MiklMayer.fr

Lagaffe rebondit

Couverture de Lagaffe rebondit

Gaston — Tome 20

Lagaffe rebondit

André Franquin

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 16 mars 2018

★★★★★ 4/5

Avec Lagaffe rebondit, André Franquin retrouve son célèbre antihéros dans un album où l’imagination continue de prendre le pas sur les obligations professionnelles. Gaston invente, bricole, rêve et provoque, souvent malgré lui, une succession de catastrophes qui bouleversent le quotidien de son entourage. Mais derrière les situations absurdes et les colères de ses collègues, le dessinateur développe une vision du monde profondément attachée à la liberté individuelle, à la créativité et au refus des conventions. Un recueil qui rappelle l’extraordinaire modernité de Gaston, même si l’humour de la série repose désormais sur des mécanismes bien connus.

Gaston, un personnage qui ne tient jamais en place

Le titre Lagaffe rebondit résume assez bien la personnalité de Gaston. Même lorsqu’il semble avoir atteint les limites de son imagination, une nouvelle idée vient relancer ses aventures et provoquer une catastrophe supplémentaire.

Son quotidien repose sur une contradiction permanente. Incapable de se concentrer durablement sur les tâches qui lui sont confiées, il déploie une énergie considérable lorsqu’il s’agit de satisfaire une envie personnelle ou de mettre au point une invention.

Franquin exploite cette opposition avec une remarquable constance. Gaston ne manque ni d’intelligence ni de motivation : il refuse simplement d’employer ses qualités dans les domaines que ses supérieurs considèrent comme prioritaires.

C’est précisément ce décalage qui rend le personnage aussi attachant. Son comportement peut devenir insupportable pour son entourage, mais sa sincérité et son enthousiasme empêchent de lui en vouloir véritablement.

Des inventions qui défient toute logique

Les bricolages de Gaston constituent toujours l’un des principaux moteurs comiques de la série. Ses créations partent généralement d’une intention louable : améliorer le confort, simplifier une activité ou résoudre un problème du quotidien.

Mais Franquin possède un talent exceptionnel pour transformer ces initiatives en catastrophes. Les objets semblent développer une volonté propre, les mécanismes échappent à leur inventeur et les conséquences dépassent rapidement les prévisions les plus pessimistes.

L’intérêt de ces gags ne repose pas uniquement sur leur conclusion. Franquin soigne la préparation, multiplie les détails et construit des enchaînements qui donnent une certaine crédibilité aux situations les plus improbables.

Cette précision narrative contribue largement à la réussite de l’album. Même lorsqu’on devine qu’une invention va mal tourner, il reste difficile d’anticiper exactement comment le désastre se produira.

Prunelle, Longtarin et les victimes habituelles

Gaston ne serait évidemment pas aussi drôle sans les personnages chargés de supporter ses initiatives. Prunelle demeure l’une de ses principales victimes, constamment partagé entre ses responsabilités professionnelles et son incapacité à contrôler les activités de son employé.

Franquin excelle dans la représentation de ses colères. Les expressions, les gestes et les attitudes du personnage deviennent de véritables performances comiques, parfois plus amusantes encore que la catastrophe qui les provoque.

L’agent Longtarin incarne une autre forme d’autorité. Ses confrontations avec Gaston permettent de déplacer l’humour hors des bureaux et de jouer sur l’opposition entre le respect des règlements et l’imagination débordante du héros.

Ces personnages secondaires sont essentiels à l’équilibre de la série. Ils offrent à Gaston des adversaires parfaitement identifiables, sans lesquels ses initiatives perdraient une grande partie de leur efficacité comique.

Une véritable déclaration d’amour à la liberté

Au-delà des maladresses, Gaston possède une dimension presque philosophique. Franquin y défend, avec humour, le droit de rêver, d’expérimenter et de ne pas consacrer toute son existence aux contraintes professionnelles.

Gaston ne cherche pas à remettre consciemment en question l’organisation de la société. Il agit simplement selon ses envies, sans comprendre pourquoi les règles devraient systématiquement l’emporter sur le plaisir et la créativité.

Cette attitude donne aux histoires une résonance particulière. Le personnage incarne une forme de résistance spontanée à la productivité permanente, tout en conservant une innocence qui évite à la série de devenir moralisatrice.

L’attachement de Gaston aux animaux et à la nature participe également à cette vision du monde. Franquin exprime à travers lui une sensibilité qui dépasse largement le cadre de la bande dessinée humoristique.

Le dessin de Franquin, toujours aussi impressionnant

Graphiquement, Lagaffe rebondit bénéficie de l’extraordinaire maîtrise de Franquin. Son trait souple et nerveux donne une impression permanente de mouvement, même dans les situations les plus simples.

Les personnages possèdent une expressivité remarquable. Un regard, une posture ou une déformation du visage suffisent à traduire la surprise, la colère ou l’enthousiasme.

Les scènes de catastrophes permettent également au dessinateur de déployer toute son inventivité. Les objets volent, les corps se contorsionnent et les mouvements s’enchaînent avec une précision presque chorégraphique.

Cette maîtrise graphique reste l’un des principaux plaisirs de lecture. Franquin ne se contente jamais d’illustrer une situation drôle : son dessin participe directement à la construction et à l’efficacité du gag.

Une formule éprouvée, mais toujours plaisante

À ce stade de la collection, les personnages et les mécanismes comiques sont parfaitement installés. Les lecteurs savent généralement à quoi s’attendre lorsqu’une invention apparaît ou que Prunelle découvre une nouvelle initiative de Gaston.

Cette familiarité constitue la principale limite de l’album. Certains gags surprennent moins que ceux des premières grandes périodes de la série, et les situations reposent parfois sur des oppositions déjà largement exploitées.

Mais Franquin compense ces répétitions par son sens du détail, sa maîtrise du rythme et une imagination graphique qui demeure exceptionnelle. Le plaisir réside autant dans la manière de raconter les catastrophes que dans leur conclusion.

Lagaffe rebondit n’est donc pas nécessairement l’album le plus surprenant de la série, mais il reste un témoignage convaincant de la richesse de cet univers.

En résumé

Gaston – Tome 20 : Lagaffe rebondit retrouve avec plaisir les inventions absurdes, les catastrophes professionnelles et les personnages attachants de Franquin. Si certains ressorts humoristiques paraissent désormais familiers, la virtuosité du dessin et la liberté d’esprit du héros continuent de faire mouche.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as lu cet album ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

✕
Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR