MiklMayer.fr

Le Bouclier arverne

Couverture de Le Bouclier arverne

Astérix — Tome 11

Le Bouclier arverne

René Goscinny et Albert Uderzo

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 janvier 1968

5/5

Publié en 1968, Le Bouclier arverne utilise la recherche du bouclier de Vercingétorix pour confronter César à un souvenir qu’il préférerait contrôler. Derrière une enquête très efficace, Goscinny et Uderzo proposent une satire de la mémoire historique, du pouvoir et des contradictions françaises.

Une enquête parfaitement construite

Le scénario prend la forme d’une enquête autour d’un objet disparu. Son passage entre plusieurs propriétaires permet à Astérix et Obélix de rencontrer différents témoins sans donner l’impression d’une succession artificielle de sketches.

Chaque nouvelle piste enrichit la comédie tout en rapprochant les héros de la solution. Goscinny laisse également plusieurs indices visibles sans rendre le dénouement trop évident.

Cette mécanique donne à l’album une grande fluidité. L’aventure reste simple, mais sa construction est beaucoup plus précise que celle des premiers voyages de la série.

Le poids très français de l’Histoire

Le gag récurrent autour d’Alésia constitue l’une des grandes réussites de l’album. Chaque Arverne affirme ignorer où se trouve le lieu de la défaite de Vercingétorix, comme si le simple fait de ne pas le nommer permettait de l’effacer.

Goscinny se moque ainsi de la manière dont un pays choisit les événements qu’il souhaite célébrer. Gergovie, victoire gauloise, reste un motif de fierté, tandis qu’Alésia devient un souvenir embarrassant.

Cette réflexion donne au récit une profondeur inhabituelle. Le bouclier ne possède pas seulement une valeur historique : il représente la possibilité de reprendre le contrôle d’un symbole utilisé par César.

César prisonnier de sa propre propagande

César veut organiser une cérémonie en Arvernie afin d’affirmer définitivement sa victoire. Il apparaît moins comme un chef militaire que comme un dirigeant obsédé par son image et la mise en scène de son pouvoir.

Le scénario montre toutefois les limites de cette propagande. Les Romains peuvent occuper le territoire, mais ils ne contrôlent ni la mémoire des habitants ni la signification du bouclier.

Goscinny renverse ainsi discrètement le récit historique. La défaite de Vercingétorix devient le point de départ d’une humiliation symbolique pour César, tandis que les Gaulois transforment leur passé en instrument de résistance.

Abraracourcix gagne en importance

La cure imposée à Abraracourcix offre au chef du village l’un de ses premiers rôles vraiment importants. Son goût pour les banquets et son incapacité à respecter un régime alimentent une satire toujours actuelle des séjours thermaux et des bonnes résolutions.

Son apparence imposante devient un ressort comique, mais le personnage conserve sa dignité. Goscinny ne le réduit pas à son poids : Abraracourcix demeure fier de son rang et profondément attaché à l’histoire gauloise.

Astérix et Obélix restent les moteurs de l’enquête, mais la présence du chef donne au dénouement une force symbolique qu’ils n’auraient pas pu porter seuls.

Une Arvernie pleine de caractère

Goscinny invente une identité régionale fondée sur l’accent, la gastronomie, le thermalisme et une certaine obstination. Les habitants parlent en transformant les « s » en « ch », créant des dialogues immédiatement reconnaissables.

La caricature reste chaleureuse et ne se limite pas à un seul défaut. Les Arvernes apparaissent commerçants, accueillants et capables d’une remarquable solidarité dès que leur histoire est menacée.

Certains jeux sur l’accent sont beaucoup répétés, mais l’ensemble conserve une efficacité comparable à celle d’Astérix chez les Bretons. La région devient un véritable personnage plutôt qu’un simple décor.

Uderzo au sommet de son efficacité

Le dessin oppose habilement les silhouettes amaigries des curistes à celles d’Abraracourcix et d’Obélix. Les expressions de frustration devant les régimes comptent parmi les meilleurs gags visuels de l’album.

Uderzo donne également une forte identité à l’Auvergne grâce aux reliefs, aux établissements thermaux et aux commerces de Nemessos. Les décors sont suffisamment précis pour installer la région sans ralentir la lecture.

Les scènes collectives restent très lisibles et la mise en scène du dénouement possède une ampleur remarquable. Le dessin accompagne parfaitement le passage progressif de la comédie à la célébration gauloise.

En résumé

Le Bouclier arverne est l’un des albums les plus intelligents de Goscinny et Uderzo. Son enquête parfaitement maîtrisée sert une réflexion drôle et subtile sur la mémoire historique, la propagande et la fierté nationale. La cure d’Abraracourcix, l’accent arverne et le tabou entourant Alésia apportent un humour constant, parfois légèrement répétitif. Une aventure très complète, capable de transformer une ancienne défaite gauloise en victoire symbolique.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR