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Spider-Man: Across the Spider-Verse

Affiche de Spider-Man: Across the Spider-Verse

Spider-Man: Across the Spider-Verse

Titre original : Spider-Man: Across the Spider-Verse

Réalisation : Joaquim Dos Santos, Kemp Powers et Justin K. Thompson

Voix VO : Shameik Moore, Hailee Steinfeld, Oscar Isaac, Jake Johnson

Voix VF : Stéphane Bak, Shirine Boutella, Mathieu Kassovitz, Valentin Merle

Production / distribution : Columbia Pictures, Sony Pictures Animation, Marvel Entertainment / Sony Pictures Releasing France

Durée : 2 h 21

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 31 mai 2023

★★★★★ 5/5

Après la révolution visuelle de Spider-Man: New Generation, il semblait difficile d’imaginer comment une suite pourrait encore surprendre. Across the Spider-Verse répond en faisant exactement l’inverse de ce qu’aurait pu être une suite confortable : plus vaste, plus expérimental et plus ambitieux, le film utilise le multivers pour confronter Miles Morales à une question fondamentale. Peut-il réellement écrire sa propre histoire lorsqu’il découvre que tous les Spider-Man semblent condamnés à suivre le même destin ?

Miles Morales n’a plus besoin d’apprendre à être Spider-Man

Le premier film racontait la naissance d’un héros. Miles devait accepter ses pouvoirs, surmonter ses peurs et comprendre qu’il ne deviendrait jamais Peter Parker. Across the Spider-Verse part intelligemment de cette évolution : Miles est désormais Spider-Man et n’a plus besoin de prouver qu’il mérite de porter le masque.

Son nouveau problème est beaucoup plus intéressant. Ses parents s’inquiètent de le voir s’éloigner, il dissimule toujours son identité et rêve de retrouver Gwen ainsi que les autres Spider-Man rencontrés précédemment. Lorsque le multivers s’ouvre à nouveau devant lui, Miles pense enfin retrouver ceux qui peuvent réellement comprendre sa double vie.

Mais cette communauté va paradoxalement remettre en cause sa légitimité. Miles découvre progressivement que sa propre existence en tant que Spider-Man constitue une anomalie et que les autres héros acceptent certaines tragédies comme des étapes nécessaires de leur histoire. Après avoir appris à devenir Spider-Man, il doit désormais défendre sa propre définition de Spider-Man.

Gwen Stacy devient presque le second personnage principal

Le film fait également un choix particulièrement réussi en donnant beaucoup plus de place à Gwen. Les premières séquences lui sont consacrées et permettent de découvrir sa relation extrêmement compliquée avec son père, qui ignore que sa fille est précisément la justicière qu’il recherche.

Gwen n’est donc plus seulement l’amie ou l’intérêt amoureux potentiel de Miles. Elle possède son propre conflit, ses propres blessures et ses propres décisions à assumer. Son intégration à la Spider-Society lui offre d’abord une nouvelle famille, mais l’oblige également à accepter des règles qui entreront progressivement en contradiction avec son attachement à Miles.

La relation entre les deux personnages reste d’ailleurs remarquablement juste. Le film évite de transformer leur rapprochement en romance artificielle et préfère jouer sur leurs hésitations, leur complicité et surtout ce qu’ils n’arrivent pas à se dire.

Miguel O’Hara, l’exact opposé de Miles

L’arrivée de Miguel O’Hara donne au film son véritable conflit. À la tête de la Spider-Society, Spider-Man 2099 surveille les différentes dimensions et tente d’empêcher les anomalies de provoquer leur destruction.

Miguel n’est pourtant pas construit comme un méchant traditionnel. Il croit sincèrement que certaines épreuves constituent des événements incontournables dans l’existence de chaque Spider-Man. Pour préserver l’ensemble du multivers, il considère donc que les héros doivent parfois accepter de perdre ceux qu’ils aiment.

C’est précisément ce que Miles refuse. Toute la confrontation repose alors sur deux conceptions du héros : accepter le sacrifice parce qu’il ferait partie de son destin ou tenter malgré tout de sauver tout le monde. Cette opposition permet au scénario de transformer les fameux drames récurrents de la mythologie Spider-Man en véritable enjeu narratif.

Le Spider-Verse devient un immense laboratoire graphique

Visuellement, Across the Spider-Verse dépasse encore son prédécesseur. Là où New Generation mélangeait déjà plusieurs styles d’animation, cette suite donne véritablement l’impression que chaque dimension obéit à ses propres règles graphiques.

