Death Note
Titre original : Desu Nōto
Avec : Tatsuya Fujiwara, Kenichi Matsuyama, Asaka Seto
Production / distribution : NTV, Shūeisha, Warner Bros. Japan / Kazé, Eurozoom (France)
Durée : 2 h 06
Adaptation : Manga
Sortie : 9 janvier 2008
Adapter Death Note en prises de vues réelles avait tout du piège. Le manga de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata repose énormément sur les raisonnements intérieurs, les règles du Death Note et des affrontements intellectuels où deux personnages peuvent passer plusieurs pages à anticiper ce que l’autre est susceptible de penser. En 2006, Shūsuke Kaneko choisit pourtant une approche plutôt intelligente : simplifier et modifier certains événements sans transformer Death Note en autre chose. Le résultat n’est pas aussi riche que le manga, mais il en conserve remarquablement bien le jeu de manipulation et la question centrale : que devient un homme persuadé d’avoir le droit de décider qui mérite de vivre ?
Un Light différent, mais toujours inquiétant
Tatsuya Fujiwara incarne un Light Yagami légèrement différent de celui du manga. Le film cherche davantage à expliquer comment ce jeune homme brillant en vient à considérer le système judiciaire comme incapable de rendre véritablement justice. Shūsuke Kaneko voulait notamment montrer progressivement sa transformation plutôt que présenter immédiatement le Light extrêmement froid et calculateur de l’œuvre originale.
Ce choix rend le personnage plus humain au départ, mais surtout plus intéressant à observer lorsqu’il découvre tout ce que le Death Note lui permet de faire. Le film comprend parfaitement que le véritable danger du cahier ne réside pas seulement dans sa capacité à tuer : il offre à celui qui le possède la possibilité de se convaincre que ses propres décisions sont devenues une forme de justice absolue.
Fujiwara accompagne efficacement cette évolution. Son Light n’a peut-être pas toujours l’élégance glaciale du personnage dessiné par Takeshi Obata, mais son assurance grandissante et sa manière de transformer chaque situation en calcul fonctionnent particulièrement bien.
L : Kenichi Matsuyama trouve immédiatement le personnage
Mais s’il existe une incarnation devenue presque indissociable de ces adaptations japonaises, c’est bien celle de L par Kenichi Matsuyama. La posture recroquevillée, les sucreries, la manière étrange de tenir les objets, le regard constamment posé sur son adversaire : tout pourrait facilement basculer dans la caricature.
Matsuyama parvient pourtant à rendre cet ensemble étonnamment naturel. Il ne cherche pas seulement à reproduire les attitudes du manga ; il donne à L une présence immédiatement identifiable et une intelligence que le film n’a pas besoin de rappeler constamment par les dialogues. Son arrivée change véritablement le rythme du récit.
À partir du moment où Light et L commencent à se mesurer l’un à l’autre, Death Note trouve son moteur. Le plaisir n’est plus de savoir qui possède le Death Note, puisque nous le savons déjà, mais de regarder jusqu’où Light peut aller sans permettre à L de le démontrer.
Un manga extrêmement bavard qu’il fallait forcément condenser
Le principal défi consistait justement à transformer les raisonnements interminables du manga en cinéma. Kaneko a expliqué avoir volontairement supprimé une partie des monologues intérieurs afin que le spectateur puisse interpréter lui-même certaines réactions et que le suspense reste dramatique plutôt que purement explicatif.
La simplification fonctionne globalement. Le film reste dense et prend le temps d’exposer les règles indispensables du cahier, mais évite de devenir une lecture illustrée du manga. Les auteurs originaux avaient d’ailleurs imposé une contrainte importante : les règles du Death Note ne pouvaient pas être modifiées. Kaneko devait donc simplifier l’intrigue tout en respectant le fonctionnement précis de l’objet.
C’est l’une des grandes réussites du film. Les règles ne sont jamais un simple folklore fantastique : elles deviennent des outils scénaristiques. Light les étudie, les expérimente et cherche constamment comment les exploiter sans révéler son identité. Le Death Note devient ainsi presque un troisième protagoniste dans le duel qui l’oppose à L.
