté suffit à tout faire exploser.
2. Obélix et Compagnie
Sortie : 1976
L’idée : Un jeune Romain propose à César une nouvelle manière de vaincre les Gaulois : acheter tous les menhirs d’Obélix, le rendre riche et introduire dans le village les mécanismes de l’économie de marché.
Le bon :
C’est d’une intelligence presque insolente. Obélix devient chef d’entreprise, embauche des ouvriers, abandonne la chasse au sanglier, s’habille autrement et découvre les signes extérieurs de richesse. Pendant ce temps, Rome doit inventer artificiellement une demande pour des milliers de menhirs dont personne n’a besoin. Marketing, croissance, concurrence, surproduction, publicité, inflation : tout y passe.
Et jamais l’album ne ressemble à un cours d’économie. Tout reste incroyablement drôle.
Le mauvais :
Astérix se retrouve volontairement un peu en retrait et l’album est moins aventureux que d’autres. Mais ce serait presque lui reprocher d’être exactement ce qu’il veut être.
Anecdote :
Paru en 1976, l’album arrive à la toute fin de la période Goscinny et constitue probablement l’une de ses satires sociales les plus directement contemporaines.
1. La Zizanie
Sortie : 1970
L’idée : Après avoir échoué à vaincre les Gaulois par la force, César envoie Tullius Détritus, un homme possédant un talent extraordinaire : dresser les gens les uns contre les autres.
Le bon :
Voilà peut-être Astérix dans sa forme parfaite.
Détritus n’est pas fort. Il n’a aucune potion, aucune armée particulière, aucun pouvoir. Il parle. Il suggère. Il félicite Astérix devant les mauvaises personnes, offre un vase au mauvais moment, provoque un regard, puis laisse la méfiance accomplir le reste.
Et le village s’effondre.
Goscinny comprend parfaitement que la véritable faiblesse des irréductibles Gaulois n’a jamais été militaire. Elle est humaine : jalousie, orgueil, susceptibilité, besoin de reconnaissance. Tout ce qui faisait rire depuis quinze albums devient soudain une arme contre eux. Uderzo accompagne cette idée par une utilisation extraordinaire des expressions, des regards et même des couleurs.
Le mauvais :
On cherche. Il n’y a pas le grand dépaysement de Cléopâtre, ni le voyage des Bretons, ni l’ambition économique d’Obélix et Compagnie. Mais comme synthèse de ce qu’est Astérix, difficile de faire mieux.
Anecdote :
Tullius Détritus appartient à cette poignée d’adversaires ayant compris que frapper les Gaulois ne sert strictement à rien. Comme dans Le Domaine des dieux ou Le Devin, la menace vient de l’intérieur. Et c’est précisément lorsque le village commence à se comporter comme son propre ennemi qu’Astérix devient le plus passionnant.

Ceux qui auraient également pu entrer dans le top 5
Classer Astérix impose forcément quelques injustices. Les Lauriers de César pourrait être considéré comme le sommet comique de Goscinny. Astérix chez les Helvètes est probablement l’un des voyages les plus riches en gags. Le Bouclier arverne réalise un équilibre remarquable entre Histoire et humour. Astérix légionnaire possède peut-être les meilleures scènes de groupe de toute la collection. Quant au Combat des chefs, il est l’un des albums où la mécanique d’aventure fonctionne le plus parfaitement.
Et puis il y a L’Iris blanc. Le placer douzième seulement peut sembler sévère, mais sa réussite est importante : après plusieurs albums de reprise très respectueux, Fabcaro a retrouvé quelque chose de la vieille méthode Goscinny, celle qui consiste à partir d’un travers très contemporain et à le faire entrer naturellement dans le village. Publié en 2023 avec Didier Conrad au dessin, il a inauguré une nouvelle période poursuivie en 2025 avec Astérix en Lusitanie.
Goscinny, Uderzo et l’impossible succession
Ce classement fait apparaître une frontière assez nette, mais elle ne signifie pas qu’Albert Uderzo était incapable d’écrire Astérix. Le Grand Fossé ou L’Odyssée d’Astérix montrent au contraire qu’il pouvait construire de solides aventures. Seulement, le tandem originel reposait sur une alchimie presque impossible à reproduire : Uderzo transformait le texte en spectacle tandis que Goscinny construisait sous chaque gag plusieurs niveaux de lecture.
Les enfants voient Obélix frapper des Romains. Les adultes voient la publicité, l’administration, la spéculation immobilière, la politique, le tourisme de masse, les rivalités nationales ou les absurdités militaires. Et les deux publics rient souvent exactement devant la même case.
Après la disparition de Goscinny en 1977, Uderzo poursuit seul la série à partir de 1980. Puis une troisième période commence en 2013 avec Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin. Fabcaro succède à Ferri en 2023 et signe depuis les scénarios de L’Iris blanc et Astérix en Lusitanie.


