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Le Guerrier libérateur

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One Piece — Tome 103

Le Guerrier libérateur

Eiichiro Oda

Éditeur : Glénat

Sortie originale : 7 décembre 2022

★★★★★ 4/5

La bataille d’Onigashima entre dans sa dernière ligne droite et One Piece atteint avec ce tome 103 l’un des tournants majeurs de son histoire. Entre la chute progressive de l’ancien ordre et une transformation de Luffy aussi spectaculaire que déroutante, Eiichiro Oda livre un volume extrêmement généreux. Peut-être même un peu trop.

Un tome spectaculaire qui frôle parfois l’indigestion

Difficile de reprocher au tome 103 de manquer de rythme. Les affrontements, révélations et retournements s’enchaînent avec une énergie impressionnante. Le duel de Kid et Law contre Big Mom participe pleinement à cette sensation de fin de règne : les deux pirates ne sont plus de simples outsiders et Oda parvient à rendre leur victoire crédible sans diminuer artificiellement leur adversaire.

Mais cette générosité devient aussi l’une des faiblesses du volume. Oda veut constamment montrer plusieurs fronts, plusieurs personnages et plusieurs catastrophes simultanément. Certaines pages deviennent très chargées et les transitions sont parfois si rapides qu’un moment spectaculaire en chasse immédiatement un autre.

Onigashima impressionne énormément, mais ne laisse presque plus au lecteur le temps de ressentir ce qui vient de se produire.

Le Gear 5, formidable idée ou rupture de ton ?

C’est évidemment le Gear 5 qui domine le volume. Visuellement, Oda fait un choix particulièrement audacieux : plutôt que de rendre Luffy simplement plus imposant ou menaçant, il pousse jusqu’au bout l’élasticité et le caractère burlesque du personnage.

Le résultat est réjouissant. Les corps se déforment, les expressions deviennent extravagantes et Kaido lui-même semble entraîné dans un cartoon incontrôlable. Oda retrouve quelque chose de très simple qui faisait déjà le charme des premiers volumes : Luffy est drôle lorsqu’il se bat.

Cette liberté possède néanmoins un prix. Après des dizaines de chapitres construisant Kaido comme une menace terrifiante, certaines séquences désamorcent presque totalement la tension. Le Gear 5 fonctionne remarquablement comme spectacle et comme expression de la personnalité de Luffy, mais un peu moins lorsqu’il s’agit de conserver la gravité du combat.

Une révélation qui change peut-être trop de choses

La véritable prise de risque vient finalement moins du Gear 5 que de la révélation entourant le fruit de Luffy.

Pendant plus de cent tomes, l’une des qualités du personnage était d’avoir développé des possibilités extraordinaires à partir d’un pouvoir en apparence assez ridicule. Apprendre que ce fruit possède en réalité une importance exceptionnelle change forcément notre regard sur son parcours.

Oda parvient à rendre cette révélation excitante grâce au mystère entourant Nika et à son lien évident avec la liberté. Mais elle introduit également une idée de destinée qui s’accorde moins naturellement avec un héros dont la force reposait justement sur sa capacité à tracer lui-même sa route.

Tout dépendra donc de ce qu’Oda en fera par la suite.

Oda retrouve une liberté graphique impressionnante

C’est probablement sur le dessin que le Gear 5 convainc le plus immédiatement. Oda s’autorise des déformations impossibles, exagère les expressions et joue avec les limites mêmes de son univers.

Son trait n’a jamais été aussi débridé.

En revanche, la lisibilité générale reste irrégulière. Entre les décors détruits, les nombreux personnages, les effets et les affrontements simultanés, certaines planches demandent un véritable effort pour comprendre immédiatement l’action. C’est le paradoxe de cette fin d’arc : Oda déborde d’idées, mais manque parfois d’espace pour les laisser respirer.

En résumé

Le tome 103 de One Piece est spectaculaire, inventif et probablement impossible à oublier. Le Gear 5 permet à Eiichiro Oda de retrouver toute la folie graphique de son univers et correspond merveilleusement à la personnalité de Luffy.

Mais ce choix audacieux n’est pas sans défaut. Le ton cartoonesque atténue parfois la tension, la révélation autour du fruit de Luffy soulève des questions sur la place de la destinée dans son parcours et la densité des planches rend certains passages confus.

Un tome imparfait, donc, mais surtout un tome dans lequel Oda ose encore prendre des risques après plus de cent volumes. Et c’est précisément ce qui le rend passionnant.

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