Arsène Lupin contre Sherlock Holmes — Tome 1
Arsène Lupin contre Sherlock Holmes – Première partie
Éditeur : Bamboo, collection Grand Angle
Sortie originale : 29 juin 2022
Réunir Arsène Lupin et Sherlock Holmes dans une même aventure, c’est confronter deux conceptions du génie. D’un côté, le gentleman cambrioleur français, charmeur, insolent et passé maître dans l’art de la mystification. De l’autre, le détective britannique, méthodique et convaincu que toute énigme possède une solution rationnelle. Avec cette adaptation de l’œuvre de Maurice Leblanc, Jérôme Félix et Alain Janolle exploitent une opposition particulièrement séduisante, même si cette première partie prend surtout le temps d’installer les règles d’un affrontement qui ne fait que commencer.
Deux personnages que tout oppose
L’intérêt de cette rencontre tient évidemment à la personnalité des deux protagonistes. Arsène Lupin et Sherlock Holmes partagent une intelligence exceptionnelle, une confiance presque insolente dans leurs capacités et un goût certain pour les défis. Mais leur manière d’aborder les situations ne pourrait être plus différente.
Lupin privilégie l’improvisation, les déguisements et les manipulations. Il cherche autant à réussir ses coups qu’à démontrer sa supériorité sur ceux qui tentent de l’arrêter. Holmes, au contraire, s’appuie sur l’observation, la logique et une méthode qui lui permet de déceler ce que les autres ne voient pas.
Cette opposition fonctionne d’autant mieux que les deux hommes possèdent également un ego considérable. Leur confrontation devient donc rapidement une affaire personnelle, chacun refusant d’admettre qu’il pourrait exister un adversaire capable de lui tenir tête.
Un jeu de dupes particulièrement réjouissant
Plutôt que de construire une simple enquête policière, le récit repose sur une succession de mystifications, de pièges et de retournements de situation. Chaque personnage cherche à conserver un temps d’avance, quitte à laisser volontairement son adversaire croire qu’il a remporté une première victoire.
C’est précisément ce qui fait le charme de l’univers de Maurice Leblanc. Lupin ne se contente pas de voler : il transforme ses aventures en spectacles, joue avec les attentes de ses poursuivants et prend un plaisir évident à ridiculiser ceux qui se croient plus malins que lui.
Face à un détective de la réputation de Holmes, cette mécanique prend une dimension supplémentaire. Le lecteur n’assiste plus seulement à une poursuite entre un voleur et un enquêteur, mais à un véritable duel intellectuel où chaque détail peut devenir important.
Une adaptation qui conserve l’esprit du feuilleton
Jérôme Félix retrouve les principaux ingrédients du roman populaire : mystères, rebondissements, situations improbables et personnages toujours susceptibles de dissimuler leurs véritables intentions.
Le récit avance dans un esprit de feuilleton, avec des révélations destinées à relancer régulièrement l’intérêt. Cette construction convient bien à l’univers de Lupin, dont les aventures reposent souvent sur des apparences trompeuses et des explications qui viennent bouleverser ce que l’on croyait avoir compris.
La principale limite tient au découpage de l’histoire. Cette première partie doit installer les protagonistes, présenter les enjeux et préparer les confrontations à venir. L’album possède donc davantage la saveur d’une ouverture prometteuse que celle d’une aventure totalement aboutie.
Un Sherlock Holmes vu à travers l’univers de Lupin
Il faut également rappeler que cette rencontre appartient avant tout à l’univers imaginé par Maurice Leblanc. Le détective britannique n’est pas ici le personnage central d’une aventure de Conan Doyle : il devient l’adversaire prestigieux auquel Lupin doit se mesurer.
Cette différence de perspective est importante. Le récit privilégie naturellement le panache du gentleman cambrioleur et sa capacité à transformer les situations les plus dangereuses en démonstrations d’intelligence.
Holmes conserve son prestige, mais sa présence sert aussi à révéler les qualités et les défauts de Lupin. Leur rivalité repose autant sur leurs compétences respectives que sur leur incapacité à supporter l’idée d’être surpassés.
Alain Janolle retrouve l’élégance de la Belle Époque
Le dessin d’Alain Janolle accompagne efficacement cette aventure historique. Son trait précis et relativement réaliste permet de restituer l’atmosphère de la Belle Époque, avec ses costumes élégants, ses intérieurs bourgeois et ses décors qui participent pleinement au charme de l’histoire.
La mise en scène privilégie généralement la lisibilité. Les personnages restent facilement identifiables et les échanges occupent une place importante, ce qui convient particulièrement bien à un récit fondé sur les dialogues, les observations et les manipulations.
Les couleurs de Delf renforcent cette ambiance classique. L’ensemble possède une élégance certaine, même si quelques séquences auraient gagné à bénéficier d’une mise en scène plus dynamique. Le dessin sert avant tout l’efficacité de la narration plutôt que la recherche d’effets spectaculaires.
Une confrontation qui doit encore tenir ses promesses
Cette première partie réussit surtout à installer le plaisir de voir deux personnages aussi célèbres évoluer dans une même histoire. Leurs différences sont suffisamment fortes pour nourrir une rivalité passionnante et les mécanismes du récit permettent de multiplier les situations ambiguës.
Il manque néanmoins encore le sentiment d’avoir assisté à un affrontement pleinement développé. Le découpage impose d’attendre la suite pour mesurer la portée réelle des pièges et des stratégies mis en place.
Cela ne constitue pas nécessairement un défaut majeur, mais il faut aborder cet album comme le début d’une aventure en plusieurs parties plutôt que comme un récit indépendant.
En résumé
Arsène Lupin contre Sherlock Holmes réussit une entrée en matière séduisante en confrontant deux personnages mythiques de la littérature policière. Le scénario exploite efficacement leurs différences et retrouve le goût des mystifications propre à Maurice Leblanc, tandis que le dessin d’Alain Janolle restitue avec élégance l’atmosphère de la Belle Époque. Une première partie agréable, même si le véritable affrontement doit encore prendre toute son ampleur.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.