Shiori : un changement qui a réellement une fonction
Le film invente notamment Shiori, la petite amie de Light, personnage absent du manga. C’est typiquement le genre d’ajout qui pourrait agacer dans une adaptation, mais Kaneko expliquait précisément l’avoir créée avec le scénariste pour rendre visible, dans le temps limité d’un film, la transformation de Light.
Cette relation permet effectivement d’introduire une dimension émotionnelle que le manga pouvait développer autrement grâce aux pensées de son protagoniste. Surtout, elle sert à mesurer progressivement la distance entre le jeune homme du début et celui que le pouvoir du cahier est en train de façonner.
Le film prend donc des libertés importantes sans donner l’impression que quelqu’un a décidé qu’il connaissait mieux Death Note que ses créateurs. Les changements répondent généralement à une question simple : comment raconter cette histoire avec les outils du cinéma plutôt qu’avec ceux du manga ?
Ryuk accuse davantage son âge
Visuellement, le résultat est évidemment plus inégal. Le Ryuk numérique était ambitieux pour une production japonaise de 2006 et son design reste extrêmement proche de celui de Takeshi Obata. Sa présence fonctionne grâce à sa silhouette, son sourire et son caractère, mais les effets numériques ont beaucoup vieilli.
Cela ne détruit heureusement jamais le personnage. Ryuk demeure cet observateur amusé qui regarde Light jouer avec quelque chose de beaucoup plus dangereux que lui. Le film comprend surtout qu’il ne doit pas devenir un méchant traditionnel : il fournit le cahier, explique certaines règles et profite du spectacle.
Le contraste entre son apparence fantastique et le traitement très concret de l’enquête reste d’ailleurs l’une des particularités les plus séduisantes de Death Note. Kaneko ne cherche pas à transformer le manga en grand film d’action surnaturel. L’essentiel se déroule dans les regards, les mensonges et les raisonnements.
Un premier film qui accepte de n’être que la moitié de l’histoire
Cette adaptation avait été pensée dès le départ en deux films, Kaneko considérant l’histoire trop longue et complexe pour tenir correctement dans un seul long métrage. Le réalisateur expliquait d’ailleurs le risque économique d’une telle décision : si le premier échouait, le second devenait beaucoup plus difficile à défendre.
Cela se ressent forcément dans la construction. Ce premier Death Note installe les personnages, le fonctionnement du cahier et surtout l’affrontement entre Kira et L sans chercher à condenser artificiellement l’intégralité du manga en deux heures.
Le film peut ainsi sembler davantage introductif lorsqu’on le regarde isolément. Mais cette patience devient une qualité lorsqu’on l’envisage avec Death Note: The Last Name. Kaneko préfère prendre le temps d’installer correctement son échiquier avant de commencer à sacrifier les pièces.
Une adaptation imparfaite mais particulièrement respectueuse
Tout n’a pas aussi bien vieilli. Certains effets visuels accusent leur époque, la réalisation reste parfois assez télévisuelle et la richesse psychologique du manga ne peut évidemment pas être entièrement reproduite en un peu plus de deux heures. Ceux qui connaissent parfaitement l’œuvre remarqueront également les raccourcis et les transformations.
Mais contrairement à tant d’adaptations de mangas, Death Note ne semble jamais gêné par son matériau d’origine. Il ne cherche pas à rendre Light plus cool, L plus conventionnel ou Ryuk moins étrange. Il accepte les règles extrêmement compliquées du cahier et construit son suspense autour d’elles.
C’est précisément ce qui lui permet de prendre des libertés sans perdre son identité. On ne retrouve pas exactement le Death Note du manga, mais on retrouve incontestablement Death Note.
En résumé
Ce premier Death Note n’atteint pas toute la richesse du manga, mais Shūsuke Kaneko réussit l’essentiel : transformer un récit extrêmement cérébral en véritable thriller cinématographique sans sacrifier le duel entre Light et L. Tatsuya Fujiwara convainc en Kira tandis que Kenichi Matsuyama s’impose immédiatement comme un excellent L.
Quelques effets numériques vieillissants et une réalisation parfois fonctionnelle empêchent le film d’atteindre les sommets de son modèle. Mais comme première moitié d’un diptyque, il pose remarquablement bien ses pièces et donne surtout envie de voir jusqu’où Light et L seront capables d’aller.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.