L’univers de Gwen est probablement l’exemple le plus spectaculaire. Les décors et les couleurs se transforment selon son état émotionnel, jusqu’à parfois presque disparaître derrière des aplats rappelant l’aquarelle. Le monde de Pavitr Prabhakar possède une tout autre énergie tandis que Nueva York adopte une esthétique plus futuriste et agressive.

Le plus impressionnant reste que ces styles peuvent cohabiter dans une même séquence sans donner l’impression d’un collage artificiel. Comme dans le premier film, l’animation ne constitue donc pas seulement un emballage spectaculaire : elle raconte les personnages et les mondes dont ils sont issus.

Des centaines de Spider-Man, mais Miles reste au centre

La Spider-Society permet évidemment au film de multiplier les versions du héros. Certaines ne font qu’une apparition de quelques secondes tandis que d’autres, comme Jessica Drew, Pavitr Prabhakar ou Hobie Brown, occupent une véritable place dans l’histoire.

Spider-Punk est notamment une excellente surprise. Son apparence semble constamment composée de collages, d’affiches et de découpages différents, tandis que son comportement anarchiste contraste directement avec l’organisation extrêmement hiérarchisée de Miguel.

Le film aurait facilement pu devenir un gigantesque catalogue destiné aux fans. Il évite généralement ce piège parce que cette accumulation sert directement Miles : entouré de centaines de Spider-Man, il devient paradoxalement celui qui refuse de faire comme tous les autres.

Une ambition qui frôle parfois la saturation

Cette générosité possède néanmoins une contrepartie. Across the Spider-Verse dure 2 h 21 et veut raconter énormément de choses : Miles, Gwen, leurs familles, la Spider-Society, Miguel, la Tache, les événements canoniques et plusieurs dimensions possédant leurs propres personnages.

La Tache en souffre notamment. Présenté initialement comme un adversaire presque ridicule, il devient progressivement une menace beaucoup plus inquiétante et son évolution visuelle est excellente. Mais le conflit avec la Spider-Society prend tellement d’importance qu’il disparaît pendant une partie conséquente du récit.

Le film reste remarquablement rythmé compte tenu de sa densité, mais il peut parfois devenir étourdissant. Là où New Generation possédait une structure particulièrement équilibrée, cette suite assume davantage la profusion.

Un film qui refuse surtout de se terminer

C’est probablement son principal défaut : Across the Spider-Verse n’est pas réellement une histoire complète. Le film développe ses enjeux pendant plus de deux heures avant de s’interrompre sur un immense suspense qui renvoie directement au troisième volet.

Narrativement, le choix se comprend parfaitement et la dernière partie multiplie les révélations particulièrement efficaces. Mais New Generation pouvait être regardé comme une aventure totalement autonome. Ici, impossible d’avoir véritablement la conclusion du parcours commencé par Miles.

Cela empêche légèrement cette suite d’atteindre la perfection narrative de son prédécesseur. Elle est plus ambitieuse, probablement encore plus impressionnante visuellement, mais aussi plus dépendante de ce qui viendra ensuite.

Miles veut écrire sa propre histoire

Derrière le multivers et la démesure graphique, le film retrouve finalement l’idée centrale du premier volet. Miles avait appris que n’importe qui pouvait porter le masque ; il découvre maintenant que porter le masque ne signifie pas reproduire l’histoire de ceux qui l’ont précédé.

Son refus du destin imposé devient alors la suite logique du « saut de la foi » de New Generation. Miles ne demande plus la permission d’être Spider-Man. Il refuse même que des centaines d’autres Spider-Man lui expliquent comment son histoire doit se dérouler.

C’est ce qui donne au film sa véritable force. Le multivers pourrait n’être qu’un gigantesque terrain de jeu rempli de références. Il devient au contraire le moyen de confronter Miles à toutes les versions possibles du héros pour lui permettre, une nouvelle fois, de choisir la sienne.

En résumé

Spider-Man: Across the Spider-Verse réussit l’exploit de pousser encore plus loin l’inventivité visuelle de New Generationsans oublier ses personnages. Miles et Gwen gagnent en profondeur, Miguel O’Hara apporte un conflit passionnant et chaque nouvel univers permet à l’animation d’expérimenter de nouvelles idées.

Le film est toutefois plus dense, parfois plus chargé et surtout volontairement incomplet. Il perd ainsi un peu de l’équilibre exceptionnel du premier volet, mais reste une démonstration éblouissante de ce que l’animation peut offrir au cinéma de super-héros.

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