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Yakari, la grande aventure

Affiche de Yakari, la grande aventure

Yakari, la grande aventure

Réalisation : Xavier Giacometti et Toby Genkel

Voix VF : Aloïs Agaësse-Mahieu, Arielle Vaubien, Hannah Vaubien

Production / distribution : Dargaud Media, WunderWerk, Belvision / BAC Films

Durée : 1 h 22

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 12 août 2020

3/5

Créé en 1969 par Job et Derib, Yakari fait partie de ces héros de bande dessinée dont l’univers semble naturellement destiné à l’animation. En 2020, Yakari, la grande aventure choisit de revenir aux origines du personnage et de raconter sa rencontre avec Petit Tonnerre ainsi que la naissance de son extraordinaire capacité à communiquer avec les animaux.

Revenir à la naissance de Yakari

Le choix d’un récit d’origine fonctionne particulièrement bien. Plutôt que de considérer que le spectateur connaît déjà Yakari, le film reprend les éléments fondamentaux de son univers et les installe progressivement.

Yakari rêve notamment d’approcher Petit Tonnerre, un mustang aussi magnifique qu’indomptable. Cette relation fournit au film son véritable fil conducteur : il ne s’agit pas simplement pour l’enfant de parvenir à monter le cheval, mais de gagner sa confiance.

C’est une nuance importante, parfaitement cohérente avec la philosophie de la BD. Yakari ne domine pas les animaux. Il les écoute, les comprend et apprend à vivre avec eux. Petit Tonnerre n’est pas une monture à conquérir, mais un ami à rencontrer.

Yakari reste Yakari

Le film évite intelligemment de transformer son héros en aventurier spectaculaire. Yakari reste un enfant curieux, courageux, parfois imprudent, dont la principale qualité est son empathie.

Son pouvoir de parler avec les animaux aurait facilement pu devenir une sorte de super-pouvoir. Il est au contraire traité comme le prolongement naturel de sa personnalité. Yakari possède déjà cette volonté de comprendre ce qui l’entoure avant même de pouvoir réellement dialoguer avec les animaux.

Grand Aigle occupe à ce titre une place essentielle. Le don qu’il accorde à Yakari n’arrive pas comme une récompense artificielle destinée à lancer l’action : il vient confirmer ce que le personnage était déjà.

Le film comprend donc très bien son héros et, surtout, ne cherche jamais à le rendre artificiellement plus « cool » pour séduire un public contemporain.

Petit Tonnerre, véritable deuxième héros du film

La relation entre Yakari et Petit Tonnerre constitue logiquement le cœur de l’aventure. Le cheval possède suffisamment de personnalité pour ne jamais devenir un simple compagnon mignon.

Petit Tonnerre est fier, méfiant et profondément attaché à sa liberté. Le film prend donc le temps nécessaire pour que la relation évolue. Yakari doit apprendre qu’aimer un animal ne signifie pas nécessairement pouvoir le posséder.

Cette idée donne au film ses moments les plus réussis. Derrière une aventure destinée aux enfants se dessine une réflexion très simple sur la confiance, le respect et la liberté.

Et parce que Petit Tonnerre possède une véritable personnalité, l’attachement qui se crée progressivement entre eux fonctionne sans qu’il soit nécessaire d’accumuler les grandes scènes sentimentales.

Un dessin qui respecte Derib sans chercher à l’imiter parfaitement

Visuellement, le passage à l’animation est réussi. Les personnages ont été simplifiés et arrondis, mais restent immédiatement identifiables. Yakari conserve sa silhouette, Petit Tonnerre son élégance et les grands espaces occupent une place importante dans l’image.

Les paysages sont même parmi les principaux atouts du film. Prairies, montagnes, rivières et forêts donnent à l’aventure une ampleur que le cinéma pouvait apporter à l’univers de Derib.

L’animation n’est pas révolutionnaire et certaines textures restent assez simples, mais la direction artistique possède suffisamment de personnalité pour éviter l’impression d’un produit télévisuel artificiellement étiré.

Surtout, les animaux conservent une expressivité très proche de celle recherchée dans la BD : suffisamment humanisés pour dialoguer avec Yakari, mais sans devenir totalement humains.

Une aventure qui prend le temps de respirer

Yakari, la grande aventure possède également une qualité devenue assez rare dans l’animation jeunesse : il n’est pas constamment agité.

Le film accepte les paysages, les déplacements et les moments où il ne se passe rien de spectaculaire. Cette tranquillité correspond parfaitement à son univers et permet à la nature d’exister autrement que comme un simple décor.

Cette douceur distingue agréablement le film de nombreuses productions familiales construites autour d’une succession ininterrompue de gags. Ici, l’humour existe mais ne vient pas constamment interrompre l’émotion ou l’aventure.

Le revers est évident : le rythme peut sembler très sage. Certaines parties manquent de tension et l’histoire reste suffisamment prévisible pour que le spectateur adulte soit rarement surpris.

Un univers amérindien abordé avec bienveillance, mais simplifié

L’univers de Yakari pose nécessairement la question de sa représentation des peuples autochtones d’Amérique du Nord. La série est une création européenne et repose sur une vision largement idéalisée de cet univers.

Le film conserve cette approche. La communauté de Yakari est présentée à travers son rapport à la nature, ses traditions et sa spiritualité, dans une représentation volontairement accessible au jeune public. Il n’a pas vocation à devenir une reconstitution historique ou ethnographique.

Cette simplification peut être discutée, mais le film évite au moins de transformer ses personnages en simples accessoires de western. Yakari et les siens sont le centre de leur propre histoire, tandis que les grands espaces et les animaux sont envisagés à travers leur regard.

Il faut donc davantage considérer Yakari comme un imaginaire de bande dessinée inspiré des cultures amérindiennesque comme leur représentation historique.

Peut-être trop gentil pour réellement marquer

C’est finalement la principale limite du film. Tout est agréable. Les personnages sont sympathiques, le message est positif, l’animation jolie et l’aventure suffisamment bien construite.

Mais tout est aussi extrêmement prudent.

Le danger reste mesuré, l’humour ne prend jamais beaucoup de risques et les émotions sont soigneusement calibrées pour ne jamais devenir trop intenses. Même les passages les plus mouvementés conservent cette impression de sécurité propre au cinéma destiné aux très jeunes spectateurs.

Cette douceur est cohérente avec Yakari, mais elle empêche parfois le film d’acquérir une véritable puissance cinématographique. On apprécie facilement l’aventure pendant qu’elle se déroule ; il est plus difficile d’en conserver des scènes réellement marquantes après le générique.

En résumé

Yakari, la grande aventure réussit l’essentiel : comprendre son héros. La relation avec Petit Tonnerre, le respect de la nature, la communication avec les animaux et l’univers graphique de Derib sont transposés avec beaucoup de sincérité. Le retour aux origines constitue également une excellente manière de rendre Yakari accessible à ceux qui ne connaissent pas la BD.

Le film reste cependant très sage, parfois prévisible et clairement pensé en priorité pour les enfants. Il lui manque un peu de souffle et d’audace pour devenir une grande œuvre d’animation, mais comme adaptation de Yakari, c’est une aventure douce, respectueuse et suffisamment jolie pour donner envie de prolonger le voyage dans les albums.

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