Astérix — Tome 12
Astérix aux Jeux olympiques
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 juillet 1968
Publié en 1968, Astérix aux Jeux olympiques confronte les Gaulois aux règles interdisant l’utilisation de la potion magique pendant les épreuves. Goscinny et Uderzo détournent les valeurs olympiques pour parler de compétition, de tricherie et de dopage dans un album très drôle, même si son intrigue manque parfois de véritable tension.
Une satire très moderne du dopage
La potion magique donne habituellement aux Gaulois un avantage incontestable. Son interdiction pendant les Jeux oblige Astérix à participer sans utiliser la force surnaturelle qui résout la plupart de ses problèmes.
Goscinny place ainsi le dopage au centre du scénario sans jamais employer directement le mot. Les Romains dénoncent l’avantage procuré par la potion tout en cherchant eux-mêmes un moyen de contourner les règles.
Cette satire conserve une étonnante actualité. L’album montre que le discours sur l’équité sportive cohabite facilement avec la recherche de performances et la tentation de tricher dès que la victoire devient prioritaire.
Astérix privé de son principal avantage
L’interdiction de la potion permet théoriquement de replacer Astérix au même niveau que ses adversaires. Le héros doit compter sur son intelligence plutôt que sur une supériorité physique automatique.
Cette idée renouvelle efficacement la formule de la série. Elle réduit cependant assez fortement la place d’Obélix, dont la force permanente l’empêche de participer loyalement aux épreuves.
Astérix ne devient pas pour autant un athlète particulièrement crédible. Le scénario s’intéresse davantage à sa capacité à déjouer les tricheurs qu’à ses performances, ce qui limite légèrement la dimension sportive de l’album.
Les valeurs olympiques joyeusement détournées
Goscinny s’amuse avec la solennité des cérémonies, les règlements et la célèbre idée selon laquelle l’important serait de participer. Pour les Gaulois comme pour les Romains, seule la victoire compte réellement.
Les arbitres grecs affichent un attachement absolu aux règles, mais l’organisation des Jeux reste traversée par les rivalités nationales et les ambitions politiques. César attend notamment de ses athlètes qu’ils démontrent la supériorité de Rome.
L’album montre ainsi le décalage entre l’idéal olympique et la réalité de la compétition. Derrière les discours sur la fraternité, chaque délégation cherche avant tout à défendre son prestige.
Une Grèce transformée en décor touristique
Comme dans les meilleurs albums de voyage, la Grèce antique ressemble autant au pays moderne qu’à celui de l’Antiquité. Les Gaulois deviennent des touristes bruyants, fascinés par les monuments mais peu attentifs aux explications de leur guide.
Uderzo représente Athènes, le Pirée et Olympie avec une grande richesse. Les temples, les statues et les paysages méditerranéens donnent à l’album une identité visuelle immédiatement reconnaissable.
La caricature des Grecs repose toutefois sur des références assez attendues. Elle reste moins inventive sur le plan linguistique que celle des Bretons et moins développée que le portrait régional du Bouclier arverne.
Brutus vole presque la vedette
Brutus occupe une place importante dans la satire politique. Présenté comme le fils adoptif impatient et maladroit de César, il transforme chaque échange avec l’empereur en allusion à son futur assassinat.
Goscinny exploite avec beaucoup d’efficacité la connaissance historique du lecteur. César se méfie continuellement de Brutus sans pouvoir imaginer jusqu’où ira réellement sa trahison.
Le gag est répétitif, mais sa brièveté l’empêche de devenir pesant. Brutus s’impose ainsi comme l’un des personnages secondaires les plus mémorables de l’album.
Une mécanique comique plus forte que le suspense
Les entraînements, les cérémonies et les rivalités entre délégations offrent de nombreuses situations amusantes. Le dessin d’Uderzo excelle dans les mouvements sportifs, les expressions d’épuisement et les scènes de foule.
L’intrigue reste cependant assez prévisible. Une fois la potion interdite, le lecteur comprend rapidement que la victoire reposera sur une ruse permettant de confondre les véritables tricheurs.
Cette résolution est intelligente, mais réduit l’incertitude autour du résultat. L’album fonctionne donc davantage comme une succession de variations humoristiques sur le sport que comme une compétition véritablement tendue.
En résumé
Astérix aux Jeux olympiques propose une satire efficace de la compétition, du prestige national et du dopage. La privation de potion oblige Astérix à utiliser son intelligence, tandis que Brutus et les institutions olympiques offrent plusieurs excellents gags. Le voyage en Grèce est visuellement réussi, mais l’intrigue reste prévisible et Obélix se retrouve légèrement en retrait. Un très bon album, toujours actuel dans ses thèmes, sans atteindre tout à fait les sommets de la série.
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