Lucky Luke — Tome 15
L’Évasion des Dalton
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 1 juin 1960
Publié en 1960, L’Évasion des Dalton raconte la première grande fuite de Joe, William, Jack et Averell hors du pénitencier. René Goscinny et Morris précisent la personnalité des quatre frères tout en inversant temporairement les rôles : Lucky Luke devient le fugitif tandis que ses ennemis tentent de passer pour les représentants de la loi. Une aventure très efficace, même si sa structure annonce déjà une certaine répétition.
La première d’une longue série d’évasions
L’évasion est rapidement expédiée, comme si sortir du pénitencier constituait déjà une simple formalité pour les Dalton. Cette facilité deviendra l’un des grands ressorts comiques de la série : aucune prison ne paraît capable de les retenir très longtemps.
Le scénario s’intéresse surtout à ce que les bandits vont faire de leur liberté. Leur objectif n’est pas uniquement de recommencer à voler, mais de se venger de Lucky Luke et de détruire sa réputation.
Cette motivation donne davantage de cohérence au récit que dans Les Cousins Dalton. Les quatre frères ne cherchent plus à imiter leurs célèbres parents : leur rivalité avec Lucky Luke devient désormais personnelle.
Lucky Luke transformé en criminel
La meilleure idée de l’album consiste à diffuser de faux avis de recherche présentant Lucky Luke comme un dangereux bandit. Les Dalton détournent ainsi l’image publique du héros sans avoir besoin de le vaincre directement.
Goscinny s’amuse avec la facilité dont une réputation peut être fabriquée. Les habitants croient les affiches officielles sans vérifier leur origine, tandis que les journaux amplifient l’accusation.
Le résultat est particulièrement ironique : Lucky Luke inspire soudain une telle peur que personne n’ose l’arrêter. La tentative des Dalton se retourne donc partiellement contre eux, leur ennemi bénéficiant malgré lui du prestige réservé aux plus grands hors-la-loi.
Joe et Averell prennent le pouvoir comique
Les personnalités des Dalton sont beaucoup plus nettes que dans l’album précédent. Joe devient définitivement le chef colérique, obsédé par Lucky Luke et constamment exaspéré par ses frères.
Averell confirme son rôle de grand naïf. Ses réactions décalées et son incapacité à comprendre la gravité des situations interrompent régulièrement les projets de Joe. Leur opposition produit déjà les meilleurs dialogues de l’album.
William et Jack restent en revanche peu développés. Ils servent principalement d’intermédiaires entre les deux extrêmes physiques et comiques du groupe. Cette faiblesse n’empêche pas le quatuor de fonctionner, mais montre que la formule repose surtout sur Joe et Averell.
Un rapport de force momentanément inversé
Les Dalton réussissent cette fois à capturer Lucky Luke. Plutôt que de l’éliminer immédiatement, ils préfèrent l’humilier en lui imposant différentes corvées.
Ces scènes offrent un changement bienvenu. Habituellement maître de la situation, Lucky Luke doit supporter les ordres de ses adversaires tout en attendant le moment favorable pour reprendre l’avantage.
Le comportement des Dalton manque évidemment de logique : leur désir de vengeance les empêche d’agir efficacement. Mais cette incapacité à conclure lorsqu’ils dominent fait précisément partie de leur nature comique.
Une aventure très rythmée mais moins ambitieuse
Goscinny construit un récit fluide, sans véritable temps mort. L’évasion, la campagne de désinformation, la capture de Lucky Luke puis la poursuite finale s’enchaînent naturellement.
L’album possède toutefois moins de profondeur que Le Juge ou Ruée sur l’Oklahoma. Il ne développe ni un milieu historique particulier ni une véritable satire sociale au-delà des faux avis de recherche.
Tout repose sur la confrontation entre Lucky Luke et les Dalton. Cette simplicité rend l’aventure immédiatement accessible, mais limite aussi sa richesse une fois l’effet de nouveauté dissipé.
Morris perfectionne le comique du quatuor
Morris exploite remarquablement les différences de taille entre les quatre frères. Leurs déplacements en ligne, leurs réactions successives et leur manière d’occuper l’espace produisent des gags avant même l’intervention des dialogues.
Les expressions de Joe et d’Averell deviennent beaucoup plus précises. Le premier semble constamment prêt à exploser, tandis que le second conserve une innocence presque désarmante.
Les poursuites sont également très lisibles et la dernière confrontation utilise efficacement les grands espaces. Le dessin a désormais atteint la clarté caractéristique de la période classique.
En résumé
L’Évasion des Dalton fixe durablement la relation entre Lucky Luke et ses adversaires les plus célèbres. Joe et Averell s’affirment, la fausse campagne contre le héros offre une excellente idée scénaristique et le rythme ne faiblit jamais. L’album est moins ambitieux que les deux grands classiques qui l’entourent et William comme Jack restent effacés, mais la mécanique des Dalton fonctionne désormais pleinement.
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