Superman Returns
Titre original : Superman Returns
Avec : Brandon Routh, Kate Bosworth, Kevin Spacey, James Marsden
Production / distribution : Warner Bros. Pictures, Legendary Pictures, Bad Hat Harry Productions / Warner Bros.
Durée : 2 h 34
Adaptation : Comics
Sortie : 12 juillet 2006
Dix-neuf ans après Superman IV, Superman retrouve enfin les salles de cinéma. Plutôt que de tout recommencer, Bryan Singer choisit en 2006 une voie étonnante : Superman Returns se présente comme une sorte de prolongement spirituel des films de Richard Donner, en ignorant largement les troisième et quatrième épisodes. Brandon Routh hérite donc directement de l’ombre immense de Christopher Reeve. Un choix élégant et sincère, mais qui empêche aussi le film de construire pleinement sa propre identité.
Un retour construit dans l’ombre de Christopher Reeve
Dès les premières minutes, Bryan Singer affiche son intention. Le générique, la musique de John Williams, le design de Krypton et l’atmosphère générale renvoient directement au Superman de 1978. Il ne s’agit pas seulement de reprendre le personnage : le film cherche à retrouver une sensation.
Cette continuité possède quelque chose d’émouvant. Après les dérives des troisième et quatrième épisodes, retrouver un Superman traité avec autant de sérieux fait du bien. Le problème est que Superman Returns regarde tellement vers le passé qu’il peine parfois à justifier sa propre existence.
Presque trente ans après Richard Donner, on pouvait espérer une nouvelle vision de Superman. Bryan Singer préfère souvent reconstruire son souvenir.
Brandon Routh, convaincant mais prisonnier de Reeve
Le défi était immense pour Brandon Routh. Physiquement, le choix est évident : sa silhouette, certains regards et même plusieurs expressions évoquent volontairement Christopher Reeve. Il possède également la douceur nécessaire pour incarner Superman sans le transformer en héros froid ou autoritaire.
Mais cette ressemblance devient aussi une limite. Son Clark Kent reproduit largement la maladresse de Reeve et son Superman adopte une retenue similaire. Routh semble parfois avoir été choisi pour assurer une continuité plutôt que pour proposer sa propre interprétation.
Pourtant, il fonctionne. Il dégage une véritable bienveillance et certaines scènes silencieuses montrent qu’il aurait probablement mérité un scénario lui permettant davantage de s’approprier le personnage. Ce n’est donc pas un mauvais Superman, loin de là : c’est un Superman auquel le film demande trop souvent d’être le successeur de Christopher Reeve plutôt que Brandon Routh.
Un Superman étonnamment mélancolique
L’idée la plus intéressante du film vient finalement de son titre. Superman revient après plusieurs années d’absence et découvre que le monde a continué sans lui. Lois Lane a construit une nouvelle vie et l’humanité semble avoir appris à vivre sans son protecteur.
Cette situation permet d’aborder Superman sous un angle beaucoup plus solitaire. Il entend tout, voit presque tout et peut sauver des milliers de personnes, mais reste incapable de retrouver simplement la place qu’il occupait auparavant.
Cette mélancolie donne au film une personnalité réelle. Elle correspond également très bien au jeu retenu de Brandon Routh. Mais Bryan Singer pousse parfois tellement cette contemplation que le rythme devient extrêmement lent.
Kate Bosworth, une Lois Lane qui manque d’énergie
Lois occupe logiquement une place essentielle puisque son évolution matérialise tout ce que Superman a perdu pendant son absence. Kate Bosworth propose cependant une interprétation beaucoup plus effacée que Margot Kidder.
Le problème ne vient pas uniquement de la comparaison. La Lois des films précédents possédait une énergie presque incontrôlable : elle courait après les informations, prenait des risques et imposait constamment sa présence. Ici, le personnage est davantage défini par sa relation passée avec Superman et par sa nouvelle vie.
Kate Bosworth fonctionne dans les scènes les plus intimistes, mais il manque souvent cette énergie journalistique qui devrait rendre Lois immédiatement reconnaissable.
Kevin Spacey retrouve Lex Luthor, mais le film regarde encore derrière lui
Le même problème apparaît avec Lex Luthor. Kevin Spacey possède tout ce qu’il faut pour rendre le personnage inquiétant : intelligence, arrogance et cruauté. Son interprétation est d’ailleurs nettement plus sombre que celle de Gene Hackman.
