Superman II
Titre original : Superman II
Avec : Christopher Reeve, Margot Kidder, Terence Stamp, Gene Hackman
Production / distribution : Dovemead Films, Film Export A.G., International Film Production / Warner Bros.
Durée : 2 h 07
Adaptation : Comics
Sortie : 9 décembre 1981
Après le triomphe du premier Superman, Christopher Reeve retrouve le costume en 1980 pour une suite dont une grande partie avait déjà été tournée parallèlement au film original. Le remplacement de Richard Donner par Richard Lester en cours de production donnera naissance à un film parfois irrégulier, mais porté par une idée formidable : confronter Superman à des adversaires capables de rivaliser avec lui tout en lui demandant ce qu’il est prêt à abandonner pour devenir simplement Clark Kent.
Les prisonniers de Krypton arrivent enfin sur Terre
Le général Zod, Ursa et Non, condamnés par Jor-El au début du premier film, parviennent à s’échapper de la Zone Fantôme et découvrent que le Soleil terrestre leur confère les mêmes pouvoirs que Superman. Pendant ce temps, Lois commence à soupçonner sérieusement que Clark Kent et Superman ne font qu’un.
La construction est particulièrement efficace parce qu’elle fait directement fructifier ce que le premier volet avait installé. Les Kryptoniens n’apparaissent pas soudainement pour les besoins d’une suite : ils étaient déjà là. Même chose pour la relation entre Clark et Lois, qui peut enfin évoluer au-delà du simple triangle amoureux entre une femme et les deux identités du même homme.
Le film paraît ainsi plus immédiatement centré sur son intrigue que son prédécesseur. Il n’a plus besoin de raconter Krypton, Smallville ou la naissance de Superman et peut directement confronter son héros aux conséquences de son existence.
Christopher Reeve est encore meilleur
Christopher Reeve confirme ici tout ce qui fonctionnait dans le premier film. Sa transformation entre Clark et Superman reste remarquable, mais Superman II lui donne davantage de matière en faisant progressivement disparaître la frontière entre les deux.
Lois comprend son secret et Clark peut enfin cesser de jouer devant elle. Reeve devient alors particulièrement intéressant : débarrassé de la maladresse volontaire de Clark et de l’assurance publique de Superman, il laisse apparaître un homme beaucoup plus vulnérable.
C’est probablement l’un des films qui montre le mieux pourquoi Reeve reste autant associé au personnage. Il ne joue pas seulement un héros invincible. Il joue quelqu’un qui aimerait parfois ne plus avoir à l’être.
Lois découvre enfin la vérité
Margot Kidder bénéficie elle aussi d’un rôle plus important. Lois n’est plus simplement fascinée par Superman : elle observe Clark, accumule les indices et finit par comprendre ce qu’il tente de lui cacher.
La révélation de son identité permet surtout à leur relation de devenir beaucoup plus intéressante. Pour la première fois, Superman peut envisager une véritable vie avec elle. Il ne s’agit plus seulement de voler au-dessus de Metropolis ou d’échanger quelques regards : le film pose concrètement la question de ce qu’une relation entre eux pourrait coûter.
Kidder et Reeve possèdent suffisamment d’alchimie pour que cette partie romantique fonctionne sans ralentir le film. Au contraire, elle devient indispensable à la décision la plus importante de Superman.
Superman renonce à ses pouvoirs
L’idée est excellente : pour vivre pleinement son amour avec Lois, Clark accepte de devenir humain. Superman, capable de presque tout, choisit volontairement d’abandonner ce qui le rend exceptionnel.
Le passage où Clark découvre brutalement sa nouvelle vulnérabilité est particulièrement réussi. Face à un simple homme dans un restaurant, celui qui pouvait arrêter des missiles réalise soudain qu’il peut être frappé, saigner et perdre un combat. Reeve fait parfaitement ressentir cette humiliation, mais également le vertige de cette nouvelle condition.
Le film touche alors à quelque chose d’essentiel : Superman rêve d’être humain au moment même où l’humanité a le plus besoin de Superman. Son choix amoureux devient donc également une faute dont il doit rapidement mesurer les conséquences.
Son retour vers la Forteresse de Solitude possède une vraie dimension tragique. Clark comprend que sa liberté personnelle se heurte à la responsabilité immense créée par ses pouvoirs.
Zod, enfin un adversaire à la hauteur de Superman
Terence Stamp est probablement l’autre immense réussite du film. Son général Zod possède une arrogance extraordinaire, mais elle paraît parfaitement naturelle : cet homme arrive sur une planète dont les habitants sont physiquement incapables de lui résister et en conclut immédiatement qu’il doit en devenir le maître.
Zod n’a pas besoin d’une motivation particulièrement complexe. Il veut dominer, se venger de Jor-El et obtenir la soumission de Superman. Stamp lui donne suffisamment de présence pour que chaque ordre prononcé avec le plus grand sérieux devienne immédiatement mémorable.
Surtout, Zod résout un problème fondamental du premier film : Superman rencontre enfin quelqu’un capable de lui faire physiquement mal. Face à Lex Luthor, le danger reposait essentiellement sur la kryptonite et la manipulation. Face à Zod, Ursa et Non, Superman peut réellement perdre un combat.
Ursa et Non complètent parfaitement le trio
Sarah Douglas apporte à Ursa une froideur presque plus inquiétante que Zod lui-même. Elle découvre ses pouvoirs avec un plaisir cruel et semble fascinée par la fragilité des humains. Jack O’Halloran joue au contraire Non presque entièrement par sa présence physique.
