Astérix — Tome 3
Astérix et les Goths
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 janvier 1963
Publié en 1963, Astérix et les Goths entraîne pour la première fois Astérix et Obélix au-delà des frontières de la Gaule. Plus ambitieux que les deux albums précédents, ce troisième tome affirme l’identité de la série, même si sa caricature des peuples germaniques paraît aujourd’hui particulièrement appuyée.
Le premier grand voyage d’Astérix
Panoramix se rend dans la forêt des Carnutes pour participer à la réunion annuelle des druides gaulois. Son talent attire l’attention d’un groupe de Goths qui décide de l’enlever afin d’utiliser sa potion magique pour envahir la Gaule et l’Empire romain.
Astérix et Obélix partent alors en Germanie pour délivrer leur ami. Ce voyage marque une étape importante : le village gaulois n’est plus le seul terrain de jeu de Goscinny et Uderzo. La série découvre une formule qui deviendra essentielle, celle de la visite d’un peuple étranger entièrement transformé en caricature nationale.
Un univers qui trouve progressivement son identité
La complicité entre Astérix et Obélix occupe désormais une place beaucoup plus importante que dans Astérix le Gaulois. Leurs caractères s’affirment : Astérix organise la mission tandis qu’Obélix privilégie la force et se réjouit de chaque occasion de combattre.
Panoramix gagne également en importance. Son enlèvement sert de moteur au récit, mais son intelligence lui permet de conserver une influence sur les événements même lorsqu’il est prisonnier.
Plusieurs éléments durables apparaissent, notamment la forêt des Carnutes et la cabane surélevée d’Assurancetourix. L’univers reste encore en construction, mais il commence réellement à ressembler à celui des grands albums suivants.
Une satire politique très directe
Les Goths sont représentés comme un peuple militarisé, autoritaire et obsédé par la conquête. Leurs casques, leurs moustaches et leur manière de marcher évoquent ouvertement l’Allemagne contemporaine des auteurs.
Publié moins de vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et pendant la division de l’Allemagne, l’album porte fortement la trace de son contexte. Goscinny imagine un territoire où chaque chef rêve de renverser le précédent pour devenir dictateur à son tour.
La « guerre astérixienne » déclenchée par les Gaulois constitue l’idée la plus mordante du scénario. En donnant successivement la potion magique à plusieurs prétendants au pouvoir, Astérix provoque une succession de conflits internes qui détourne durablement les Goths de leurs projets d’invasion.
Des caricatures qui ont vieilli
Comme souvent dans Astérix, l’humour repose sur l’accumulation de stéréotypes. Les Goths parlent dans des bulles écrites en caractères gothiques et possèdent presque tous une apparence militaire menaçante.
La caricature reste lisible et cohérente avec l’esprit de la série, qui appliquera ensuite le même principe aux Bretons, aux Corses ou aux Belges. Elle manque toutefois ici de nuance : les Goths sont presque exclusivement présentés comme brutaux, belliqueux et soumis à des chefs autoritaires.
Le contexte d’après-guerre permet de comprendre cette représentation sans la rendre totalement intemporelle. L’album reste drôle, mais son portrait collectif paraît plus lourd que les satires nationales proposées ultérieurement par Goscinny.
Un scénario inventif mais déséquilibré
La première moitié de l’album fonctionne efficacement grâce au concours des druides, à l’enlèvement de Panoramix et au voyage vers la Germanie. L’intrigue avance rapidement et propose plusieurs situations mémorables.
La seconde partie devient plus chaotique. Les Goths auxquels Panoramix distribue la potion se succèdent, chacun tentant de prendre le pouvoir avant d’affronter un nouveau rival. Le principe est amusant, mais sa répétition ralentit la conclusion.
Le scénario possède donc de très bonnes idées sans atteindre encore la précision des futurs chefs-d’œuvre de la série. Goscinny expérimente une formule dont il apprendra rapidement à mieux maîtriser le rythme.
Le dessin d’Uderzo poursuit son évolution
Le trait d’Albert Uderzo paraît déjà plus assuré que dans le premier album. Astérix et Obélix se rapprochent progressivement de leur apparence définitive, tandis que les scènes de foule et de bataille gagnent en dynamisme.
Les personnages goths reposent sur des silhouettes très anguleuses qui contrastent efficacement avec les formes plus rondes des Gaulois. Cette opposition visuelle rend immédiatement compréhensible la séparation entre les peuples.
Certaines expressions restent encore assez rigides et les décors moins riches que dans les albums suivants. Le dessin possède néanmoins une énergie comique parfaitement adaptée au récit.
En résumé
Astérix et les Goths est un album important dans la construction de la série. Le premier voyage à l’étranger, la complicité grandissante entre Astérix et Obélix et la satire des ambitions politiques annoncent les grandes aventures à venir. Le scénario devient répétitif dans sa dernière partie et la caricature des peuples germaniques paraît aujourd’hui très lourde, mais l’humour et l’inventivité de Goscinny restent efficaces. Un bon album de jeunesse, encore imparfait mais déjà très reconnaissable.
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