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La Menace atlante

Couverture de La Menace atlante

Blake et Mortimer — Tome 31

La Menace atlante

Yves Sente et Peter van Dongen

Éditeur : Éditions Blake et Mortimer

Sortie originale : 21 novembre 2025

4/5

Près de soixante-dix ans après L’Énigme de l’Atlantide, Yves Sente et Peter van Dongen choisissent de revenir directement à l’un des grands récits de science-fiction d’Edgar P. Jacobs. Lorsque de violents phénomènes frappent la mer du Nord, Mortimer se retrouve au cœur d’une nouvelle crise qui va rapidement le ramener sur la piste des Atlantes. Un choix audacieux, tant reprendre une histoire aussi emblématique pouvait facilement tourner au simple exercice nostalgique.

Retourner chez Jacobs sans simplement le copier

La Menace atlante assume pleinement son statut de suite. Magon réapparaît, tout comme Olrik, et les événements de L’Énigme de l’Atlantide sont directement prolongés. Mais Yves Sente ne cherche pas uniquement à organiser des retrouvailles avec les personnages de 1957 : il transpose les préoccupations de Jacobs vers des enjeux beaucoup plus contemporains.

Mortimer travaille ainsi sur la géothermie tandis que la Nouvelle-Atlantide connaît elle-même une grave crise énergétique. L’idée est intéressante parce qu’elle permet de conserver cette fascination jacobsienne pour la science tout en évitant de simplement reproduire les problématiques des années 1950.

Le résultat reste très respectueux de l’univers original, parfois peut-être trop. Les références et les personnages connus s’accumulent et donnent ponctuellement l’impression que l’album regarde davantage vers son passé qu’il ne construit quelque chose de totalement nouveau.

Une aventure qui voit grand

Le début est particulièrement efficace. Mortimer se rend en Écosse pour étudier la possibilité d’une installation géothermique lorsqu’une succession de phénomènes frappe la mer du Nord : explosions inexpliquées, gaz toxiques, tsunami et même remontée de corps conservés depuis des millénaires dans le Doggerland.

On retrouve alors ce que Blake et Mortimer sait faire de mieux : partir d’éléments scientifiques relativement concrets pour basculer progressivement vers une aventure beaucoup plus extraordinaire.

Le problème vient plutôt de l’accumulation. En seulement 64 pages, l’histoire doit gérer la catastrophe en mer du Nord, les Atlantes, Olrik, Magon, une crise énergétique et une menace considérable. Le rythme est soutenu, mais certains développements auraient mérité davantage d’espace.

Blake et Mortimer retrouvent la science-fiction

Ce retour à une science-fiction assumée fait beaucoup de bien à la série. Après plusieurs aventures davantage tournées vers l’espionnage ou les complots politiques, La Menace atlante retrouve la démesure des premiers récits.

Technologies extraordinaires, exploration sous-marine et civilisation avancée permettent à Yves Sente de renouer avec cette science-fiction rétrofuturiste qui faisait une partie du charme de Jacobs.

La modernisation reste néanmoins prudente. L’album parle d’énergie et de ressources, mais sans transformer Blake et Mortimer en héros du XXIe siècle. Nous restons bien dans leur époque et dans un univers où le progrès scientifique provoque autant de fascination que d’inquiétude.

Olrik encore et toujours

Le retour d’Olrik n’étonnera évidemment personne. Le personnage est tellement lié à Blake et Mortimer qu’il semble presque impossible d’imaginer une grande aventure sans lui.

Sa présence fonctionne particulièrement bien ici puisqu’elle permet de reconnecter directement cette histoire à L’Énigme de l’Atlantide. Mais elle souligne aussi l’une des habitudes les plus discutables de la série : Olrik finit toujours par revenir, quelles que soient les circonstances.

Magon apporte heureusement un autre niveau de menace. Son objectif dépasse la simple vengeance personnelle et rattache directement le conflit à la situation de la Nouvelle-Atlantide. Cela permet au récit de ne pas reposer entièrement sur l’éternel affrontement entre Blake, Mortimer et leur ennemi préféré.

Peter van Dongen, remarquable héritier de Jacobs

Graphiquement, l’album est particulièrement solide. Peter van Dongen respecte évidemment les codes de la ligne claire et l’univers créé par Jacobs, mais son dessin ne ressemble jamais à une imitation mécanique.

Les architectures, les installations scientifiques et les machines bénéficient d’un remarquable souci du détail. Les séquences sous-marines permettent également de jouer avec des atmosphères et des couleurs très différentes des traditionnels intérieurs britanniques de la série.

La couverture résume parfaitement cette ambition. Les personnages occupent finalement assez peu d’espace face à l’immense installation qui les entoure : la technologie et le décor redeviennent presque des personnages à part entière.

Une suite respectueuse, peut-être un peu trop

C’est finalement toute l’ambivalence de La Menace atlante. Yves Sente et Peter van Dongen connaissent parfaitement l’œuvre de Jacobs et savent manifestement ce qui fait fonctionner Blake et Mortimer. Le lecteur retrouve donc immédiatement ses repères.

Mais cette fidélité empêche parfois l’album de véritablement surprendre. Entre le retour des Atlantes, de Magon et d’Olrik, l’histoire repose énormément sur des éléments déjà installés.

Heureusement, la crise énergétique et le déplacement de l’action vers la mer du Nord donnent suffisamment de nouveautés pour que l’ensemble ne ressemble jamais à une simple répétition de L’Énigme de l’Atlantide.

En résumé

La Menace atlante réussit son principal pari : donner une véritable suite à L’Énigme de l’Atlantide sans se contenter d’en reproduire l’intrigue. Yves Sente actualise intelligemment les préoccupations scientifiques de la série autour de l’énergie et des ressources, tout en retrouvant une science-fiction spectaculaire parfaitement adaptée à Blake et Mortimer.

L’album souffre cependant d’un scénario très chargé et d’une tendance à multiplier les références au passé. Peter van Dongen compense largement par un dessin extrêmement maîtrisé, respectueux de Jacobs sans devenir prisonnier de son trait.

Un retour en Atlantide réussi, spectaculaire et fidèle, auquel il manque simplement un peu plus d’audace pour devenir réellement incontournable.

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