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Spirou et la Gorgone bleue

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Une aventure de Spirou et Fantasio par… — One-shot

Spirou et la Gorgone bleue

Yann et Dany

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 8 septembre 2023

2/5

Spirou et Fantasio se rendent aux États-Unis pour enquêter sur un groupe d’activistes écologistes exclusivement féminin, la Gorgone bleue. Yann et Dany construisent une aventure généreuse en action autour de la pollution plastique, du greenwashing et de l’écoterrorisme. Mais derrière son énergie apparente, l’album accumule les caricatures grossières, les sous-entendus graveleux et les représentations problématiques au point d’affaiblir considérablement son propos.

Une aventure spectaculaire mais surchargée

L’album multiplie les poursuites, les interventions militaires, les organisations secrètes, les fausses pistes et les rebondissements. Ses 88 pages offrent une aventure beaucoup plus longue que les albums classiques de Spirou et Fantasio.

Cette générosité devient rapidement étouffante. Yann ajoute continuellement des personnages et des références sans laisser suffisamment respirer le récit. Certaines scènes semblent principalement construites pour placer un gag ou une caricature supplémentaire.

L’intrigue écologique se retrouve ainsi noyée dans une accumulation d’événements. La lecture demeure rythmée, mais la progression manque de clarté et plusieurs détours ne contribuent réellement ni à l’enquête ni au développement des personnages.

Une écologie réduite à des extrêmes

L’idée de confronter Spirou au greenwashing d’un industriel américain et aux méthodes radicales d’un groupe écologiste pouvait donner naissance à une satire intéressante. L’album cherche visiblement à critiquer aussi bien la pollution commerciale que la violence militante.

Le problème vient de l’absence presque totale de nuance. Les entreprises sont dirigées par des personnages grotesques tandis que les militantes écologistes sont présentées comme des combattantes fanatiques, manipulatrices et souvent ridicules.

La pollution des océans sert davantage de prétexte à l’aventure que de véritable sujet. En voulant se moquer de tout le monde, le scénario finit par ne défendre aucun point de vue construit et transforme une question contemporaine complexe en affrontement caricatural.

Spirou et Fantasio relégués au second plan

Spirou conserve son sens moral et son désir de comprendre la situation avant de choisir un camp. Fantasio apporte les réactions excessives et les maladresses attendues. Leur relation fonctionne encore, mais aucun des deux ne bénéficie d’une évolution notable.

Les héros traversent surtout une histoire dominée par ses personnages secondaires. Spirou réagit aux catastrophes plus qu’il ne mène véritablement l’enquête, tandis que Fantasio est souvent réduit à ses pulsions et à son attirance pour les femmes qu’il rencontre.

Cette caractérisation très appuyée renvoie à une vision ancienne du duo et particulièrement de Fantasio. L’hommage aux albums classiques ressemble alors moins à une relecture qu’à une imitation de mécanismes qui ont mal vieilli.

Un dessin maîtrisé prisonnier de vieux clichés

Dany possède une réelle maîtrise du mouvement, des décors et des scènes d’action. Les véhicules, les paysages américains et les séquences militaires donnent à l’album une ampleur spectaculaire. Son trait expressif s’adapte efficacement à l’univers de Spirou.

Les personnages féminins sont cependant presque systématiquement représentés à travers des corps exagérément sexualisés. Le dessin insiste sur leurs courbes, leurs tenues et les réactions masculines qu’elles provoquent, même lorsque la scène ne le justifie pas.

Plus grave encore, plusieurs personnages noirs sont représentés avec des traits simiesques et des codes graphiques issus de caricatures raciales anciennes. Quelles qu’aient été les intentions du dessinateur, ces images sont offensantes et impossibles à considérer comme de simples détails extérieurs à l’histoire.

Une polémique directement liée au contenu

L’album est paru en septembre 2023 sans provoquer immédiatement de réaction majeure. Une polémique a éclaté à l’automne 2024 après la diffusion sur les réseaux sociaux de plusieurs cases montrant ces représentations.

Dupuis a reconnu un « style de représentation caricatural hérité d’une autre époque », présenté ses excuses et retiré l’album de la vente le 31 octobre 2024. Dany a de son côté expliqué avoir voulu s’inscrire dans une tradition graphique ancienne, sans intention raciste.

La critique de l’album ne peut toutefois pas se limiter au débat sur son retrait. Même indépendamment de cette décision éditoriale, les caricatures raciales, l’hypersexualisation constante et l’humour daté détournent l’attention de l’aventure et rendent la lecture particulièrement inconfortable.

En résumé

Spirou et la Gorgone bleue possède une véritable énergie graphique et quelques scènes d’action réussies, mais ses qualités sont ensevelies sous un scénario surchargé et une satire écologique dépourvue de nuance. Les femmes sont continuellement sexualisées, plusieurs personnages noirs sont représentés selon des clichés raciaux inacceptables et Spirou comme Fantasio restent étonnamment secondaires. Un album techniquement maîtrisé par endroits, mais profondément daté dans son humour et ses représentations.

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