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Superman III

Affiche de Superman III

Superman III

Titre original : Superman III

Réalisation : Richard Lester

Avec : Christopher Reeve, Richard Pryor, Robert Vaughn, Annette O'Tool

Production / distribution : Dovemead Films, Film Export A.G. / Warner Bros.

Durée : 2 h 05

Adaptation : Comics

Sortie : 17 juin 1983

2/5

Après deux films qui avaient installé Superman comme une figure presque mythologique, ce troisième volet marque en 1983 un changement de direction radical. Richard Lester prend pleinement les commandes, Richard Pryor rejoint Christopher Reeve et l’informatique devient le moteur d’une aventure beaucoup plus comique. Quelques très bonnes idées subsistent, mais elles se retrouvent noyées dans un film qui semble parfois oublier qu’il raconte avant tout une histoire de Superman.

Superman devient presque secondaire

Le changement de ton est perceptible dès l’ouverture, avec une longue succession de catastrophes burlesques dans les rues de Metropolis. Le problème n’est pas que Superman III cherche à être drôle : les deux premiers films possédaient déjà beaucoup d’humour. Mais Richard Donner savait rire autour de Superman sans jamais cesser de croire au personnage.

Richard Lester pousse au contraire beaucoup plus loin le burlesque. Les gags s’enchaînent, les personnages deviennent plus caricaturaux et certaines scènes ressemblent presque à des sketches. Superman finit alors par sembler invité dans une comédie qui aurait très bien pu exister sans lui.

Richard Pryor prend beaucoup trop de place

Gus Gorman, interprété par Richard Pryor, découvre un talent exceptionnel pour l’informatique avant de se retrouver impliqué dans les projets d’un puissant industriel. Pryor est évidemment un formidable comédien et son énergie fonctionne dans plusieurs scènes. Le problème vient surtout du scénario, qui lui accorde une place disproportionnée.

Gus devient presque le deuxième protagoniste du film et ses séquences s’étirent souvent beaucoup trop. Sur plus de deux heures, cela finit par peser sérieusement sur le rythme et surtout par repousser Superman à l’arrière-plan de sa propre aventure.

L’informatique est également utilisée comme une sorte de pouvoir magique capable de pratiquement tout accomplir. Cette vision très années 1980 possède aujourd’hui un certain charme rétro, mais le scénario en abuse au point de ne plus véritablement fixer de limites à ce que les machines peuvent faire.

Christopher Reeve reste formidable

Heureusement, Christopher Reeve continue de défendre son personnage avec une conviction absolue. Son passage de Clark Kent à Superman reste impressionnant : une posture, un regard ou une manière différente de parler suffisent toujours à donner l’impression de voir deux hommes distincts.

Surtout, le film lui offre sa meilleure idée en explorant une facette beaucoup plus sombre de Superman. Sans en dévoiler précisément les circonstances, le comportement du héros se modifie progressivement et Reeve transforme son jeu avec une remarquable subtilité.

Le film touche alors à quelque chose d’essentiel : les pouvoirs de Superman ne sont pas ce qui fait de lui un héros. Ce sont son éducation, sa morale et les choix qu’il effectue. Lorsque cet équilibre est perturbé, Superman III devient soudain beaucoup plus intéressant.

La meilleure séquence du film méritait une autre histoire

Cette évolution conduit à une confrontation devenue l’une des séquences les plus célèbres de la période Christopher Reeve. Mieux vaut ne pas raconter ce qui s’y passe précisément, mais le film abandonne enfin ses gags pendant quelques minutes pour se concentrer entièrement sur son héros.

Reeve y est excellent et le conflit devient autant psychologique que physique. C’est probablement le seul moment où Superman III retrouve véritablement l’intensité des précédents films.

Et c’est presque frustrant. Le scénario possède là une idée suffisamment forte pour porter une grande partie du film, mais ne l’exploite finalement que dans une aventure dominée par Richard Pryor, l’informatique et la comédie.

Lana Lang permet de retrouver Clark Kent

Le retour de Clark à Smallville constitue une autre bonne idée. Il y retrouve Lana Lang, incarnée par Annette O’Toole, et le film peut momentanément abandonner ses gigantesques machines pour revenir à quelque chose de beaucoup plus humain.

