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Bécassine et le Trésor viking

Affiche de Bécassine et le Trésor viking

Bécassine et le Trésor viking

Réalisation : Philippe Vidal

Voix VF : Muriel Robin, Zabou Breitman, Kelly Marot

Production / distribution : Ellipse Animation

Durée : 1 h 25

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 12 décembre 2001

2/5

En 2001, Bécassine devient pour la première fois l’héroïne d’un long métrage d’animation avec Bécassine et le Trésor viking, réalisé par Philippe Vidal. Muriel Robin prête sa voix à la célèbre Bretonne, tandis que le scénario imagine une aventure originale qui entraîne Bécassine et Charlotte de Paris jusqu’en Laponie. L’idée d’utiliser l’animation pour retrouver l’univers graphique de la BD semblait idéale. Le résultat est malheureusement beaucoup plus quelconque : coloré et mouvementé, le film peine à retrouver la personnalité visuelle et surtout le charme particulier du personnage créé par Pinchon.

Une vraie continuation de l’univers de Bécassine

Le film fait un choix assez intéressant : plutôt que de recommencer l’histoire du personnage, il imagine que le temps a passé. Loulotte est désormais adulte, mariée au photographe Edmond et mère d’une petite Charlotte. Lorsque ses parents doivent s’absenter, Bécassine vient naturellement s’occuper de l’enfant.

Cette idée permet de conserver un lien avec les albums tout en donnant à Bécassine une nouvelle petite protégée. Très vite, la simple garde d’enfant se transforme évidemment en aventure beaucoup plus mouvementée, avec disparition, trésor, malfaiteurs et voyage à travers plusieurs pays.

Sur le papier, tout est réuni pour construire une véritable aventure cinématographique. Peut-être même un peu trop.

De Paris à la Laponie : le film veut constamment repartir ailleurs

Paris, Marseille, Ibiza, la Laponie… Le Trésor viking ne tient jamais très longtemps en place. Cette succession de destinations apporte de la variété et évite au film de devenir visuellement monotone, mais elle donne aussi au scénario une curieuse impression de dispersion.

Les péripéties s’accumulent à un rythme soutenu. On ajoute un personnage, un danger, une destination, puis une nouvelle complication avant de repartir ailleurs. Le film bouge énormément sans toujours donner l’impression que son histoire progresse avec la même efficacité.

Le problème n’est donc pas vraiment le manque d’action. C’est presque l’inverse : Bécassine voyage beaucoup, mais le scénario ne sait pas toujours quoi faire de tout ce qu’il rencontre en chemin.

Muriel Robin donne beaucoup à Bécassine

Le choix de Muriel Robin constitue en revanche une bonne idée. Sa voix immédiatement reconnaissable apporte au personnage une énergie et une chaleur qui compensent régulièrement les faiblesses de l’écriture.

Elle ne transforme pas Bécassine en simple idiote. On retrouve sa naïveté, ses incompréhensions et sa maladresse, mais également sa générosité et cette capacité à traverser les situations les plus improbables avec une forme d’optimisme inépuisable.

La relation avec Charlotte fonctionne d’ailleurs plutôt bien. Bécassine retrouve naturellement sa fonction de protectrice et le film comprend que son attachement aux enfants constitue une part importante du personnage.

Muriel Robin parvient ainsi à lui donner une vraie présence alors même que l’animation ne l’aide pas toujours.

Un dessin animé qui s’éloigne beaucoup de Pinchon

C’est probablement le choix le plus discutable du film. Pour une adaptation animée de Bécassine, on pouvait espérer que le passage au dessin animé permette justement de conserver la personnalité graphique des albums.

Philippe Vidal et son équipe choisissent au contraire une modernisation importante. Les formes deviennent plus rondes, les personnages plus proches des standards de l’animation jeunesse du début des années 2000 et Bécassine elle-même perd une partie de la singularité de la silhouette imaginée par Pinchon.

Le problème avait d’ailleurs été relevé dès la sortie du film : Le Monde reprochait notamment au personnage de perdre son authenticité visuelle dans cette transposition.

L’animation reste lisible et colorée, mais elle manque d’une véritable signature. On reconnaît Bécassine grâce à son costume davantage qu’on ne reconnaît immédiatement le dessin de Bécassine.

Pour une adaptation d’une BD dont l’identité graphique est aussi ancienne et identifiable, c’est une occasion manquée.

Une aventure très orientée vers les enfants

Le film assume clairement son jeune public. Les méchants sont immédiatement identifiables, les situations dangereuses restent suffisamment légères et les nombreux déplacements entretiennent constamment l’aventure.

Ce choix n’a évidemment rien de problématique en lui-même : Bécassine appartient historiquement à la littérature et à la bande dessinée jeunesse. Mais le scénario offre assez peu de deuxième niveau de lecture pour maintenir constamment l’intérêt d’un public adulte.

Les caricatures culturelles rencontrées pendant le voyage sont également très appuyées. Accents, comportements et représentations locales participent d’un humour particulièrement daté aujourd’hui.

L’ensemble ressemble ainsi davantage à un dessin animé familial typique de son époque qu’à une véritable tentative de retrouver ce qui rendait Bécassine singulière.

Un mystère finalement trop encombré

Le trésor viking aurait pourtant pu fournir une excellente base. Bécassine plongée malgré elle dans une intrigue d’aventure possède quelque chose d’assez amusant : son innocence peut constamment entrer en collision avec les plans beaucoup plus compliqués des personnages qui l’entourent.

Mais le scénario multiplie tellement les fils narratifs qu’il perd progressivement cette simplicité. Les personnages se croisent, se poursuivent et voyagent pendant que plusieurs intrigues avancent parallèlement. Même pour un film destiné aux enfants, la narration peut devenir inutilement chargée.

On finit donc par suivre l’action davantage pour découvrir la prochaine péripétie que parce que le mystère du trésor serait réellement passionnant.

Et c’est dommage, car Bécassine fonctionne justement très bien lorsque sa logique extrêmement simple se retrouve confrontée à une situation beaucoup trop compliquée pour elle.

Une curiosité plus qu’un classique oublié

Bécassine et le Trésor viking possède suffisamment de qualités pour ne pas être désagréable. Muriel Robin fonctionne très bien, le film ne manque jamais d’énergie et son voyage permanent lui donne une certaine générosité.

Mais il manque ce petit quelque chose qui aurait pu en faire une adaptation réellement marquante.

L’identité graphique de Pinchon est diluée, l’intrigue s’éparpille et l’humour reste très enfantin. Même lors de sa sortie, l’accueil critique était loin d’être unanime : si certaines critiques appréciaient son caractère de divertissement familial, Le Monde se montrait particulièrement sévère envers son scénario et ses choix esthétiques.

Le film ressemble finalement à beaucoup de productions animées françaises de cette période alors que Bécassine, elle, ne ressemble à personne.

En résumé

Bécassine et le Trésor viking avait une excellente occasion de profiter de l’animation pour retrouver pleinement l’univers graphique de la BD. Il préfère moderniser son héroïne et l’entraîner dans une aventure internationale très mouvementée, mais aussi beaucoup trop dispersée.

Muriel Robin apporte énormément de sympathie au personnage et quelques passages restent amusants, notamment dans la relation entre Bécassine et Charlotte. Cela ne suffit cependant pas à compenser une identité visuelle trop générique et un scénario inutilement chargé. Un divertissement jeunesse sympathique par moments, mais une adaptation assez oubliable d’une héroïne qui méritait beaucoup plus de personnalité.

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