Blake et Mortimer — Tome 30
Signé Olrik
Éditeur : Éditions Blake et Mortimer
Sortie originale : 31 octobre 2024
Emprisonné à Wandsworth, Olrik voit apparaître une occasion inattendue de retrouver la liberté lorsqu’il croise la route de membres du Free Cornwall Group, un mouvement indépendantiste radical à la recherche du légendaire trésor du roi Arthur. Pendant ce temps, Mortimer présente une nouvelle invention, « La Taupe », une excavatrice qui intéresse justement le mystérieux Grand Druide. Avec Signé Olrik, Yves Sente et André Juillard mêlent espionnage, légende arthurienne et aventure scientifique tout en plaçant l’éternel adversaire de Blake et Mortimer dans une position inhabituelle.
Olrik change de rôle
L’idée la plus séduisante de l’album est évidemment contenue dans son titre. Après avoir été tant de fois l’adversaire de Blake et Mortimer, Olrik devient ici un allié de circonstance. Il propose à Blake des informations sur les prochains attentats du Free Cornwall Group en échange de sa libération, sans que personne puisse réellement savoir jusqu’où va sa sincérité.
Yves Sente exploite intelligemment cette ambiguïté. Olrik ne devient jamais soudainement un homme respectable et le lecteur connaît suffisamment le personnage pour se méfier de chacune de ses décisions. L’auteur lui redonne ainsi une part d’imprévisibilité bienvenue. Sente expliquait d’ailleurs que les défaites répétées d’Olrik risquaient à terme de lui faire perdre sa crédibilité comme adversaire ; cet album cherche clairement à sortir le personnage de cette mécanique.
Entre terrorisme et légende arthurienne
L’autre bonne idée consiste à confronter l’univers très rationnel de Mortimer à la légende du roi Arthur. Le Free Cornwall Group recherche Avalon, Excalibur et surtout un trésor susceptible de financer ses activités. L’invention de Mortimer devient alors l’outil idéal pour accéder à ce qui est enfoui sous terre.
Le mélange fonctionne plutôt bien, même si le scénario accumule beaucoup d’éléments en seulement 64 pages. Indépendantisme cornouaillais, attentats, immigration, légendes médiévales, trésor caché et nouvelle invention scientifique se succèdent rapidement. L’ensemble reste lisible, mais certaines idées sont davantage utilisées comme moteurs de l’aventure que véritablement approfondies.
La quête arthurienne apporte néanmoins une atmosphère différente à la série. Après les enjeux géopolitiques de Huit heures à Berlin, Signé Olrik revient vers une aventure plus classique, presque archéologique par moments, sans abandonner les codes du thriller et de l’espionnage.
« La Taupe », une invention très Blake et Mortimer
Mortimer ne pouvait évidemment pas se contenter d’observer les événements. Son excavatrice miniature baptisée « La Taupe » constitue l’une des trouvailles les plus amusantes de l’album. L’appareil possède exactement ce mélange de technologie improbable et d’explications scientifiques qui caractérise l’univers créé par Jacobs.
Le scénario établit même un lien avec l’Espadon puisque le pilotage de la machine présente suffisamment de similitudes pour rendre Olrik particulièrement utile. Ce genre de référence fonctionne parce qu’elle ne constitue pas seulement un clin d’œil destiné aux connaisseurs : elle joue directement un rôle dans l’intrigue.
On peut cependant regretter que le récit ne retrouve jamais totalement la tension des meilleures aventures de la série. L’enquête est plaisante et les rebondissements nombreux, mais le sentiment de danger demeure moins fort que dans Huit heures à Berlin.
Le dernier Blake et Mortimer d’André Juillard
Signé Olrik possède malheureusement une importance particulière dans l’histoire de la série. Il s’agit du dernier album de Blake et Mortimer dessiné par André Juillard, disparu en juillet 2024, quelques mois avant sa publication. C’était sa septième collaboration avec Yves Sente sur la série.
Son travail graphique reste remarquable de maîtrise. Les personnages sont immédiatement reconnaissables, les décors britanniques particulièrement soignés et la ligne claire conserve cette élégance qui caractérisait ses précédents albums. Juillard avait parfaitement assimilé les codes de Jacobs sans donner l’impression de reproduire servilement son dessin.
Cette dernière aventure prend forcément une dimension supplémentaire lorsqu’on connaît les circonstances de sa publication. Elle clôt plus de vingt ans de contribution d’André Juillard à l’univers de Blake et Mortimer.
Une aventure classique mais efficace
Signé Olrik n’est probablement pas l’album le plus ambitieux du tandem Sente-Juillard. Le scénario possède de nombreuses bonnes idées mais paraît parfois vouloir en faire trop, et certains thèmes contemporains restent finalement assez superficiels.
En revanche, le choix de placer Olrik au centre du jeu fonctionne parfaitement. Pour une fois, l’intérêt n’est pas seulement de savoir comment Blake et Mortimer vont arrêter leur adversaire, mais de découvrir ce que celui-ci prépare réellement. Cette incertitude suffit à donner une personnalité particulière à l’album.
En résumé
Signé Olrik est une aventure généreuse qui mélange légende arthurienne, terrorisme, espionnage et inventions scientifiques avec tout ce que cela suppose de rebondissements. Le scénario d’Yves Sente manque parfois d’espace pour développer toutes ses idées, mais le changement de statut d’Olrik apporte une dynamique bienvenue.
Le dessin d’André Juillard reste l’un des grands atouts de l’album. Précis, élégant et immédiatement compatible avec l’univers de Jacobs, il accompagne parfaitement cette aventure qui restera malheureusement sa dernière contribution à la série.
Un bon Blake et Mortimer, peut-être moins marquant que Huit heures à Berlin, mais porté par un Olrik particulièrement intéressant et par le dernier travail d’un dessinateur devenu indissociable de la reprise de la série.
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