Lana fonctionne parce qu’elle ne remplace pas simplement Lois. Elle connaît d’abord Clark et ne regarde donc pas Superman comme une figure inaccessible. Cela permet à Christopher Reeve de montrer un Clark plus naturel, moins volontairement maladroit que celui du Daily Planet.

Annette O’Toole apporte beaucoup de douceur à ces scènes. Elles rappellent surtout que Superman est souvent passionnant lorsqu’on s’intéresse à l’homme derrière le costume plutôt qu’à l’étendue de ses pouvoirs.

Lois Lane, presque effacée du film

La quasi-disparition de Margot Kidder est en revanche particulièrement visible. Lois avait constitué le cœur émotionnel des deux premiers films et n’obtient ici qu’une présence très réduite. Cette mise à l’écart s’inscrit aussi dans les tensions qui avaient entouré le départ de Richard Donner : Kidder avait publiquement défendu le réalisateur et critiqué les producteurs Alexander et Ilya Salkind. Elle affirmera par la suite que la réduction de son rôle dans Superman III constituait une forme de représailles.

Ilya Salkind a de son côté contesté cette interprétation, présentant l’effacement de Lois comme un choix permettant de ne pas prolonger encore sa romance avec Superman et d’introduire Lana Lang. Les motivations ont donc fait l’objet de versions contradictoires. Mais à l’écran, le résultat reste le même : Lois devient presque une figurante après avoir été essentielle aux deux premiers épisodes.

Cette absence participe au sentiment général de rupture. Richard Donner n’est plus là, Lex Luthor disparaît également, Lois est marginalisée et Richard Pryor devient presque coprotagoniste. Une grande partie de l’équilibre des deux premiers films a été démontée.

Ross Webster ne fait jamais oublier Lex Luthor

L’absence de Gene Hackman aurait pu permettre d’introduire un adversaire très différent. Ross Webster, industriel interprété par Robert Vaughn, possède justement l’argent et la technologie nécessaires pour représenter une nouvelle forme de menace.

Malheureusement, le personnage reste terriblement générique. Vaughn possède de la présence, mais le scénario ne lui offre jamais la personnalité démesurée qui rendait immédiatement le Lex Luthor de Hackman identifiable. Son entourage accentue encore le côté caricatural de l’ensemble.

Le film possède donc énormément de comédie mais assez peu de véritable menace. Même lorsque les enjeux deviennent importants, un gag ou une réaction excessive n’est jamais très loin.

Richard Lester pousse le burlesque beaucoup trop loin

C’est finalement le principal problème de Superman III. Dans Superman II, l’humour de Richard Lester cohabitait encore avec une grande quantité de matériel conçu sous la direction de Donner. Cette fois, son approche domine entièrement le film.

Lester multiplie les gags visuels, les personnages excentriques et les situations absurdes, jusqu’à casser régulièrement la tension. Le premier film avait pourtant trouvé le bon équilibre : Superman pouvait évoluer dans un univers drôle sans devenir lui-même l’objet d’une vaste comédie.

Superman III n’avait pas besoin d’être sombre ou solennel. Il avait simplement besoin de continuer à prendre son héros au sérieux. Et chaque fois qu’il le fait, notamment avec Christopher Reeve ou Lana, le film devient immédiatement meilleur.

Christopher Reeve sauve ce qu’il peut

C’est ce qui empêche finalement ce troisième épisode de sombrer complètement. Christopher Reeve reste excellent, Annette O’Toole apporte une jolie dimension humaine et l’idée d’explorer une facette différente de Superman offre au film ses seuls moments véritablement marquants.

Mais ces qualités occupent trop peu de place face à une comédie envahissante, un Richard Pryor surexploité et des antagonistes sans véritable envergure. Après deux films qui avaient largement contribué à définir le super-héros au cinéma, Superman III ressemble à une nette régression.

Le plus frustrant reste qu’un bien meilleur film se cache à l’intérieur. Chaque fois que Reeve reprend réellement le contrôle de l’histoire, on l’aperçoit. Puis les gags reviennent.

En résumé

Superman III laisse beaucoup trop de place à la comédie et à Richard Pryor au détriment de son propre héros. Christopher Reeve reste remarquable et bénéficie même de l’une des meilleures idées de toute son incarnation, mais ces quelques réussites ne suffisent pas à sauver un film profondément déséquilibré.

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