Le trio fonctionne justement grâce à cette complémentarité. Zod commande, Ursa savoure et Non détruit. Ils possèdent tous les pouvoirs de Superman sans aucune des valeurs transmises par Jonathan et Martha Kent.
Cette opposition rappelle que les capacités extraordinaires de Superman ne suffisent pas à définir le héros. Zod possède pratiquement les mêmes dons. Ce qui distingue Kal-El est ce qu’il a appris sur Terre.
Lex Luthor devient presque un quatrième Kryptonien
Gene Hackman revient également en Lex Luthor et conserve le ton très théâtral du premier film. Cette fois, son rôle fonctionne peut-être mieux parce qu’il n’a plus à porter seul la menace. Luthor comprend rapidement qu’il peut utiliser Zod et tente naturellement de négocier sa propre place dans le nouvel ordre mondial.
Sa capacité à changer de camp dès que la situation évolue correspond parfaitement au personnage. Il ne possède aucune loyauté et reste persuadé que son intelligence finira toujours par lui permettre de sortir gagnant.
L’humour reste présent, parfois un peu trop, mais Lex s’intègre plutôt bien à cette nouvelle intrigue. Il devient moins le grand méchant que l’opportuniste absolu capable de vendre Superman, l’humanité ou ses nouveaux alliés si cela peut lui rapporter quelque chose.
Metropolis devient enfin un véritable champ de bataille
L’affrontement entre Superman et les trois Kryptoniens constitue évidemment le grand morceau de bravoure du film. Pour la première fois, le cinéma tente véritablement de représenter plusieurs êtres surpuissants s’affrontant au milieu d’une grande ville.
Les effets spéciaux ont vieilli et certains câbles ou incrustations sont aujourd’hui perceptibles, mais l’ambition reste impressionnante. Les personnages traversent des murs, projettent des véhicules, s’envolent entre les immeubles et utilisent le mobilier urbain comme des armes.
Surtout, le combat raconte quelque chose de Superman. Il comprend progressivement que continuer à affronter Zod au cœur de Metropolis met les civils en danger. Son apparente fuite n’est donc pas une lâcheté mais une stratégie pour éloigner ses ennemis de la population. Encore une fois, la différence entre Superman et Zod tient moins à leurs pouvoirs qu’à la manière dont ils les utilisent.
Deux réalisateurs, et cela finit par se voir
La production chaotique de Superman II reste néanmoins perceptible. Richard Donner avait tourné une grande partie du film avant d’être écarté, et Richard Lester a ensuite repris le projet en retournant suffisamment de scènes pour être crédité comme réalisateur.
Le problème n’est pas seulement historique : les deux sensibilités se ressentent à l’écran. Certaines scènes prolongent parfaitement la sincérité et la grandeur du premier Superman, tandis que d’autres adoptent un humour beaucoup plus burlesque. Lors de l’affrontement à Metropolis, des gags avec des passants viennent parfois interrompre un combat qui devrait représenter une menace considérable.
Cette tendance devient encore plus visible avec certains pouvoirs étranges inventés pour le film. Les Kryptoniens disposent soudain de capacités qui n’avaient jamais été établies et dont la logique paraît parfois douteuse. Le spectacle prend ponctuellement le dessus sur la cohérence.
Une fin efficace, mais encore très pratique
La confrontation finale dans la Forteresse de Solitude permet heureusement de revenir à quelque chose de plus intelligent. Superman sait qu’il ne peut pas vaincre trois Kryptoniens simultanément par la force et doit donc les tromper. Lex Luthor intervient évidemment, incapable de résister à l’idée de négocier une nouvelle trahison.
Le stratagème fonctionne bien et permet à Superman de gagner autrement qu’en frappant simplement plus fort. En revanche, la manière dont le film règle ensuite la relation avec Lois est beaucoup plus discutable.
Le fameux baiser capable d’effacer sa mémoire ressemble surtout à une solution scénaristique extrêmement commode pour rétablir le statu quo. Après avoir consacré une grande partie du film à faire évoluer leur relation, Superman II annule presque tout afin que le prochain épisode puisse recommencer avec Lois ignorant l’identité de Clark.
C’est frustrant, même si la scène fonctionne émotionnellement grâce à Reeve et Kidder.
Une suite parfois plus passionnante que le premier film
Le premier Superman possède la force de la découverte, une construction mythologique remarquable et l’impression d’assister à la naissance d’un genre. Superman II est moins élégant et nettement plus irrégulier, mais il confronte son héros à des dilemmes beaucoup plus personnels.
Superman doit choisir entre Lois et sa mission, découvre ce que signifie être vulnérable et affronte des personnages qui représentent ce qu’il aurait pu devenir sans son éducation terrestre. Ces idées donnent au film une richesse que ses passages les plus burlesques ne parviennent jamais complètement à effacer.
Et au centre reste Christopher Reeve. Qu’il soit Clark maladroit, Superman triomphant ou simplement un homme ayant momentanément abandonné ses pouvoirs, il donne une cohérence remarquable à un film qui, derrière la caméra, en manquait parfois sérieusement.
En résumé
Superman II est une suite plus irrégulière que le premier film, marquée par son changement de réalisateur et quelques excès comiques. Mais Zod constitue un formidable adversaire, la relation avec Lois gagne enfin en profondeur et Christopher Reeve trouve ici certaines de ses meilleures scènes. Une grande suite de super-héros malgré ses imperfections.
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