Mais le scénario reprend encore une fois une idée très proche de celle du premier film : Luthor développe un plan gigantesque reposant largement sur la propriété territoriale. Même en ajoutant la technologie kryptonienne, on retrouve une mécanique familière.
Spacey parvient heureusement à rendre son Lex plus dangereux. Il possède moins du charme comique de Hackman et davantage de brutalité. C’est une évolution intéressante, mais là encore Superman Returns aurait gagné à inventer complètement autre chose plutôt qu’à reconstruire une menace déjà connue.
La scène de l’avion montre tout ce que le film pouvait être
Lorsque Superman Returns décide enfin d’être spectaculaire, il peut devenir excellent. La grande intervention de Superman autour d’un avion constitue probablement le meilleur exemple et reste l’un des moments les plus réussis du film.
Bryan Singer y retrouve l’idée fondamentale du Superman de Donner : provoquer l’émerveillement. La séquence construit progressivement le danger, exploite les pouvoirs du héros avec intelligence et donne enfin à Brandon Routh l’occasion d’être pleinement Superman.
Surtout, elle montre parfaitement pourquoi le personnage fascine. Il ne s’agit pas simplement de voir quelqu’un accomplir quelque chose d’impossible, mais de retrouver cette sensation rassurante qu’il existe quelqu’un capable d’arriver lorsque tout semble perdu.
Le problème est que le reste du film atteint rarement cette intensité.
Un film beaucoup trop long et contemplatif
Avec plus de deux heures et demie, Superman Returns souffre sérieusement de son rythme. Bryan Singer privilégie les silences, les regards, la solitude de Superman et les relations sentimentales. Cette approche possède une certaine élégance, mais elle ralentit considérablement l’aventure.
Le film semble parfois hésiter entre blockbuster de super-héros, romance mélancolique et hommage au cinéma de Richard Donner. Chacune de ces directions pourrait fonctionner, mais leur association donne un ensemble étonnamment froid.
C’est d’autant plus surprenant que le cinéma de super-héros avait profondément changé entre 1978 et 2006. X-Men, Spider-Man ou Batman Begins avaient montré différentes manières de moderniser ces personnages. Superman, lui, revient presque exactement là où il avait été laissé.
Une véritable beauté visuelle
Il serait toutefois injuste de nier les qualités plastiques du film. Bryan Singer compose plusieurs images magnifiques de Superman flottant au-dessus de la Terre, observant Metropolis ou traversant le ciel. La cape, les mouvements et les scènes de vol bénéficient enfin d’effets permettant de retrouver la grandeur que Superman IV avait totalement perdue.
La photographie possède une dimension volontairement intemporelle, presque irréelle. Metropolis n’est jamais complètement moderne et le Daily Planet conserve une esthétique rappelant les anciens films.
La musique joue évidemment un rôle énorme. Réentendre le thème de John Williams procure immédiatement quelque chose que le film n’aurait probablement jamais pu recréer autrement. Mais c’est également révélateur de son problème : même son émotion la plus immédiate provient souvent d’un film sorti vingt-huit ans auparavant.
Un film qui voulait continuer une époque déjà terminée
C’est finalement le paradoxe de Superman Returns. Après Superman III et surtout Superman IV, retrouver un film qui respecte autant Superman devrait être une excellente nouvelle. Bryan Singer comprend sa noblesse, sa solitude, son humanité et la nécessité de ne jamais traiter son costume avec cynisme.
Mais respecter un héritage ne signifie pas nécessairement devoir le reproduire. En voulant offrir une continuation symbolique au Superman de Christopher Reeve, le film empêche Brandon Routh de devenir complètement le Superman de sa propre génération.
Le projet de suite prévu autour de cette nouvelle incarnation ne verra finalement pas le jour. Brandon Routh n’aura donc jamais l’occasion de véritablement s’émanciper du modèle qui avait accompagné son arrivée.
En résumé
Superman Returns retrouve la noblesse et la sincérité perdues par les derniers films avec Christopher Reeve. Brandon Routh est convaincant et le film possède de magnifiques moments, mais sa lenteur et son admiration presque paralysante pour Richard Donner l’empêchent de construire une identité réellement nouvelle.
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